
Voici l’exemple type d’une coédition illustrée, parue sous le titre intrigant de « Téta et Babcia : Voyage dans les recettes de nos – grands – mères ». La voix du livre (LIVOX) et les éditions Déméter se sont associés afin d’inviter leur lectorat à un voyage, en images et en paroles.
L’autrice Miranda Beshara s’est entourée par l’illustratrice Heba Khalifa et par la traductrice Sarah Rolfo pour permettre à cet ouvrage de paraitre, en version papier, haute en couleurs et en dessins, mais aussi en version audio et arabe, accessible via QR Code. Un code visible sur l’ouvrage et que le lecteur pourra scanner.
Les héroïnes du livres sont lues par Miranda Beshara. Elles surgissent en lettres et en audios : Il s’agit de Téta Aïda, Babcia Monica et Téta Afaf et Farah. Au moins trois grands – mères : une égyptienne, une syrienne et une polonaise nous dévoilent des ponts de leurs vies familiales, truffés d’un patrimoine et d’un savoir culinaire passionnant. La cuisine a toujours fait partie intégrante de leur vécu. Des vies racontées également au fil des pages en photos, souvent personnelles et familiales.
A travers ce livre, le lecteur fera connaissance avec Farah, 12 ans, qui vit à Paris. L’adolescente curieuse d’en connaitre davantage sur ses racines, partira à la conquête de ses origines, dans au moins trois pays : l’Egypte, la Pologne et la Syrie. Elle traverse les souvenirs, les époques, les sensations et les lieux à travers le récit passionnant des grands – mères. Des dames aux vécus infiniment riches, généreuses et dans le partage d’un savoir culinaire unique. Gouts, saveurs et sens se mêlent à la mémoire et aux souvenirs doux de l’enfance. Des sensations qui font échos à un large lectorat avide de nostalgie.

« Téta et Babcia » est la 3ème publication parue des éditions LIVOX en collaboration avec Déméter. Le titre évoque les appellations familières et courantes qui désignent les grands – mères, comme ici en Egypte Téta, et Babcia en Pologne, l’équivalent de Mima en dialecte tunisien, ou Mami, en français.
La version originale de ce projet, parue en langue arabe a été éditée en Egypte dans les éditions Al – Balsam en 2019. Avec l’accord de cet éditeur, la publication a ensuite, vu le jour en France aux éditions Orients, et a été déclinée aujourd’hui en version audio en arabe grâce à LIVOX et Déméter, pour cette version finale, plus fournie, illustrée et hybride.
Il s’agit d’un récit léger et fluide qui transmet le sens de la pluralité des cultures, l’éclectisme des richesses humaines, des origines et des récits de vie familiaux. Des histoires de famille et de filialité singulières, passionnantes, présentées au fil des chapitres. Des histoires de grands – mères qui se dessinent, au gré des déplacements, des voyages et des anecdotes de cuisine. « Téta et Babcia » est un livre audio, écrit, illustré et bilingue sur la transmission et le patrimoine. Son point fort, c’est cette ouverture sur le monde, avec un large éventail de découvertes. Tel un livre audio familial, l’ouvrage happe et passionne un lectorat, tout âge confondu. Un livre documentaire que tout le monde peut lire.

Il n’y’a pas de moments impromptus pour se laisser embarquer dans une déambulation artistique, menée par Sirine Boubaker. L’artiste visuelle façonne son savoir faire autour des mouvements migratoires, du droit élémentaire à la libre circulation, tout en explorant lieux historiques, civilisations et richesses méditerranéennes d’antan et en usant de techniques peu courantes. Plongée imminente dans un lieu de travail et de vie.
Niché dans une adresse ordinaire en plein cœur du Bhar Lazreg, notre point de chute se distingue par deux oliviers et un portail blanc, situés dans une rue bouillonnante. Sirine Boubaker prend sa pause ou presque. Son savoir se reflète sur sa création et laisse planer un sentiment satisfaisant, mélangé à un enthousiasme et une excitation. Elle vérifie qu’elle est dans les temps pour présenter son travail au public. L’adrénaline est à son comble.
L’artiste visuelle puise son inspiration dans un espace de création, propice au savoir, sous la houlette de la galeriste Yosr ben Ammar. Cette dernière offre la possibilité à des artistes professionnels de créer dans un environnement urbain particulier, cacophonique, traversé par d’innombrables visiteurs, qui viennent de toute part. Sirine Boubaker ouvre grand son portail à des visiteurs curieux.
Parfaitement ancrée dans ce lieu de vie, l’artiste puise aussi son inspiration de son voisinage et des personnes qu’elle rencontre, souvent au gré du hasard. Elle reste également sensible à son vécu entre la Tunisie et la France. Un va – et viens entretenu au fil des aléas de la vie.
Le questionnement principal autour de son art s’est imposé par lui – même : le vécu entre deux pays. Un retour au pays qui bouscule les acquis et éveille les sensibilités. « En Tunisie, toutes les fois où je suis revenue, je portais toujours mes racines, mes origines, mais mon identité est devenue fluctuante et changeante. Elle est sans cesse interrogée, A partir de ce ressentis, mon intérêt s’est porté, plus largement, sur la circulation, l’immigration, et la normalisation de ces mouvements humains qui ne devraient pas être aussi compliqués et scellés ». Affirme l’artiste tout en montrant soigneusement croquis, photos, créations aux matières variées.

