
Au festival international de Hammamet, l’unique rendez-vous avec la danse contemporaine a eu lieu avec « Labes », une création du chorégraphe Selim Ben Safia, conçue en collaboration avec l'artiste conceptuelle Nadia Kaabi-Linke.
Présenté à l'amphithéâtre de Hammamet, le spectacle s'appuie sur le langage du corps pour interroger la mémoire et l'effacement d’un lieu. Pendant près de cinquante minutes, cinq interprètes – Malek Zoueidi, Ilyes Triki, Mohamed Aissaoui, Romane Piffault et un cinquième performeur –investissent un espace scénique pensé comme un territoire en transformation… ou en délitement ? La scénographie de Nadia Kaabi-Linke participe à cette réflexion en laissant libre interprétation au spectateur. La création musicale est signée Marine-Suzanne de Loye et Hazem Berrabeh.
Le titre du spectacle reprend une expression familière tunisienne, « Labes », généralement utilisée comme une question (« Ça va ? »), mais ici détournée en affirmation. Ce titre fait référence au temps qui passe, à ses effets, aux transformations qu’il provoque. La création prend pour point de départ l'histoire du quartier maghrébin de Jérusalem (« Haret El Maghariba »), fondé au XIIᵉ siècle sous Salah Eddine El Ayoubi et détruit en 1967. Pendant plusieurs siècles, ce quartier a accueilli un flux migratoire de maghrébins, souvent des visiteurs en fin de pèlerinage à la Mecque, de passage à Jérusalem.
À travers la danse, « Labes » revient sur cet épisode historique en croisant récits individuels, interprétés par les danseurs et mémoire collective, celle d’un lieu. Les déplacements, les gestes et les interactions entre les danseurs évoquent des parcours interrompus, des absences et des traces laissées par l'Histoire. Sans recours au texte, la chorégraphie construit progressivement un dialogue entre passé et présent. Un passé éclatant et un présent détruit par Israël en 1967.

Nadia Kaabi-Linke rappelle que son intérêt pour cette histoire est né après avoir découvert l'existence du quartier maghrébin de Jérusalem en 2017. Selon elle, sa disparition constitue un épisode encore peu connu qui relie l'histoire de la Palestine à celle du Maghreb. Cette mémoire commune, estime-t-elle, trouve aujourd'hui un écho dans le contexte actuel, et dans le présent.
Selim ben Safia commente en amont du spectacle : « J’ai tenu à avoir un élément sur scène, qui transforme l’espace et le revisite. En pleine phase de recherche à Berlin, je découvre le travail de Nadia Kaabi-Linke. Un travail qui m’a incité à faire aboutir cette collaboration ».
Chaque interprète développe une trajectoire propre à lui, avant que ces récits ne convergent vers une réflexion plus large sur la mémoire, la disparition et la résistance à l'oubli. Avec cette proposition, le Festival international de Hammamet poursuit une programmation où les questions de transmission, de patrimoine et de mémoire occupent une place importante.


Il y a des premières qui sont attendues et qui finissent par conquérir ou par laisser indifférent. Le passage de la chanteuse espagnole Bebe sur la scène du Festival international de Hammamet a satisfait un certain engouement. Dans la soirée du 15 juillet, l'artiste a offert au public de l'amphithéâtre une prestation de près d'une heure et demie, confirmant son statut de figure de la scène hispanophone contemporaine.
Entourée de musiciens remarquables, Bebe a donné un concert à son image : sincère, généreux et maîtrisé. Entre ballades intimistes et morceaux plus rythmés, elle a su installer une proximité avec le public, malgré un français hésitant qu'elle a utilisé avec une touchante spontanéité pour s'adresser au public présent. Cette première rencontre avec la Tunisie s'inscrivait parfaitement dans l'esprit de la 60e édition anniversaire du Festival international de Hammamet, placée sous le slogan « Endless Memories ».
L'artiste espagnole a également choisi de célébrer un accomplissement central dans sa carrière : celui de « Pafuera Telarañas », l'album qui l'a révélée au grand public il y a vingt-deux ans. Sorti en 2004 et produit par Carlos Jean, ce disque a marqué toute une génération grâce à des titres devenus incontournables comme « Malo », « Ella » ou encore « Siempre me quedará ». Autant de chansons qui ont façonné une carrière portée par une écriture sensible, humaine et résolument engagée.
Le concert a ainsi offert un voyage à travers les différentes étapes de son parcours artistique. « 7 horas », « Respirar », « Mi Guapo », « La Bicha » ou encore « Tu Silencio » se sont succédé. Parmi les invités figuraient également l'ambassadeur d'Espagne en Tunisie, Isidro González Afonso, des représentants de l'ambassade, de l'Institut Cervantes et de l'Agence espagnole de coopération internationale pour le développement (AECID). Le public présent était en grande partie hispanophile, hispanophone et espagnol.

