
Ses apparitions marquent les esprits bien plus que son nom… an attendant le rôle de sa vie. Younes Nawar, jeune acteur montant, s’est fait connaitre du public grâce à son premier rôle à la télévision dans « El Matbaa » de Mahdi Hmili. Auparavant, son interprétation juvénile, dans « Les enfants rouges » de Lotfi Achour, l’a révélé au public. Il a enchainé ensuite avec « Aicha » de Mehdi Barsaoui, « Fanon » de Jean – Claude Barny, et plus récemment, avec « A voix Basse » de Leyla Bouzid, toujours dans les salles tunisiennes. Rencontre avec un artiste aux multiples sensibilités et aux rêves pleins les yeux.
1-En peu de temps, et au gré de vos différentes apparitions dans de longs métrages, mais aussi à la télé en 2025, peut – on dire que vous vous êtes forgé un nom, que vous devenez un visage reconnaissable ? Quelle serait votre modeste évaluation de ce parcours ?
J’essaie de me découvrir le plus possible. De me comprendre. C’est comme une quête de soi. Je m’essaie à des offres pour l’instant, tout en affinant ma formation, mon savoir. Ce parcours est une accumulation d’expériences passées toute édifiantes. « Ecrire mon nom », ça reste très formel. Tout reste encore à faire. Je sonde mon environnement depuis tout petit. J’exploite cette société, la mienne, qui manque d’ouverture, dénuée d’art, de culture. Les rencontres intéressantes et les retours édifiants du public et des gens du métier m’aident à aller de l’avant. Je m’amuse même dans des expériences limitées dans le temps comme celles vécues avec Leyla Bouzid ou Lotfi Achour. Ce que je garde en tête, plus que tout, c’est mon premier contact avec les personnes, les talents. Quand le réalisateur nous parle du personnage et du film et qu’il lève le voile sur son monde à lui. C’est un moment infiniment édifiant !
2-On vous a découvert sur le grand et petit écran, pourtant, vous émanez du théâtre et votre dévouement pour cet art reste indéfectible. Quelle place a-t-il dans votre vie et dans votre parcours ?
Les portes du 4ème art se sont un jour ouverts devant moi, dans un concours de circonstances, quand j’étais très jeune, encore au lycée. J’avais 16 ans. Je n’avais pas spécialement en tête l’envie de m’y consacrer au début. J’ai participé à un programme, conçu par le ministère de l’éducation en 2016 et qui encourageait à implanter le théâtre dans toutes les écoles ou établissements étatiques, primaires, collèges ou secondaires, quand mon professeur de l’époque nous l’a suggéré, une fois par semaine le vendredi, c’était théâtre et clubs de théâtre au lycée. C’était soit cette initiation au 4ème art ou choisir les excursions et organisation de voyage. Etant curieux de m’essayer à toute chose inconnue, j’ai sauté dans le théâtre presque spontanément. Le hasard, j’y crois et je le vis bien (sourire). J’ai dû revoir la Sitecom « Happyness » avec Sawssen Maalej et Lotfi Abdelli. J’ai présenté un petit projet, une histoire qui a été une réussite. A El Ouardanine, mon village natal, cela a directement résonné, et depuis, je commençais à fréquenter la maison de culture sur place et à attirer de potentiels passionnés. J’étais le premier à avoir exercé le théâtre dans la région et dans mon village. J’ai fait ensuite l’ISG Sousse, pour un moment, ensuite, l’ISAD, après le décès de mon père. Cet évènement a fait l’effet d’une illumination chez moi : je me suis écouté, et me suis consacré au théâtre. Et la capitale tunisienne m’avait grandement accueilli. Tunis m’a profondément forgé et construit. Parallèlement, je faisais des courts métrages de fin d’année et scolaires pour les étudiants en cinéma et c’est ainsi que tout s’est enchainé … et ça continu jusqu’à maintenant.
3-Que vous a apporté le théâtre ?
Je le sonde encore à travers la notion du paradigme. Le théâtre m’a ouvert grandement les portes de cette notion infiniment importante pour moi. Je vois des mondes, et je perçois la vie différemment, en plusieurs versions. Le théâtre nous apprend l’écriture profonde des personnages, les répétitions incessantes jusqu’à la maitrise. La pratique sur scène jusqu’ à 9 mois durant. Notre rapport à la scène est consolidé ainsi. On ne cessera jamais d’apprendre en faisant ce métier. L’acteur apprend à vie.
4-Jusqu’à ce que Lotfi Achour te retienne pour son long métrage « Les enfants rouges », et ce fut ta première fois au cinéma…
Le casting était houleux, difficile. Une fille m’avait remarqué, repéré. Par instinct, elle a insisté pour que je participe à ce casting. J’avais peur, j’ai foncé, et peu de temps après, à ma grande surprise, Lotfi Achour m’appelle. C’était inattendu. Par téléphone, il m’annonce la nouvelle et me dit que j’avais une qualité rare, liée à « l’Humain que j’étais ». C’est des mots qui m’ont profondément touché et que je retiens à vie.