Faire du terrain
A Pompéi, à Rome, Athènes, Carthage ou au Bardo, des mouvements de masse et de foules ont fait et défait les civilisations les plus puissantes de la méditerranée. Sirine Boubaker a fait du terrain et l’a capturé à travers ses photographies. Des lieux historiques sont mis en valeur à travers de nombreuses prises, des projections, une technique fascinante, celle de la Cyanotype et du collage. L’artiste agit sur de la pierre fragmentée, contrôle la lumière, dompte l’air et les matières, qu’elle prend soin de finaliser dans son studio, truffé d’installations bleues, et d’expérimentations issues de la technique de Cyanotique.
L’artiste interroge son rapport au temps, en usant aussi du tissu, du verre, des miroirs. « Je suis ouverte à toute sorte de matières, que je mets au service de l’histoire à travers l’archéologie évoquée, l’effacement, la sauvegarde de la mémoire collective et personnelle. Je laisse libre court à l’expérimentation avec des concrétisations qui prennent vie et d’autres vaines tentatives ». Cite l’artiste. Le procédé photographique fait partie des accomplissements de Sirine Boubaker et nourrit son processus créatif. La lumière U.V et le rinçage reste très maitrisés, pour cette artiste noctambule qui embrasse la création de nuit. Le textile, l’impression sur papier et la Cyanotype reste ses maitres mots.

Sirine Boubaker met en application ce savoir pour remuer la mémoire, raconter les transformations collectives, l’antique méditerranéen tout en faisant résonner l’intime et le personnel à travers son travail. Elle synthétise bien sa vision artistique en l’appelant « Archéologie du déplacement et l’exploration de nombreux territoires ». L’artiste rappelle que la mer est un lieu ancien de circulation, dénué de toute frontière, truffé de traces laissés suite aux déplacements. Le fait d’exercer sur de la pierre et du marbre rappelle la pertinence des traces souvent indélébiles laissés par l’histoire et les ruines. Comme si Sirine Boubaker tenait à sauvegarder la mémoire autour des mouvements migratoires et de leur richesse infinie.

Dans le paysage foisonnant du cinéma africain contemporain, « My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr s’impose comme une œuvre singulière. Ce long métrage nigérian propose une approche délicate et profondément humaine, privilégiant l’intime comme porte d’entrée vers le collectif. Tanit d’argent et prix « Tahar Cheriaa » pour la 1ère œuvre à la 36e édition des JCC.
Le film se déroule à Lagos, le temps d’une journée durant laquelle deux jeunes frères accompagnent leur père dans ses déplacements à travers la ville. Un récit qui devient rapidement un parcours initiatique, où chaque geste et chaque silence prennent une valeur symbolique. La figure paternelle, à la fois présente et distante, génère des interrogations sur la transmission, l’autorité et l’absence.
« My Father’s Shadow » inscrit son récit dans le contexte politique et social du Nigeria des années 1990. Les tensions du pays servent de trames de fond, perceptibles à travers l’atmosphère urbaine, les échanges et les obstacles de la vie courante. Cette narration confond l’intime et le collectif mais toujours avec maîtrise et habileté.