Bien au-delà de la musique, Bebe continue de porter un message humaniste qui caractérise son œuvre depuis ses débuts. Son répertoire, nourri d'influences flamenco, pop, rock et chanson d'auteur, défend la liberté, la dignité et l'émancipation, avec une attention particulière consacrée à la lutte contre les violences faites aux femmes. Son célèbre titre « Malo » traduit cet engagement.
La chanteuse a tenu à remercier le public tunisien dans un français soigneusement préparé, qu'elle lisait sur son téléphone : « Merci pour votre présence, votre amour… C'est ma première fois en Tunisie et je suis heureuse de vous rencontrer. » Une déclaration simple, chaleureuse et sincère qui a suscité une vive émotion.

Après huit ans d'absence, Yasmine Hamdan a renoué avec son public tunisien lors de la troisième soirée du Festival international de Hammamet. Dans l'enceinte de l'amphithéâtre, l'artiste libanaise a livré une performance où la mémoire, l'identité et l'exil ont fait et défait ses compositions.
Il aura fallu attendre huit ans pour revoir Yasmine Hamdan sur une scène tunisienne. La chanteuse, compositrice et interprète libanaise a offert un concert mêlant émotion, engagement et exploration musicale, face à un public avide de peps scénique et d'énergie nouvelle. Figure incontournable de la scène alternative arabe, Yasmine Hamdan continue de tracer un parcours singulier, où les frontières entre musique électronique, poésie arabe et expérimentations sonores se confondent.
Le thème de cette édition anniversaire, « Endless Memories », faisait écho à son dernier album, « I Remember I Forget ». Une rencontre fluide autour de la mémoire, qu'elle soit intime ou collective, de l'oubli, de la transmission et des blessures qui traversent les générations.
« Je sens que le thème de la mémoire me poursuit », confie-t-elle. « Beaucoup de choses bougent aujourd'hui. L'époque est houleuse, effervescente. La mémoire reste un socle qui nous accompagne partout. Elle me suit dans tous les festivals, y compris ici, à Hammamet. Et qui dit mémoire évoque aussi l'oubli. ». Précise l'artiste.

Les morceaux s'enchaînent sur un même rythme, lent et linéaire alternant les titres de son dernier album et ses chansons phares comme "Hal", ",Mor", "Vows", "Shadia", "Hon" et "Al Jamilat" qui transportent les spectateurs. Le concert atteint son apogée avec "Al Balad" puis l'incontournable "Beirut".
Entre deux chansons, l'artiste prend la parole. Elle évoque la résistance des femmes palestiniennes, les blessures de son Liban natal, les guerres, les pertes et les traumatismes qui traversent toute une région. Ses mots prolongent les thèmes déjà présents dans sa musique : l'appartenance, l'exil, le déracinement et la quête d'identité.
« Je suis originaire d'une région profondément secouée par les tragédies, les pertes, les guerres et les traumatismes. J'ai le sentiment de vivre dans deux espaces-temps : le Liban et ma vie en France, ou encore tous les endroits où la musique m'emmène », explique-t-elle.
Puis, dans un hommage appuyé au public tunisien, elle ajoute : « À travers mes chansons, je crie mes fragilités et mes peines, tout en gardant l'espoir et en chantant la douceur de mon peuple. Une douceur qui me rappelle la générosité et l'accueil des Tunisiens. C'est cette tendresse qui fait la richesse d'un peuple. » Conclut - elle.