5-Vos rôles sont saisissants, pourtant, ils ne sont pas principaux. Ils secouent et sont clés dans vos films. Est-ce que tout se fait à travers vos choix, une sélection de propositions ?
Des films classe A. Il y’a naturellement des propositions que j’ai déclinées. Ce qui compte pour moi, c’est la rencontre. L’éloquence du réalisateur, sa manière de défendre son idée, son scénario. Il faut que je partage les mêmes idées que lui, même perception du monde, qu’il possède une ouverture sur le monde, qu’il soit tolérant, qu’il croit à la paix. Je demande à voir qui est dans la distribution, avec qui je vais partager l’affiche, et puis le défi à surmonter. L’apport du projet.
6-Vos rôles choisis transmettent beaucoup d’émotions sans forcément beaucoup parler ou paraitre. C’est des rôles clés pour la plupart et c’est donc un certain registre que tu choisis jusqu’à maintenant : c’est le drame. Vous vous voyez opter pour des expériences de jeu totalement différentes, autres ?
Sans doute, oui. Je n’appelle pas cela « registre » d’ailleurs, il s’agit d’un jeu d’acteur à perfectionner, à travailler. Je reste preneur et le rôle de l’acteur est de s’adapter, et d’affiner toute proposition édifiante peu importe le scénario, l’univers du film. Tant que je suis en vie, je foncerai. C’est ce qui me maintient en vie d’ailleurs. La scène, et le jeu.
7-Et à un moment, vous vous retrouvez à l’affiche d’une série télévisée en 2025 « El Matbaa » de Mehdi Hemili. Après le cinéma et le théâtre, c’est ainsi que la télé s’impose à vous…
(Rire), ce qui m’avait fait peur d’ailleurs. Le projet d’« El Matbaa » de Mehdi Hemili était très abouti. Il y’avait une dynamique de travail autour de ce projet, particulièrement impressionnante. Une passion et une équipe unit autour de son projet. Du travail mais aussi du divertissement, dans une atmosphère extraordinaire, et un quotidien pendant lequel on apprend beaucoup. C’était une expérience formidable. Tout le monde m’a aidé à aller de l’avant. Le rythme était houleux, mais on a pu relever le défi. C’était la course contre la montre de réaliser ce projet en un lapse de temps très serré. C’est le travail pour la télé qui se déroule ainsi.
8-Et un jour, vous vous retrouvez dans un film historique important, sur lequel a participé Matthew Kassovitz, et qui a été réalisé par Jean – Claude Barny « Fanon ». Comment vous avez vécu cette prise de contact avec un monument du cinéma mondial comme Kassovitz ?
Quand j’ai été contacté, je n’en revenais pas. Ces deux noms travaillent beaucoup ensemble. Je retiens les compliments, les encouragements, les « Bravo ». Barny qui était l’ami d’enfance de Kassovitz m’avait dirigé. Les deux étaient actifs dans des mouvements de gauche en France, auparavant. Kassovitz a toujours été conseillé sur les films de Jean – Claude. J’avais fait bonne impression. C’était une apparition intéressante. Je jouais un Falleg, qui a été interné dans un asile psychiatrique et qui a donc forcément croisé le chemin de Dr Fanon. Les rencontres que j’ai faites sur ce tournage sont infiniment enrichissantes.
9-Jusqu’à actuellement, le public peut te découvrir à l’affiche du long métrage « A voix Basse » de Leyla Bouzid. Drame familial qui traite d’un sujet tabou. Un film qui fait échos au déni adopté en collectivité dans notre société et qui raconte l’intime. Que retenez – vous de cette expérience ?
Un dépassement de soi et la douceur de Leyla Bouzid. Une réalisatrice singulière avec un regard exceptionnel. Le sujet m’avait beaucoup intéressé. J’aime créer des débats, levé le tabou sur des thèmes sociaux importants. On fait du cinéma et du théâtre pour ne pas caresser dans le sens du poil, pour créer l’échange et le débat. Pour dépasser la peur. Il y’a une certaine urgence à traiter de ces sujets. De tout phénomène qui créer autant de phobies, de peur, et de violences sociales. Le film a finalement été très bien reçu. Beaucoup de débats ont eu lieu dans le calme et c’est très important, et c’est même tout ce qui compte. C’était l’opportunité d’ouvrir le voile sur un thème aussi sensible. Il y’a une vague de conscience mondiale, je trouve qui n’épargne par la Tunisie, forcément.
10-Vous ne faites pas encore partie des jeunes de l’époque qui aspirent à partir et à faire carrière ailleurs…
S’il y’a nécessité de partir pour des projets utiles, j’irai, sans pour autant perdre le lien avec la Tunisie. Partir pour partir, hors de question. Partir pour des expériences momentanées constructives, oui. J’adore la Tunisie et ses gens, malgré ses hauts et surtout ses bas. D’où ma co-fondation de l’espace culturel le HAC : Hammamet Art & Culture qui a complètement chamboulé ma vie.
Photos :
Ala BA

Au festival international de Hammamet, l’unique rendez-vous avec la danse contemporaine a eu lieu avec « Labes », une création du chorégraphe Selim Ben Safia, conçue en collaboration avec l'artiste conceptuelle Nadia Kaabi-Linke.
Présenté à l'amphithéâtre de Hammamet, le spectacle s'appuie sur le langage du corps pour interroger la mémoire et l'effacement d’un lieu. Pendant près de cinquante minutes, cinq interprètes – Malek Zoueidi, Ilyes Triki, Mohamed Aissaoui, Romane Piffault et un cinquième performeur –investissent un espace scénique pensé comme un territoire en transformation… ou en délitement ? La scénographie de Nadia Kaabi-Linke participe à cette réflexion en laissant libre interprétation au spectateur. La création musicale est signée Marine-Suzanne de Loye et Hazem Berrabeh.
Le titre du spectacle reprend une expression familière tunisienne, « Labes », généralement utilisée comme une question (« Ça va ? »), mais ici détournée en affirmation. Ce titre fait référence au temps qui passe, à ses effets, aux transformations qu’il provoque. La création prend pour point de départ l'histoire du quartier maghrébin de Jérusalem (« Haret El Maghariba »), fondé au XIIᵉ siècle sous Salah Eddine El Ayoubi et détruit en 1967. Pendant plusieurs siècles, ce quartier a accueilli un flux migratoire de maghrébins, souvent des visiteurs en fin de pèlerinage à la Mecque, de passage à Jérusalem.
À travers la danse, « Labes » revient sur cet épisode historique en croisant récits individuels, interprétés par les danseurs et mémoire collective, celle d’un lieu. Les déplacements, les gestes et les interactions entre les danseurs évoquent des parcours interrompus, des absences et des traces laissées par l'Histoire. Sans recours au texte, la chorégraphie construit progressivement un dialogue entre passé et présent. Un passé éclatant et un présent détruit par Israël en 1967.