La mise en scène d’Akinola Davies Jr se distingue par sa précision. Le film, dans sa manière de réaliser, capte souvent le mobile et le discret, avec la densité de la vie urbaine à Lagos sans jamais freiner le rythme. Le son mêle bruits urbains et silences, renforce l’immersion et confère au film une dimension presque sensorielle. Cette écriture cinématographique, exigeante mais accessible, fait la puissance du film.
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, « My Father’s Shadow » a marqué le cinéma nigérian, confirmant l’émergence d’une génération qui rivalise désormais avec le cinéma mondial tout en restant ancrée dans les réalités locales du continent africain.
Œuvre de mémoire et de transmission, le long métrage a trouvé sa place dans une programmation de festival comme celle des JCC 2025, où le cinéma est pensé comme un espace de réflexion, de résistance et de dialogue entre les cultures. Un film discret mais qui ne passe pas inaperçu et qui rappelle que l’avenir du cinéma africain se joue aussi dans ces récits intimes.

Tanit d’or documentaire aux JCC 2025, « Liti Liti », connu sous son titre « The Attachement », de Mamadou Khouma Gueye s’impose comme l’une des œuvres sénégalaises récentes les plus marquantes. Le film interroge ce qui relie les êtres — à leurs proches, à leur terre, à une mémoire partagée — dans un monde traversé par les ruptures, l’effervescence urbaine, moderne et le néocolonialisme.
Le documentaire capte les petits gestes du quotidien, laisse libre cours à une parole libre, spontanée, retrace un quotidien truffé de mouvement, de brouhaha, de bruits et de casses. « Liti Liti » explore l’attachement sous ses multiples formes : en premier, celui à la terre, ce lieu de vie, puis vient l’affectif, le familial, le social. Subtilement, le film laisse émerger silences et relations humaines authentiques, vraies, solides.
Des liens soudés, qui proviennent principalement de la matriarche au cœur du film. Une dame d’un certain âge, qui raconte le contexte sénégalais actuel et son passé, marqué par les transformations sociales et les bouleversements politiques et économiques. L’intime qui devient collectif : les événements narrés dans le documentaire finiront par l’impacter, physiquement et mentalement.

« Liti Liti » est une expression ancrée dans le langage local, elle évoque la proximité, l’affection, mais aussi la difficulté de se détacher. « L’attachement » peut être à la fois un refuge et un frein. Un ressenti qui empêche d’aller de l’avant, d’évoluer, de changer. En ce sens, « Liti Liti » s’inscrit dans le réel houleux et ses contradictions, esquivant l’idéalisation d’un avenir et celle d’un présent. Point de mention au passé inexistant.
La caméra discrète, laisse le temps aux silences, aux gestes infimes, aux regards avec, comme trame de fond, le lancement d’un TER français, financé par la France. Un chantier titanesque qui promet de changer la vie des Sénégalais, en mieux, mais déracinera, parallèlement, une bonne partie de la population de leur terre. Autant de familles déplacées. Celle au cœur du film est l’une d’entre elles.
« Liti Liti » de Gueye s’inscrit dans la tradition du documentaire africain qui privilégie le vécu, l’humain et l’ancrage social, tout en posant des questions universelles sur l’appartenance, la transmission et la séparation. Le cinéma documentaire sénégalais, et plus largement africain, confirme, une nouvelle fois, sa puissance à transformer des histoires locales en récits profondément universels.

L’artiste peintre américaine, Jo Ann Morning, amoureuse de la Tunisie, présente une rétrospective picturale finement développée autour de sa ville Hammamet. Couleurs, formes architecturales et physionomies humaines se confondent dans de nombreux tableaux, en dupliquant la beauté naturelle et architecturale de cette cité et quelques-unes de ses us et coutumes.
Les couleurs à l’acrylique attirent : elles paraissent ternes, souvent vives, parfois juste éclairées par la lumière de la galerie. L’artiste peintre, Jo Ann Morning, a fait sortir ses tableaux de son atelier personnel, à Hammamet pour les afficher au grand public à l’espace «Hammamet, art et culture », le nouveau temple de la culture de la ville. Un beau timing, pendant les vacances, et qui laissent les visiteurs se perdre dans son savoir–faire artistique.
Le travail fourni fait l’effet d’une dédicace à une ville de cœur, une déclaration d’amour à Hammamet. Ses tableaux titillent l’émotionnel et le sentimental chez le récepteur, qui se reconnaît à travers les accomplissements de l’artiste. Jo Ann maîtrise son univers pictural, qui, souvent, pourrait passer pour de l’art naïf et des essais juvéniles.