La 60e édition du Festival international de Hammamet a démarré avec « Les Fugueuses », dernière création en date de Wafa Taboubi. Portée par six interprètes, la pièce explore l’attente, le départ, le déracinement et la quête d’un ailleurs, dans un monde où l’incertitude semble désormais dicter les trajectoires humaines. Où les vies se tracent à l’aveuglette.
Fidèle à sa tradition, la 60e édition anniversaire du Festival international de Hammamet a inauguré sa programmation par le théâtre. Sur sa scène unique, la metteure en scène Wafa Taboubi a présenté « Les Fugueuses », une création construite autour de l’attente, du départ et des vertiges de lendemains inconnus. Un spectacle qui fait du mouvement, des corps et de l’espace les principales composantes d’un récit ancré dans les préoccupations de notre époque.
Le synopsis en dit long sur l’intrigue de la pièce : Une station. Cinq femmes et un homme. Six personnes réunies dans un même espace, suspendues dans le temps, dans l’attente de quelque chose qui ne vient pas. Rien ne passe, rien ne surgit, rien ne semble arriver. Les personnages décident alors d’agir.
Leurs trajectoires et leurs destinations diffèrent, mais leur quête demeure la même : trouver un ailleurs plus paisible, une vie plus digne, un quotidien moins éprouvant. Partir devient alors une nécessité, presque un réflexe de survie. Mais cette fuite en avant, loin d’offrir immédiatement une issue, se transforme progressivement en errance et confronte chacun à ses propres incertitudes, à ses démons déjà bien installés.

Le spectacle explore le délitement du quotidien, le vide, l’exil intérieur et l’attente d’un « après » qui demeure insaisissable. La fuite n’est ainsi jamais envisagée comme une simple rupture géographique. Elle devient une expérience existentielle, une recherche de soi, ou un point de chute géographique capable d’accueillir des récits de vie, une mémoire, des ressentis et des aspirations.
Écrite et mise en scène par Wafa Taboubi, la pièce déploie un univers où les corps s’entrechoquent, se rapprochent, s’éloignent, s’expriment, dans un espace scénique vide à l’œil nue. Un lieu qui tarde à se dessiner. Les déplacements constituent le moteur essentiel du récit, et qui se réfère à l’instabilité que traverse les personnages. La musique de Hani Ben El Hamadi accompagne cette perte collective.
« L’espoir reste le principal moteur qui me pousse à aller de l’avant, à résister », a déclaré Wafa Taboubi lors d’une conférence de presse. La metteure en scène rappelle ainsi que les maux exprimés dans sa création font écho à la complexité de l’époque contemporaine, marquée par l’incertitude, la violence, les schismes, les ruptures et l’incapacité de se projeter sereinement dans le temps.
Car malgré l’errance et l’absence de certitudes, « Les Fugueuses » laisse subsister une possibilité : celle de l’espoir. Une lueur fragile qui permet encore d’avancer et de résister. La pièce s’achève ainsi sur une interrogation : de quoi demain sera-t-il fait ?
Toujours lors du même point de presse, l’équipe a exprimé son ressenti singulier quant au travail spécifique effectué dans l’enceinte de l’amphithéâtre en plein air de Hammamet. Une équipe qui doit braver les aléas de la nature, des bruits émanant de la mer, du vent pour aboutir sur un rendu final. Le théâtre, lieu magique par essence, source d’inspiration, et qui se réfère au slogan de l’édition « Endless Memories ».
Sur scène, Fatma Ben Saïdane, Mounira Zakraoui, Lobna Noomen, Mohamed Bouzid, Oumaima Bahri et Sabrine Omar donnent corps à cette dynamique. Jouée en dialecte tunisien et d’une durée de 90 minutes, « Les Fugueuses » est une production de Fabula Production, en coproduction avec le Théâtre national tunisien.
En choisissant cette création pour entamer sa 60e édition, le Festival international de Hammamet ouvre son édition anniversaire avec une pièce de théâtre qui interroge notre époque et ses incertitudes. Une ouverture théâtrale placée sous le signe du mouvement, de l’ailleurs et de cette obstination de l’humain à continuer d’avancer en bravant le flou.

Dans « Jours d’été », deux univers artistiques fusionnent sur une dizaine de jours pour donner vie à une déambulation entre photographies, poésie, et œuvres de broderie.
La photographe et traductrice Cyrine Mami, et la créatrice d’œuvres en fil Stéphanie Peix invitent le visiteur à s’enivrer visuellement de paysages naturels, pour la plupart de la Mahdia et de sa presque -île à l’atmosphère insulaire. Au fil des œuvres brodées, c’est une carte géographique tissée différemment de la Tunisie, conçue par Stéphanie Peix, artiste- artisane, qui se décline dans plusieurs cadres et couleurs. Des oiseaux conçus en tissu, prennent la pose au fil de l’expo-installation, tandis que des formes géographiques attrayantes se combinent dans des cadres, élégamment accrochés dans un couloir élancé.
La rencontre entre les deux créatrices a eu lieu des années auparavant quand Stéphanie Peix, créatrice d’objets, brodeuse, et illustratrice, se consacrait à la fabrication des mobiles pour les oiseaux pour les enfants. « Je fais de la photographie et elle, elle a affiné sa pratique de la broderie. On a fini par organiser des journées portes ouvertes, avec toutes ses créations et mes séries de photos d’El Mahdia, principalement, mais aussi celle prise à Kerkennah, juste avant la pandémie. C’était comme si le temps s’était suspendu. La photo perpétue ce ressenti ». Commente la photographe.