Nadia Kaabi-Linke rappelle que son intérêt pour cette histoire est né après avoir découvert l'existence du quartier maghrébin de Jérusalem en 2017. Selon elle, sa disparition constitue un épisode encore peu connu qui relie l'histoire de la Palestine à celle du Maghreb. Cette mémoire commune, estime-t-elle, trouve aujourd'hui un écho dans le contexte actuel, et dans le présent.
Selim ben Safia commente en amont du spectacle : « J’ai tenu à avoir un élément sur scène, qui transforme l’espace et le revisite. En pleine phase de recherche à Berlin, je découvre le travail de Nadia Kaabi-Linke. Un travail qui m’a incité à faire aboutir cette collaboration ».
Chaque interprète développe une trajectoire propre à lui, avant que ces récits ne convergent vers une réflexion plus large sur la mémoire, la disparition et la résistance à l'oubli. Avec cette proposition, le Festival international de Hammamet poursuit une programmation où les questions de transmission, de patrimoine et de mémoire occupent une place importante.


Il y a des premières qui sont attendues et qui finissent par conquérir ou par laisser indifférent. Le passage de la chanteuse espagnole Bebe sur la scène du Festival international de Hammamet a satisfait un certain engouement. Dans la soirée du 15 juillet, l'artiste a offert au public de l'amphithéâtre une prestation de près d'une heure et demie, confirmant son statut de figure de la scène hispanophone contemporaine.
Entourée de musiciens remarquables, Bebe a donné un concert à son image : sincère, généreux et maîtrisé. Entre ballades intimistes et morceaux plus rythmés, elle a su installer une proximité avec le public, malgré un français hésitant qu'elle a utilisé avec une touchante spontanéité pour s'adresser au public présent. Cette première rencontre avec la Tunisie s'inscrivait parfaitement dans l'esprit de la 60e édition anniversaire du Festival international de Hammamet, placée sous le slogan « Endless Memories ».
L'artiste espagnole a également choisi de célébrer un accomplissement central dans sa carrière : celui de « Pafuera Telarañas », l'album qui l'a révélée au grand public il y a vingt-deux ans. Sorti en 2004 et produit par Carlos Jean, ce disque a marqué toute une génération grâce à des titres devenus incontournables comme « Malo », « Ella » ou encore « Siempre me quedará ». Autant de chansons qui ont façonné une carrière portée par une écriture sensible, humaine et résolument engagée.
Le concert a ainsi offert un voyage à travers les différentes étapes de son parcours artistique. « 7 horas », « Respirar », « Mi Guapo », « La Bicha » ou encore « Tu Silencio » se sont succédé. Parmi les invités figuraient également l'ambassadeur d'Espagne en Tunisie, Isidro González Afonso, des représentants de l'ambassade, de l'Institut Cervantes et de l'Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID). Le public présent était en grande partie hispanophile, hispanophone et espagnol.

Bien au-delà de la musique, Bebe continue de porter un message humaniste qui caractérise son œuvre depuis ses débuts. Son répertoire, nourri d'influences flamenco, pop, rock et chanson d'auteur, défend la liberté, la dignité et l'émancipation, avec une attention particulière consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes. Son célèbre titre « Malo » traduit cet engagement.
La chanteuse a tenu à remercier le public tunisien dans un français soigneusement préparé, qu'elle lisait sur son téléphone : « Merci pour votre présence, votre amour… C'est ma première fois en Tunisie et je suis heureuse de vous rencontrer. » Une déclaration simple, chaleureuse et sincère qui a suscité une vive émotion.

Après huit ans d'absence, Yasmine Hamdan a renoué avec son public tunisien lors de la troisième soirée du Festival international de Hammamet. Dans l'enceinte de l'amphithéâtre, l'artiste libanaise a livré une performance où la mémoire, l'identité et l'exil ont fait et défait ses compositions.
Il aura fallu attendre huit ans pour revoir Yasmine Hamdan sur une scène tunisienne. La chanteuse, compositrice et interprète libanaise a offert un concert mêlant émotion, engagement et exploration musicale, face à un public avide de peps scénique et d'énergie nouvelle. Figure incontournable de la scène alternative arabe, Yasmine Hamdan continue de tracer un parcours singulier, où les frontières entre musique électronique, poésie arabe et expérimentations sonores se confondent.
Le thème de cette édition anniversaire, « Endless Memories », faisait écho à son dernier album, « I Remember I Forget ». Une rencontre fluide autour de la mémoire, qu'elle soit intime ou collective, de l'oubli, de la transmission et des blessures qui traversent les générations.
« Je sens que le thème de la mémoire me poursuit », confie-t-elle. « Beaucoup de choses bougent aujourd'hui. L'époque est houleuse, effervescente. La mémoire reste un socle qui nous accompagne partout. Elle me suit dans tous les festivals, y compris ici, à Hammamet. Et qui dit mémoire évoque aussi l'oubli. ». Précise l'artiste.