Elle ne se retient pas de faire appel à son imaginaire, de transformer son vécu, le lieu où elle vit, sa perception de la ville, son ressenti et de tout exagérer dans ses œuvres, créant ainsi son propre univers, avec sa propre touche.
Les formes géométriques se confondent avec les paysages typiques et connus de la ville, son fort, les remparts, les voutes, les Hammam les gens. Sans oublier la lumière unique de Hammamet, son coucher de soleil, son ciel bleu, ses flocons de nuages.
Les œuvres sont une vision de Hammamet, l’interprétation personnelle de l’artiste. Jo Ann Morning a été fortement imprégnée par la culture égyptienne aussi, qu’elle a également présentée dans le Centre culturel international de Hammamet dans une autre exposition auparavant. Le bleu prime sur son travail.
L’artiste peintre est fière de l’effervescence culturelle des jeunes de la ville. Des jeunes qui se sont empressés de l‘inviter. L’exposition dure jusqu’au 30 janvier 2026 à la galerie de l’espace HAC et le vernissage est prévu pour le 10 janvier 2026. Les œuvres sont accessibles au public à partir du 25 décembre 2025.

La musique et la peinture s’entrecroisent, fusionnent et se complètent, comme dans «Swing», l’exposition de peinture solo de l’artiste Moncef Guiga, abritée actuellement dans l’enceinte de l’espace «Fausse note» à Hammamet.
Il ne manquait que la musique comme fond sonore pour accompagner les visiteurs curieux, venus découvrir sur place les tableaux de l’artiste Moncef Guiga. Ce chirurgien, et artiste de renom, a puisé, cette fois-ci, son inspiration et son rendu pictural, dans la musique et la danse : Enchaîner les tableaux, c’est comme passer en revue des moments scéniques figés dans sa mémoire.
Des souvenirs captés dans le temps et convertis désormais en tableaux peints de plusieurs personnalités de la chanson internationale et des danseurs et breakdancers.
D’un couple dansant le Tango, à la danse contemporaine des rues en passant par Michael Jackson, J.L Hooker, Nirvana, Miles Davis entre autres, artistes et musiciens maniant la contre – basse, le piano ou le saxo ont fait l’éclat de ses peintures.
Autant de diversités étalées sur les murs de la salle d’exposition. L’entente est passée d’une manière fluide entre la direction de l’endroit et l’artiste, qui ont choisi comme fil conducteur et commun «la musique, le chant et la danse».
«Fausse note», étant le QG des arts dans la ville de Hammamet, la thématique a directement été adoptée.
En plus de sa carrière médicale, Moncef Guiga est peintre. Il a exposé ses œuvres depuis les années 1990 dans plusieurs galeries et manifestations en Tunisie. Son travail est éclectique, avec des paysages, des scènes de vie, des moments figés et divers, faits en compositions colorées inspirées de la musique, de la nature et autres. Moncef Guiga a également écrit des ouvrages, dont un livre sur l’histoire de la médecine.
L’artiste a toujours alterné sa carrière médicale en chirurgie esthétique et sa passion fructueuse pour la peinture.
Copyright Photos : Mohamed DHIBI

Les peintures d’Adel Akremy transportent les visiteurs dans des villes et des atmosphères urbaines, propres à la Tunisie, toujours festives et familières. L’authenticité et l’ambiance de chaque lieu peint rappellent une nécessité : celle de toujours valoriser, à travers l’art, un mode de vie tunisien et un savoir–vivre en collectivité unique.
Plonger dans les peintures d’Adel Akremy, c’est sillonner des villes et des lieux emblématiques de Tunis à travers son art, et en usant d’une palette de couleurs fortement attrayante.
C’est revoir des silhouettes, revivre des scènes de vie ordinaire, visiter des hauts lieux de vie comme le marché central de Tunis, les corniches des villes côtières de la capitale. A travers son art, le peintre titille le récepteur : il sait faire remuer la mémoire et les sens, à sa manière, et c’est du baume pour la vue.

Né en 1956, l’artiste a toujours été autodidacte. Son univers a viré vers le cubisme et, au fil des décennies, il s’est imposé comme étant un artiste peintre incontournable de la scène locale.
Il a sillonné les galeries, fait la connaissance de mécènes et s’engage dans chaque exposition accomplie, comme celle tenue récemment à Nabeul et qui en dit long sur son contenu coloré, éclairé, éclatant et éclaté. Elles font effet comme des rayons de soleil dans la brume hivernale et sa grisaille.
Avant Nabeul, et sur plus de 25 ans, Adel Akremy a exposé en Europe et un peu partout dans le monde tout en s’ancrant dans son pays et ses régions.
Très vite remarqué par les professionnels de l’art, il est exposé dans les galeries d’art et dans les manifestations artistiques importantes, telles que le « Printemps des arts », « Art Tunis Paris 2011 », le musée du Montparnasse, mais aussi à Venise, où il est sélectionné pour « Imago Mundi ». « Lumières en Hiver », cette exposition solo, puise sa force de la réalité du quotidien tunisois et tunisien, de sa banalité magique, des personnes et personnages qui transcendent notre vécu collectif et nos ambiances citadines distinguées.