De la carte de la Tunisie, Peix a décliné sa pratique, toujours à travers le tissu, des paysages, aux formes géométriques, en passant par les oiseaux car l’artisane voue une grande passion pour ces êtres. La série photographique d’El Mahdia montre sous son meilleur jour Borj El Rass, ses mouvements citadins, son ciel bleu et sa mer. Une autre photographie affiche l’ile de Zembra, dans une brume de chaleur, comme si l’ile « se reposait », hors du temps. D’une pièce à une autre, des fleurs de bougainvilliers prennent le dessus. Elles sont visibles, notamment dans les photographies polaroïds accrochées sur le mur, car la photographe entretient sa passion pour cette pratique vintage au charme unique. Les « Jours d’été » des deux créatrices se sont bien mariées.

Un fanzine dédié à El Mahdia
C’est à la suite d’une connexion avec El Mahdia et d’une rencontre exceptionnelle avec le lieu, que l’artiste photographe a décliné ses prises en ouvrage Fanzine. Elle commente : « Mon arrivée jusqu’à Borj El Rass, à la pointe de la Mahdia, m’avait rappelé un voyage en Grèce que j’avais fait quand j’étais plus jeune. En 2023, je me suis offert une petite résidence personnelle, sur deux semaines. J’ai capté les ambiances, atmosphères, le cimetière mythique, et les habitants sur place, en réalisant plus de 800 prises que j’ai fini par trier ».

Cyrine Mami fini par montrer ses prises à Emanuela Amadio, spécialisée dans l’enseignement de la photographie et des outils numériques, et fondatrice de l’école itinérante la « Case di Fotografia », en Italie. A un stade avancé du travail sur cette série photographique et sur la création du fanzine, l’idée d’associer de la poésie à cette ouvrage photo était née. L’ouvrage tel qu’il est paru, alterne les photographies de Cyrine Mami et les textes poétiques de Moncef Ghachem, originaire de la Mahdia, parus en français et en italien.
La publication a fait dialoguer deux destinations méditerranéennes : l’italienne et la tunisienne. L’atmosphère insulaire se fait sentir au fil des pages. L’architecture des édifices, les mosquées, les oiseaux marins, l’infinie étendue du bleu du ciel et de sa mer et la splendeur de Cap Afrique (cité fondée au 10ème siècle), font ce recueil photographique. Borj El Rass et Borj El Kebir séduisent par leur histoire, leur authenticité. Des textes comme « Nouvelle », « Note », « Enfant », « Etincelle », « La musique » ou « Ivresse » ont enrichi ce travail.

Voici l’exemple type d’une coédition illustrée, parue sous le titre intrigant de « Téta et Babcia : Voyage dans les recettes de nos – grands – mères ». La voix du livre (LIVOX) et les éditions Déméter se sont associés afin d’inviter leur lectorat à un voyage, en images et en paroles.
L’autrice Miranda Beshara s’est entourée par l’illustratrice Heba Khalifa et par la traductrice Sarah Rolfo pour permettre à cet ouvrage de paraitre, en version papier, haute en couleurs et en dessins, mais aussi en version audio et arabe, accessible via QR Code. Un code visible sur l’ouvrage et que le lecteur pourra scanner.
Les héroïnes du livres sont lues par Miranda Beshara. Elles surgissent en lettres et en audios : Il s’agit de Téta Aïda, Babcia Monica et Téta Afaf et Farah. Au moins trois grands – mères : une égyptienne, une syrienne et une polonaise nous dévoilent des ponts de leurs vies familiales, truffés d’un patrimoine et d’un savoir culinaire passionnant. La cuisine a toujours fait partie intégrante de leur vécu. Des vies racontées également au fil des pages en photos, souvent personnelles et familiales.
A travers ce livre, le lecteur fera connaissance avec Farah, 12 ans, qui vit à Paris. L’adolescente curieuse d’en connaitre davantage sur ses racines, partira à la conquête de ses origines, dans au moins trois pays : l’Egypte, la Pologne et la Syrie. Elle traverse les souvenirs, les époques, les sensations et les lieux à travers le récit passionnant des grands – mères. Des dames aux vécus infiniment riches, généreuses et dans le partage d’un savoir culinaire unique. Gouts, saveurs et sens se mêlent à la mémoire et aux souvenirs doux de l’enfance. Des sensations qui font échos à un large lectorat avide de nostalgie.