Les morceaux s'enchaînent sur un même rythme, lent et linéaire alternant les titres de son dernier album et ses chansons phares comme "Hal", ",Mor", "Vows", "Shadia", "Hon" et "Al Jamilat" qui transportent les spectateurs. Le concert atteint son apogée avec "Al Balad" puis l'incontournable "Beirut".
Entre deux chansons, l'artiste prend la parole. Elle évoque la résistance des femmes palestiniennes, les blessures de son Liban natal, les guerres, les pertes et les traumatismes qui traversent toute une région. Ses mots prolongent les thèmes déjà présents dans sa musique : l'appartenance, l'exil, le déracinement et la quête d'identité.
« Je suis originaire d'une région profondément secouée par les tragédies, les pertes, les guerres et les traumatismes. J'ai le sentiment de vivre dans deux espaces-temps : le Liban et ma vie en France, ou encore tous les endroits où la musique m'emmène », explique-t-elle.
Puis, dans un hommage appuyé au public tunisien, elle ajoute : « À travers mes chansons, je crie mes fragilités et mes peines, tout en gardant l'espoir et en chantant la douceur de mon peuple. Une douceur qui me rappelle la générosité et l'accueil des Tunisiens. C'est cette tendresse qui fait la richesse d'un peuple. » Conclut - elle.

La 60e édition du Festival international de Hammamet a démarré avec « Les Fugueuses », dernière création en date de Wafa Taboubi. Portée par six interprètes, la pièce explore l’attente, le départ, le déracinement et la quête d’un ailleurs, dans un monde où l’incertitude semble désormais dicter les trajectoires humaines. Où les vies se tracent à l’aveuglette.
Fidèle à sa tradition, la 60e édition anniversaire du Festival international de Hammamet a inauguré sa programmation par le théâtre. Sur sa scène unique, la metteure en scène Wafa Taboubi a présenté « Les Fugueuses », une création construite autour de l’attente, du départ et des vertiges de lendemains inconnus. Un spectacle qui fait du mouvement, des corps et de l’espace les principales composantes d’un récit ancré dans les préoccupations de notre époque.
Le synopsis en dit long sur l’intrigue de la pièce : Une station. Cinq femmes et un homme. Six personnes réunies dans un même espace, suspendues dans le temps, dans l’attente de quelque chose qui ne vient pas. Rien ne passe, rien ne surgit, rien ne semble arriver. Les personnages décident alors d’agir.
Leurs trajectoires et leurs destinations diffèrent, mais leur quête demeure la même : trouver un ailleurs plus paisible, une vie plus digne, un quotidien moins éprouvant. Partir devient alors une nécessité, presque un réflexe de survie. Mais cette fuite en avant, loin d’offrir immédiatement une issue, se transforme progressivement en errance et confronte chacun à ses propres incertitudes, à ses démons déjà bien installés.

Le spectacle explore le délitement du quotidien, le vide, l’exil intérieur et l’attente d’un « après » qui demeure insaisissable. La fuite n’est ainsi jamais envisagée comme une simple rupture géographique. Elle devient une expérience existentielle, une recherche de soi, ou un point de chute géographique capable d’accueillir des récits de vie, une mémoire, des ressentis et des aspirations.
Écrite et mise en scène par Wafa Taboubi, la pièce déploie un univers où les corps s’entrechoquent, se rapprochent, s’éloignent, s’expriment, dans un espace scénique vide à l’œil nue. Un lieu qui tarde à se dessiner. Les déplacements constituent le moteur essentiel du récit, et qui se réfère à l’instabilité que traverse les personnages. La musique de Hani Ben El Hamadi accompagne cette perte collective.
« L’espoir reste le principal moteur qui me pousse à aller de l’avant, à résister », a déclaré Wafa Taboubi lors d’une conférence de presse. La metteure en scène rappelle ainsi que les maux exprimés dans sa création font écho à la complexité de l’époque contemporaine, marquée par l’incertitude, la violence, les schismes, les ruptures et l’incapacité de se projeter sereinement dans le temps.
Car malgré l’errance et l’absence de certitudes, « Les Fugueuses » laisse subsister une possibilité : celle de l’espoir. Une lueur fragile qui permet encore d’avancer et de résister. La pièce s’achève ainsi sur une interrogation : de quoi demain sera-t-il fait ?
Toujours lors du même point de presse, l’équipe a exprimé son ressenti singulier quant au travail spécifique effectué dans l’enceinte de l’amphithéâtre en plein air de Hammamet. Une équipe qui doit braver les aléas de la nature, des bruits émanant de la mer, du vent pour aboutir sur un rendu final. Le théâtre, lieu magique par essence, source d’inspiration, et qui se réfère au slogan de l’édition « Endless Memories ».
Sur scène, Fatma Ben Saïdane, Mounira Zakraoui, Lobna Noomen, Mohamed Bouzid, Oumaima Bahri et Sabrine Omar donnent corps à cette dynamique. Jouée en dialecte tunisien et d’une durée de 90 minutes, « Les Fugueuses » est une production de Fabula Production, en coproduction avec le Théâtre national tunisien.
En choisissant cette création pour entamer sa 60e édition, le Festival international de Hammamet ouvre son édition anniversaire avec une pièce de théâtre qui interroge notre époque et ses incertitudes. Une ouverture théâtrale placée sous le signe du mouvement, de l’ailleurs et de cette obstination de l’humain à continuer d’avancer en bravant le flou.