Curieux et visiteurs se sont laissé happer par une esthétique photographique nouvelle, signée par l’artiste Dalanda Manai. A travers ses prises, elle a habité le lieu pendant plus d’une quinzaine de jours, permettant ainsi à un large public de découvrir son travail distingué autour de négatifs photographiques à l’espace HAC de Hammamet.
C’est par l’effet attractif des négatifs colorés que les passants se laissent séduire par les tableaux photographiques. Plus d’une vingtaine d’œuvres ont orné les murs de cette nouvelle galerie «FineArt». «Le corps et ses fantômes», tel est l’intitulé de l’exposition de Dalanda Manai, fait écho à son contenu.

Une présence féminine lambda, qui ne laisse pas indifférent, habite les différents tableaux, aux divers formats. Son corps est au centre de tous les lieux visibles. L’artiste met en valeur ce corps féminin, décomplexé, criant de liberté, avec sa nudité, transformée par l’effet coloré des négatifs. Son personnage central, une jeune femme, au centre de toutes les prises, apparaît et disparaît dans d’innombrables endroits. L’inconnue est en osmose avec elle-même, la végétation, la chambre ou le bestiaire, visibles au fil des prises.

Elle erre d’un lieu à un autre, comme une lumière qui se faufile, en alternant apparitions et disparitions. La matière chimique, celle du négatif, fusionne avec la biologie du corps féminin et donne lieu à une écriture esthétique inédite. Le travail photographique effectué est puisé dans une mémoire, un passé, qui allie mise en valeur corporelle et lumière. Une lumière qui illumine cette présence féminine centrale,qui émane de ce même corps. Elle brille dans un lieu clôt, comme dans une chambre à coucher, et épouse la nature, en plein air. La jeune femme court, s’étend, contemple et se laisse capturer.
L’exposition fait du corps photographié une source inépuisable de lumière : un corps qui irradie tout dans ses moindres mouvements, l’effet «apparition / disparition» qui raconte le temps furtif et fige, mouvements et moments, sans oublier, «L’être immobile», qui traverse les lieux fermés et la nature, l’intérieur et l’extérieur, tout en s’imprégnant de nombreuses couleurs, reflet de l’effet négatif. L’exposition prend fin le 7 décembre 2025 à l’espace HAC «Hammamet Art & Culture», un nouveau temple des arts de la région, ouvert au public, et qui programme expositions, ateliers artistiques, théâtre, conférences et projections de films.