« Téta et Babcia » est la 3ème publication parue des éditions LIVOX en collaboration avec Déméter. Le titre évoque les appellations familières et courantes qui désignent les grands – mères, comme ici en Egypte Téta, et Babcia en Pologne, l’équivalent de Mima en dialecte tunisien, ou Mami, en français.
La version originale de ce projet, parue en langue arabe a été éditée en Egypte dans les éditions Al – Balsam en 2019. Avec l’accord de cet éditeur, la publication a ensuite, vu le jour en France aux éditions Orients, et a été déclinée aujourd’hui en version audio en arabe grâce à LIVOX et Déméter, pour cette version finale, plus fournie, illustrée et hybride.
Il s’agit d’un récit léger et fluide qui transmet le sens de la pluralité des cultures, l’éclectisme des richesses humaines, des origines et des récits de vie familiaux. Des histoires de famille et de filialité singulières, passionnantes, présentées au fil des chapitres. Des histoires de grands – mères qui se dessinent, au gré des déplacements, des voyages et des anecdotes de cuisine. « Téta et Babcia » est un livre audio, écrit, illustré et bilingue sur la transmission et le patrimoine. Son point fort, c’est cette ouverture sur le monde, avec un large éventail de découvertes. Tel un livre audio familial, l’ouvrage happe et passionne un lectorat, tout âge confondu. Un livre documentaire que tout le monde peut lire.

Dans le paysage foisonnant du cinéma africain contemporain, « My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr s’impose comme une œuvre singulière. Ce long métrage nigérian propose une approche délicate et profondément humaine, privilégiant l’intime comme porte d’entrée vers le collectif. Tanit d’argent et prix « Tahar Cheriaa » pour la 1ère œuvre à la 36e édition des JCC.
Le film se déroule à Lagos, le temps d’une journée durant laquelle deux jeunes frères accompagnent leur père dans ses déplacements à travers la ville. Un récit qui devient rapidement un parcours initiatique, où chaque geste et chaque silence prennent une valeur symbolique. La figure paternelle, à la fois présente et distante, génère des interrogations sur la transmission, l’autorité et l’absence.
« My Father’s Shadow » inscrit son récit dans le contexte politique et social du Nigeria des années 1990. Les tensions du pays servent de trames de fond, perceptibles à travers l’atmosphère urbaine, les échanges et les obstacles de la vie courante. Cette narration confond l’intime et le collectif mais toujours avec maîtrise et habileté.

La mise en scène d’Akinola Davies Jr se distingue par sa précision. Le film, dans sa manière de réaliser, capte souvent le mobile et le discret, avec la densité de la vie urbaine à Lagos sans jamais freiner le rythme. Le son mêle bruits urbains et silences, renforce l’immersion et confère au film une dimension presque sensorielle. Cette écriture cinématographique, exigeante mais accessible, fait la puissance du film.
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, « My Father’s Shadow » a marqué le cinéma nigérian, confirmant l’émergence d’une génération qui rivalise désormais avec le cinéma mondial tout en restant ancrée dans les réalités locales du continent africain.
Œuvre de mémoire et de transmission, le long métrage a trouvé sa place dans une programmation de festival comme celle des JCC 2025, où le cinéma est pensé comme un espace de réflexion, de résistance et de dialogue entre les cultures. Un film discret mais qui ne passe pas inaperçu et qui rappelle que l’avenir du cinéma africain se joue aussi dans ces récits intimes.