« A voix basse », 3ème film de Leyla Bouzid continue de se frayer un chemin en Tunisie et à l’étranger. Actuellement dans les salles, le long métrage a été auréolé de distinctions au festival du film méditerranéen de Malte, fin juin 2026. « A voix basse » a reçu le prix du meilleur film méditerranéen et sa 2ème récompense, « Prix spécial du jury », a été attribuée à son actrice principale Eya Bouteraa. Rencontre avec une révélation.
Copyright photo : Paul Mesnager
1- « A voix Basse » de Leyla Bouzid rassemble une pléiade d’actrices femmes, toutes générations confondues, et vous en faites partie. Ce film est votre premier long métrage. Qu’est-ce qui vous a encouragée principalement à mener cette aventure jusqu’au bout ?
Leyla Bouzid a une manière extrêmement douce, tendre de filmer ses acteurs et qui convient à ma perception du cinéma et de comment je veux que les femmes soient filmées. Un cinéma dénué de « Male Gaze », sensuel. Je me reconnais pleinement dans sa sensibilité. La relation entre mon personnage Lilia (l’héroïne principale), et sa mère (Incarnée par Hiam Abbass) m’a conquise, à la lecture du scénario. Cette relation a été magnifiquement bien écrite. Ce lien fort m’a séduit. Le lien entre une mère et sa fille ou son fils, reste pour moi tout ce qu’il y’a de plus fort dans la vie. Troisièmement, et bien évidemment, le sujet principal compte beaucoup pour moi. Je me dois de porter cette cause. Tout prenait sens pour moi.
2- « A voix basse » traite largement de la thématique de la transmission intergénérationnelle. Vous avez voué un intérêt pour l’axe mère / fille, mais il y’a aussi la grand – mère (interprétée par la réalisatrice Salma Baccar, devant la caméra pour la première fois) et qui joue un rôle majeur dans l’histoire…
Pour la construction du rôle de Lilia, je me suis davantage focalisée sur le rôle de la mère, celle de mon personnage. J’ai pris en compte la totalité des axes et des thématiques sur le tournage. Il y’a l’axe de la famille, de la mémoire aussi. J’ai choisi de ne penser qu’aux composantes essentielles qui alimenteront mon personnage, sans m’éparpiller. Suite aux interactions des autres acteurs, on se crée des liens et tout se forge au fur à mesure. Jouer aux cotés de Hiam Abbass était très édifiant pour moi. Elle m’a prise sous son aile. Il y’avait une formidable alchimie entre nous, qui se ressent à l’écran.

3- Il y’a une autre dimension essentielle du film, celle du non – dit, du tabou familial, du secret collectif, du silence partagé. Comment vous avez travaillé cette composante du scénario ?
Leyla Bouzid et moi avons beaucoup travaillé la « Retenu » pour que je puisse convenablement interpréter Lilia. Dans la vraie vie, je suis impulsive et suis quelqu’un qui dit ce qu’il pense quand ça ne lui plait pas, qui conteste, qui s’exprime quand rien ne va. Pas de place au silence… tout le contraire de l’atmosphère du film. (d’où le titre d’ailleurs). Je me suis donc nourrie de ressentis, de souvenirs, d’écriture, d’inspirations. Ensuite, j’ai fait confiance au moment présent, aux interactions qui se sont créées. J’étais sûre que davantage je devais montrer, moins mon jeu va être bien. Je décide donc à un moment de moins montrer. Ce qui d’ailleurs ressemble au cinéma de Leyla : ne pas montrer frontalement. C’est ainsi que s’est déroulée la direction d’acteur. Pendant le tournage, j’ai fait confiance totalement à Leyla et à moi-même.
4- Lilia, votre personnage est épris d’un amour jugé interdit, fortement réprimé par le poids des sociétés. Comment avez – vous travaillé cette histoire d’amour ?
Je n’ai pas fait de recherches, spécialement. C’est une histoire d’amour comme une autre, car l’amour pour moi reste universel. Cet amour n’est pas si différent d’une autre histoire. L’amour, c’est de l’amour. En revanche, ce qui découle d’une histoire comme celle du film, c’est les mécanismes hérités de la société, imposés par elle. L’essence même de l’histoire est puisée dans mon cœur. Nous savons ce que c’est que d’aimer. Je me suis aussi documenté en lisant quelques livres incontournables, ou des films. Je tenais à m’imprégner de ce sentiment de rejet, savoir ce que c’est que de ne pas être écoutée, rejetée, de ne pas pouvoir se révéler aux autres. Comprendre cet état d’esprit. C’est toujours l’aspect sociétal qui prime : il fallait déceler comment tout fonctionne dans un environnement précis, sous le prisme des conventions.
5- Il n’y’a pas eu d’hésitation de votre part à accepter ce scénario ?
Pas une seule seconde. Au contraire, j’ai été très contente. Comblée de bonheur même. En revanche, j’ai eu peur, en interprétant, le rôle de na pas être vraie, ni à la hauteur. J’ai eu peur que mon jeu ne résonne pas chez les spectateurs. La pression a chuté quand le film est sorti en Tunisie et quand il a été vu. Il y’a une responsabilité en campant un rôle au cinéma. Ça compte pour moi de titiller la société ou l’ordre établi. (Sourire)
6- La ville de Sousse, la maison familiale. La ville et la maison dans le film sont très présents. On pourrait même dire que le lieu est un personnage à part. Le tournage a duré 2 mois, sur place, entourée d’un casting presque entièrement féminin. Ce tournage a-t -il été différent ?
Ce n’est ni Tunis, ni la France ou ailleurs (sourire). Je me sens chanceuse et fière de commencer ma carrière ici en Tunisie. Sousse est une ville reposante, loin de la cacophonie. On se sentait davantage dans un cocon, amplifié par l’ambiance du tournage. Toutes celles et ceux qui avaient travaillé sur le film sont restées beaucoup ensemble. Pour moi, le tournage était comme une société dans la société. L’atmosphère était mi – colonie de vacances mi – noyau familial (sourire). Très plaisante et mémorable.
7-Comment a été reçu le film par son public tunisien ?
Etonnement bien. Je m’attendais à des réactions plus virulentes. Aucune réaction négative n’a eu lieu, ou qui m’a provoqué. « A voix basse » a suscité le débat, c’est l’essentiel. Ma famille l’a vu et même les réactions des personnes que je redoutais ont finalement été très positives (sourire). Ils ont senti le film et l‘ont vécu. La distribution était bien ciblée, sans doute. Le public présent était cinéphile, averti.