Zied Bakir fait paraître un roman au titre évocateur « La Naturalisation » aux éditions Grasset, en vente en France et en Tunisie. L’auteur était en tournée de promotion aux instituts français de Tunisie. Il raconte, à travers son roman, une quête d’appartenance et trace le parcours d’un exilé, qui oscille entre rêves et illusions, tout en questionnant ses origines. «La Naturalisation» raconte le vécu de nombreux exilés sur un ton grave et humoristique. Ce mélange des tons fait la force de son récit. Dans cet entretien, Zied Bakir nous dévoile les dessous de cette parution.
« Votre roman «La Naturalisation» (paru aux Editions Grasset en 2025) raconte l’errance, les galères, la quête d’appartenance d’un jeune Tunisien venu en France. Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de « La Naturalisation » ? Y-a-t-il eu un événement personnel, un moment précis, qui vous a donné envie d’écrire ce roman et de le faire paraître ?
Mon aventure libyenne qui m’avait inspiré «L’amour des choses invisibles» (Grasset, 2021). Chez moi, la pratique de l’écriture va de pair avec la vie. L’une nourrit l’autre et inversement. C’est alors que j’ai songé à me faire naturaliser français, pour des raisons pratiques donc. En même temps, j’essayais d’écrire un nouveau livre mais je ne savais pas quelle direction prendre. L’idée de la naturalisation m’a donné une piste à explorer. Ce titre s’est imposé à moi et cela m’amusait par avance de publier un roman qui s’intitule « La naturalisation » et d’obtenir ma naturalisation. L’écriture et la vie peuvent alors totalement se confondre !
Le personnage principal possède – t- il des aspects de vous-même ou est-ce un personnage totalement fictif ?
Oui, c’est un alter ego, un double littéraire. Un reflet dans un miroir déformant. Je fais de l’autobiographie romancée, donc forcément il y a un peu de moi dans mes personnages, et pas seulement celui du narrateur que j’ai nommé par goût de la provocation et de la philosophie ; si on le décortique il dit beaucoup de choses. La question que je pose c’est quelle place pour l’individu (libre et marginal) dans la société ?
Le récit commence en Tunisie en 1987, avec un acte rituel (la circoncision) qui fait écho à la prise de pouvoir de Zine El Abidine Ben Ali. Pourquoi partir de ce contexte historique ?
Il s’agit de deux souffrances historiquement concomitantes: la circoncision douloureuse du narrateur, enfant, et la destitution de Bourguiba. Deux dates charnière dans la vie de deux citoyens tunisiens qui, a priori, n’ont rien à voir l’un avec l’autre mais qui sont fortement liés. Bourguiba est le fondateur de la Tunisie moderne, pourtant l’enfant Elyas, une fois grand, va quitter son pays. Le rituel de la circoncision est censé ancrer l’homme dans une identité, une culture. Or, rien n’est figé, ni le pouvoir ni la tradition. Tout peut être remis en cause un jour ou l’autre.

Le titre « La Naturalisation» (qui évoque la nationalité, l’intégration) est à forte résonance : comment l’avez-vous choisi ? Qu’est-ce qu’il évoque chez vous ?
C’est là une question qui peut se poser à tout immigré lors de son parcours : se faire naturaliser ou pas ? Devenir citoyen de son nouveau pays, cela peut être l’aboutissement d’un parcours d’intégration, sans doute combler un besoin d’appartenance, ou bien comme je l’ai dit pour des raisons purement pragmatiques, etc. On peut aussi s’amuser de l’affaire : contrairement aux animaux qui se font naturaliser à leur mort, les immigrés se font naturaliser de leur vivant, c’est même le début d’une nouvelle vie pour eux. Naturalisés, les animaux gardent l’apparence du vivant, tandis que les «nouveaux citoyens» gardent l’apparence de quelque chose qui a peut-être disparu ? Mais arrêtons de comparer les immigrés aux animaux, cela n’est valable que pour moi. (Rire)
Quelle relation avez-vous souhaité explorer entre identité, statut, nationalité ?
Ce sont des fictions créées par la société, parfois imposées, parfois difficiles à porter, parfois source de fierté, voire de sentiment de supériorité, et ça peut devenir dangereux. J’essaie justement de prendre du recul face à ces croyances. Pourquoi ne pas les dépasser? J’invite mon lecteur, implicitement, à s’élever vers un monde plus harmonieux et plus égalitaire sans pour autant renoncer aux particularités de chacun.
Pourquoi mêler le comique, l’absurde et le drame ?
Parler de choses graves avec légèreté (et son contraire) est un style d’écriture qui m’intéresse et que j’explore. L’ironie est un bon remède face à l’absurdité de la vie, et l’humour noir, c’est ma lanterne pour ne pas me perdre ni devenir fou. Comme dit le proverbe tunisien «Kothr el hamm y dhahak». Mais si j’avais un slogan de romancier, ce serait plutôt cette citation, en anglais : «Take a sadsong and makeitbetter» d’une célèbre chanson des Beatles. Je crois et j’espère qu’elle résume ma manière d’écrire.
A qui s’adresse ce livre ? A un lectorat tunisien ? Francophone ? « Migrants » ? Ou tout simplement à « ceux qui se sentent métis d’appartenance»?
Tous les livres s’adressent à ceux qui les lisent. Ce sont des bouteilles à la mer, sans adresse. Certes, beaucoup de migrants prennent la mer…
Y-a-t-il un “avenir” pour Elyas, votre personnage principal ?
Curieusement, et sans l’avoir prémédité, je me suis rendu compte que mon précédent roman «L’amour des choses invisibles», pourtant paru avant, pouvait être une suite pour «La naturalisation», d’autant plus que le narrateur de ce roman (L’amour des choses invisibles) n’a pas de nom : c’est peut-être lui qui, cette fois, avance incognito ?