Tanit d’or documentaire aux JCC 2025, « Liti Liti », connu sous son titre « The Attachement », de Mamadou Khouma Gueye s’impose comme l’une des œuvres sénégalaises récentes les plus marquantes. Le film interroge ce qui relie les êtres — à leurs proches, à leur terre, à une mémoire partagée — dans un monde traversé par les ruptures, l’effervescence urbaine, moderne et le néocolonialisme.
Le documentaire capte les petits gestes du quotidien, laisse libre cours à une parole libre, spontanée, retrace un quotidien truffé de mouvement, de brouhaha, de bruits et de casses. « Liti Liti » explore l’attachement sous ses multiples formes : en premier, celui à la terre, ce lieu de vie, puis vient l’affectif, le familial, le social. Subtilement, le film laisse émerger silences et relations humaines authentiques, vraies, solides.
Des liens soudés, qui proviennent principalement de la matriarche au cœur du film. Une dame d’un certain âge, qui raconte le contexte sénégalais actuel et son passé, marqué par les transformations sociales et les bouleversements politiques et économiques. L’intime qui devient collectif : les événements narrés dans le documentaire finiront par l’impacter, physiquement et mentalement.

« Liti Liti » est une expression ancrée dans le langage local, elle évoque la proximité, l’affection, mais aussi la difficulté de se détacher. « L’attachement » peut être à la fois un refuge et un frein. Un ressenti qui empêche d’aller de l’avant, d’évoluer, de changer. En ce sens, « Liti Liti » s’inscrit dans le réel houleux et ses contradictions, esquivant l’idéalisation d’un avenir et celle d’un présent. Point de mention au passé inexistant.
La caméra discrète, laisse le temps aux silences, aux gestes infimes, aux regards avec, comme trame de fond, le lancement d’un TER français, financé par la France. Un chantier titanesque qui promet de changer la vie des Sénégalais, en mieux, mais déracinera, parallèlement, une bonne partie de la population de leur terre. Autant de familles déplacées. Celle au cœur du film est l’une d’entre elles.
« Liti Liti » de Gueye s’inscrit dans la tradition du documentaire africain qui privilégie le vécu, l’humain et l’ancrage social, tout en posant des questions universelles sur l’appartenance, la transmission et la séparation. Le cinéma documentaire sénégalais, et plus largement africain, confirme, une nouvelle fois, sa puissance à transformer des histoires locales en récits profondément universels.

L’artiste peintre américaine, Jo Ann Morning, amoureuse de la Tunisie, présente une rétrospective picturale finement développée autour de sa ville Hammamet. Couleurs, formes architecturales et physionomies humaines se confondent dans de nombreux tableaux, en dupliquant la beauté naturelle et architecturale de cette cité et quelques-unes de ses us et coutumes.
Les couleurs à l’acrylique attirent : elles paraissent ternes, souvent vives, parfois juste éclairées par la lumière de la galerie. L’artiste peintre, Jo Ann Morning, a fait sortir ses tableaux de son atelier personnel, à Hammamet pour les afficher au grand public à l’espace «Hammamet, art et culture », le nouveau temple de la culture de la ville. Un beau timing, pendant les vacances, et qui laissent les visiteurs se perdre dans son savoir–faire artistique.
Le travail fourni fait l’effet d’une dédicace à une ville de cœur, une déclaration d’amour à Hammamet. Ses tableaux titillent l’émotionnel et le sentimental chez le récepteur, qui se reconnaît à travers les accomplissements de l’artiste. Jo Ann maîtrise son univers pictural, qui, souvent, pourrait passer pour de l’art naïf et des essais juvéniles.

Elle ne se retient pas de faire appel à son imaginaire, de transformer son vécu, le lieu où elle vit, sa perception de la ville, son ressenti et de tout exagérer dans ses œuvres, créant ainsi son propre univers, avec sa propre touche.
Les formes géométriques se confondent avec les paysages typiques et connus de la ville, son fort, les remparts, les voutes, les Hammam les gens. Sans oublier la lumière unique de Hammamet, son coucher de soleil, son ciel bleu, ses flocons de nuages.
Les œuvres sont une vision de Hammamet, l’interprétation personnelle de l’artiste. Jo Ann Morning a été fortement imprégnée par la culture égyptienne aussi, qu’elle a également présentée dans le Centre culturel international de Hammamet dans une autre exposition auparavant. Le bleu prime sur son travail.
L’artiste peintre est fière de l’effervescence culturelle des jeunes de la ville. Des jeunes qui se sont empressés de l‘inviter. L’exposition dure jusqu’au 30 janvier 2026 à la galerie de l’espace HAC et le vernissage est prévu pour le 10 janvier 2026. Les œuvres sont accessibles au public à partir du 25 décembre 2025.