8-Pour finir, qui est Eya Bouteraa, l’actrice que le public vient tout juste de connaitre dans « A voix Basse » ?
Actrice depuis 5 ans. J’ai fait de l’impro et joué dans des courts métrages. Ma passion, c’est la scène. Un lieu que je trouve libre et libérateur. Prochainement, je vais me consacrer bien plus au théâtre. J’aimerais beaucoup écrire davantage et avancer sans bloquer, tout en chantant du jazz, de l’arabe, du blues et tout en dansant aussi (Sourire). La scène fusionne toutes les disciplines que je tiens à mixer et à expérimenter.

Dans « Jours d’été », deux univers artistiques fusionnent sur une dizaine de jours pour donner vie à une déambulation entre photographies, poésie, et œuvres de broderie.
La photographe et traductrice Cyrine Mami, et la créatrice d’œuvres en fil Stéphanie Peix invitent le visiteur à s’enivrer visuellement de paysages naturels, pour la plupart de la Mahdia et de sa presque -île à l’atmosphère insulaire. Au fil des œuvres brodées, c’est une carte géographique tissée différemment de la Tunisie, conçue par Stéphanie Peix, artiste- artisane, qui se décline dans plusieurs cadres et couleurs. Des oiseaux conçus en tissu, prennent la pose au fil de l’expo-installation, tandis que des formes géographiques attrayantes se combinent dans des cadres, élégamment accrochés dans un couloir élancé.
La rencontre entre les deux créatrices a eu lieu des années auparavant quand Stéphanie Peix, créatrice d’objets, brodeuse, et illustratrice, se consacrait à la fabrication des mobiles pour les oiseaux pour les enfants. « Je fais de la photographie et elle, elle a affiné sa pratique de la broderie. On a fini par organiser des journées portes ouvertes, avec toutes ses créations et mes séries de photos d’El Mahdia, principalement, mais aussi celle prise à Kerkennah, juste avant la pandémie. C’était comme si le temps s’était suspendu. La photo perpétue ce ressenti ». Commente la photographe.

De la carte de la Tunisie, Peix a décliné sa pratique, toujours à travers le tissu, des paysages, aux formes géométriques, en passant par les oiseaux car l’artisane voue une grande passion pour ces êtres. La série photographique d’El Mahdia montre sous son meilleur jour Borj El Rass, ses mouvements citadins, son ciel bleu et sa mer. Une autre photographie affiche l’ile de Zembra, dans une brume de chaleur, comme si l’ile « se reposait », hors du temps. D’une pièce à une autre, des fleurs de bougainvilliers prennent le dessus. Elles sont visibles, notamment dans les photographies polaroïds accrochées sur le mur, car la photographe entretient sa passion pour cette pratique vintage au charme unique. Les « Jours d’été » des deux créatrices se sont bien mariées.

Un fanzine dédié à El Mahdia
C’est à la suite d’une connexion avec El Mahdia et d’une rencontre exceptionnelle avec le lieu, que l’artiste photographe a décliné ses prises en ouvrage Fanzine. Elle commente : « Mon arrivée jusqu’à Borj El Rass, à la pointe de la Mahdia, m’avait rappelé un voyage en Grèce que j’avais fait quand j’étais plus jeune. En 2023, je me suis offert une petite résidence personnelle, sur deux semaines. J’ai capté les ambiances, atmosphères, le cimetière mythique, et les habitants sur place, en réalisant plus de 800 prises que j’ai fini par trier ».

Cyrine Mami fini par montrer ses prises à Emanuela Amadio, spécialisée dans l’enseignement de la photographie et des outils numériques, et fondatrice de l’école itinérante la « Case di Fotografia », en Italie. A un stade avancé du travail sur cette série photographique et sur la création du fanzine, l’idée d’associer de la poésie à cette ouvrage photo était née. L’ouvrage tel qu’il est paru, alterne les photographies de Cyrine Mami et les textes poétiques de Moncef Ghachem, originaire de la Mahdia, parus en français et en italien.
La publication a fait dialoguer deux destinations méditerranéennes : l’italienne et la tunisienne. L’atmosphère insulaire se fait sentir au fil des pages. L’architecture des édifices, les mosquées, les oiseaux marins, l’infinie étendue du bleu du ciel et de sa mer et la splendeur de Cap Afrique (cité fondée au 10ème siècle), font ce recueil photographique. Borj El Rass et Borj El Kebir séduisent par leur histoire, leur authenticité. Des textes comme « Nouvelle », « Note », « Enfant », « Etincelle », « La musique » ou « Ivresse » ont enrichi ce travail.

C’est sous le signe de l’appel à la découverte et de la thématique de l’onirisme, que le vernissage de l’exposition collective « Résonances oniriques » a permis aux invités présents de découvrir les 11 œuvres installées, d’interagir avec les artistes, et de découvrir le « Rêvium ».
L’exposition collective se poursuit jusqu’au 10 juillet 2026 avec sa pléiade d’artistes participants citons Baker ben Fraj, Belhassen Kechaou, Kamel Kechaou, Majed Zalila, Mehdi Kriaa, Mohamed Ghassan, Najwa Abdelmaksoud, Noomen Gmach, Rachida Amara, Raouf Karray et Salwa El Aydi, également commissaire de l’exposition. Découvrir ce travail collectif, c’est répondre à l’appel des termes à connotation appelant aux bien-être, aux songes, à la pratique des arts et à l’osmose avec la nature. Le titre de l’exposition et du lieu en dit long sur toute une identité naissante au village d’El Maamoura : celle tissée autour du « Rêvium », cet espace de « traversée et de conscience créative », comme définit par Ahlem Ismail, sa fondatrice, et son équipe.
Des résonances palpables
Au moins 11 visions artistiques s’entremêlent et se croisent, dans une salle d’exposition, abritant une diversité d’œuvres faites avec plusieurs techniques et matières. Des œuvres qui racontent plusieurs mémoires, récits et arborent surtout une vision singulière, propre à l’univers distinct de chacune et chacun.

S’attarder sur chaque œuvre, c’est s’ouvrir sur une pratique individuelle, une dimension unique. Raouf Karray, graphiste et artiste visuel, tisse son travail artistique mouvant, en partant d’une citation de Mahmoud Darwich et fait dialoguer texte et image. La technique de Baker ben Fraj, graveur et peintre, oscille entre mémoire collective et incitation à la critique. Les pratiques se diversifient et cohabitent dans des tableaux bien alignés. Entre visibilité et effacement, Nomen Gmach, artiste visuel et peintre, propose une peinture–trace attrayante, intrigante, qui interpelle tandis que Najwa Abdelmaksoud, aussi peintre, explore les zones les plus enfouies du langage plastique et pictural. Mehdi Kriaa, Kamel Kechaou et Belhassen Kechaou, proposent une lecture inédite, passionnante et engagée de la matière et ouvrent un champ d’exploration large dans lequel ils manient la matière. Ils ont conçu des œuvres en céramiques et des structures faites, entre autres, en argile. Ce qui caractérise le travail en perpétuel transformation de Mehdi Kriaa, céramiste, c’est sa maitrise de la technique du Raku, qui consiste à alterner ou marier les deux techniques de l’oxydation et de la cuisson. Le céramiste Belhassen Kechaou fait parler en profondeur ses œuvres en superposant des strates. Kamel Kechaou conçoit des œuvres céramiques attrayantes, riches en compositions en relief sur plaque d’argile. Il tente ainsi de faire dialoguer le naturel et le construit. Rachida Amara, graveure, fait appel à la technique du lino, qui combine dessin et gravure. Elle pense aussi une scénographie de personnages, aux états d’âme divers et des protagonistes qui surgissent dans tous leurs états. Mohamed Ghassan, sculpteur, exploite les fragilités de l’humain et sa sensibilité exacerbée le plus souvent, par rapport à son environnement, à son époque. Une sensibilité qui puise dans l’universel. Ses sculptures provoquent des interrogations et font résonner de nombreuses tonalités, souvent mystérieuses, sombres voire pessimistes. Une remise en question de la condition humaine est palpable dans ses œuvres. La technique de l’aquarelle qui incite au contemplatif caractérise le travail de Majed Zalila, artiste peintre. Ses œuvres sont une invitation à se perdre dans autant d’expressions, d’émotions, de rencontres dessinées, peintes, sensibles. Salwa El Aydi, commissaire d’exposition, a su fusionner les visions, les matières, les formes, dans un vaste espace, propice à la création, apte à abriter de multiples propositions artistiques et d’en faire un espace de Vortex onirique. Cette exposition collective est la première, organisée sur place.
Un lieu dédié à la création
Baptisé le « Rêvium », cette résidence artistique est située à El Maamoura, et est nichée dans une zone rurale qui donne, de loin sur la mer. Un rêve d’enfant qui appartient à sa fondatrice Ahlem Ismail, attirée par le Cap Bon depuis toujours, son climat, son histoire. Le « Rêvium » permet aux artistes accueillis de créer, en dehors de Tunis, dans un lieu propice à l’inspiration et à la créativité. Au calme, dans la nature, ce lieu, à haut potentiel, dédié aux artistes, s’apprête à s’étendre en offrant une 2ème scène pour les résidents désireux de se produire devant des publics lors des sorties de résidence musicales, théâtrales ou autres, et qui se déroulent sur place. D’autres pièces verront le jour. De l’espace libre, une salle de galerie et une bibliothèque sont déjà accessibles. Un petit théâtre de 300 places est mis en place. Le lieu aspire à dynamiser la culture et le tourisme. Pendant le vernissage, le violoncelle a résonné à Dar Oufa, l’autre nom officieux du « Rêvium ». Le musicien Ahmed Adnan Al Nouaimi a accompagné le public présent. Le musicien est fondateur de l'Orchestre de violoncelle de Tunis. L’exposition « Résonances oniriques » s’étalera jusqu’au 10 juillet 2026. L’accès est libre.


A travers son court métrage « Sous l’eau », Hamdi Jouini braque les projecteurs sur une urgence environnementale. Drame familial sur fond de catastrophe écologique liée à la pollution et l’érosion, « Sous l’eau » est le récit d’un effondrement familial, dans un environnement naturel délétère. Présenté au marché du film de la 79ème édition du festival de Cannes, le film s’inscrit dans son époque.
1-Pourquoi avoir choisi de traiter de cette thématique de nos jours ?
C’est totalement subjectif. J’ai grandi à Hammam Chatt, autrefois, un paradis sur terre. Nous avons grandi entre les montagnes et la mer. C’était un environnement féérique qui a profondément marqué mon enfance et adolescence. A un moment, j’ai été aspiré par les aléas de la vie, par les études, les voyages et le milieu professionnel et je m’étais éloigné de la région. En 2020, je reviens, et la mer était interdite de baignade et d’accès, la pollution faisait des ravages, et la ville et la vie d’avant n’existait plus. Je m’étais dit pourquoi ne pas faire une action qui pourrait sensibiliser à la pollution, attirer l’attention des citoyens, et des responsables. Par la suite, j’ai organisé un évènement, qui s’appelle « Rajaa Lebhar », avec des activités sportives, de la musique, des ateliers d’arts pour le public large et les enfants et des débats et échanges autour de ce problème écologique inquiétant, présent même au-delà de la banlieue sud. Des actions qui ont finalement fédéré les gens de la région et attiré l’attention de hauts responsables. Les solutions concrètes pour stopper ce fléau peinent, néanmoins à se concrétiser. Ma fiction courte « Sous l’eau » a donc vu le jour suite à des actions accomplies afin de sensibiliser sur l’état environnemental des régions gravement impactées. Le film raconte l’état de santé d’une petite fille souffrante de graves problèmes respiratoires. Ses parents se démènent pour la sauver. Ils déménagent de Gabès, pour s’installer à Kerkennah, en espérant avoir une meilleure qualité de vie. Sur place, les membres de cette petite famille ne tardent pas à réaliser que leur nouveau terrain était défectueux, confronté à des éboulements et à une montée des eaux rapides. Le calvaire continu …
2-Vous aviez autant de matière pour créer un documentaire. Pourquoi avoir choisi de tout traiter dans une fiction ?
Dans une fiction, on peut avoir davantage le contrôle sur le récit, l’histoire. Créer son narratif à son aise. J’ai davantage d’expérience dans la fiction. Je m’inspire de la réalité pour raconter des histoires fictives. Quand on choisit de traiter de cette thématique sur l’écologie, beaucoup pense systématiquement à un documentaire, alors que « Sous l’eau » est un drame court de 29 min, inspiré de faits réels, d’une petite fille qui vit à Gabés, et de l’érosion des plages de Kerkennah et de l’état de délabrements de quelques terres. Deux problématiques que j’ai tissé dans le même drame. Je tiens aussi à attirer l’attention sur l’absence des lois claires sensées protéger les citoyens, en Tunisie et par le monde. Des gens du monde fortement impactés par les changements climatiques. Sans oublier, l’absence des assurances qui préservent contre les catastrophes naturelles. Dans le monde entier, et au niveau juridique, très peu de tribunaux internationaux, spécialisés dans les questions climatiques font le nécessaire et les assureurs, ne font pas convenablement leur travail et ont du mal à agir à la racine, à être efficace. Tout cela est préoccupant pour moi.

3-Pourquoi ce titre « Sous l’eau » et comment avez – vous construit vos personnages ?
L’histoire tourne autour de cette terre qui s’apprête à disparaitre totalement à cause de la montée rapide des eaux. Mon intérêt pour cette thématique a sans doute vu le jour dans ma région de Hammam Chatt, puis, je m’étais intéressé, plus largement. Le personnage principal est un fonctionnaire lambda, père et époux soucieux, qui se bat pour protéger sa famille, lui assurer un confort de vie décent, et n’a qu’un seul souhait, c’est de sauver sa petite fille. La guérir ! Lui permettre de vivre un environnement saint. Fuir à Gabès pour Kerkennah n’arrangera pas les choses. Lui – même devient victime, avec sa femme et sa fille. C’est l’histoire d’une famille broyée par cette nature agonisante. Sans trop en révéler davantage …
4-Votre postulat basique est posé autour de l’écologie. Il est bien perceptible et parvient au spectateur. Comment avez -vous tissé l’autre aspect humain dans « Sous l’eau » ?
J’ai réalisé des séries ramadanesques dramatiques auparavant, et je m’y connais dans ce type de productions tragiques. Mon but c’est de toucher l’audimat. D’éveiller les consciences, de bousculer. Le noyau familial et la complexité des relations intra-familiales ont nourri mon scénario et mes précédentes réalisations. Je tenais à ce que le public, peu importe, d’où il vient, se voit dans ce drame lié au délitement de la planète terre et de la nature. D’ailleurs, les réactions au marché du Film à Cannes ont été pour la plupart positives, fructueuses et le film a même résonné chez un public large au festival de Cannes. Beaucoup se sont exprimés sur des problématiques liées à l’écologie dans différents pays, les leurs. Le film fera la tournée d’autres festivals, je l’espère et sortira prochainement en Tunisie.