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« Les enfants rouges » de Lotfi Achour :  Un cri contre l’oubli
REVIEWS & CRITIQUES12 / 21 / 2024

« Les enfants rouges » de Lotfi Achour : Un cri contre l’oubli

Loin de tout, comme dans une contrée aride et isolée, vivent Achraf et son cousin Nizar. Les deux adolescents font paître leur troupeau, quand ils sont violemment attaqués par des terroristes. L’un d’eux est tué quand l’autre devra informer leur famille. Choc, hallucinations, perte de repères et cri d’alerte inaudible, « Les enfants rouges » est le récit d’un traumatisme qui happe.


Ils ont 14 et 16 ans, et refont le monde dans leur élément naturel : montagnes, sources d’eau et paysages rocheux, à perte de vue. Le lieu, dans le film, accentue les difficultés d’un quotidien, fait écho à la survie des enfants et de leur famille et creuse le sentiment d’être oublié. Mais au-delà de la misère, la lumière toujours… car les deux adolescents s’accrochent à leurs rêves, à leurs espoirs et à la compagnie de leur troupeau, leur source de subsistance.


Leur quiétude est broyée par l’attaque sanglante d’un groupe de terroristes, qui assassine Nizar, et laisse délibérément en vie Achraf. En guise de messager, le jeune survivant devra informer son clan. Ces terroristes agissent d’une manière habile, discrète, et font des montagnes désertes leurs terreaux. Ils tiennent surtout, au fil de leurs agissements macabres, à lancer des messages intraçables pour marquer leur territoire et faire savoir qu’ils ne sont jamais bien loin, prêts à surgir pour attaquer.


Une quête de survie


Sous la violence du choc, Achraf perd conscience, se reprend doucement, a dû mal à réaliser la mort barbare de son cousin, décapité sous ses yeux. Livré à lui-même dans un paysage écrasé par la chaleur, entre perte de conscience, hallucination, déshydratation et volonté de se faire entendre et de crier secours, les frontières entre réalité et imaginaire se mêlent et font toute l’atmosphère du long métrage. Entre souvenirs et bribes du choc qui habiteront désormais son subconscient, une histoire, en partie onirique, s’installe et accompagne l’adolescent jusqu’aux siens.


Entre les plans panoramiques, le murmure du vent, et le silence assourdissant d’une nature sèche, l’enfant avance en solo. Le film passe d’un récit solitaire à une dimension collective. La famille est intégrée dans l’histoire. Latifa Gafsi, dans le rôle de la mère meurtrie, ajoute une couche à la tragédie, jusqu’à inclure voisinage, autorités…


Le film tourne désormais autour de la famille, et de sa détresse étirée dans le temps. Les évènements se suivent, dans le but d’être écoutés par les autorités absentes, de désigner les coupables, de retrouver le corps et de pouvoir l’inhumer, faire le deuil et enfin encaisser le choc, après un si long périple qui s’avèrera pénible.


« Les enfants rouges » s’inspire de faits réels survenus en Tunisie en 2015, quand Mabrouk Soltani, berger, s’est fait décapiter par des terroristes dans la montagne de Méghilla.. Les mêmes criminels récidiveront, deux ans après, et tueront de la même manière son frère Khalifa Soltani, dans une indifférence totale des autorités, et face à la sidération des Tunisiens. Lotfi Achour tenait à mettre en lumière cet évènement marquant, contre l’oubli. « Les enfants rouges » traite avec une grande maîtrise cinématographique ce drame abject. Il porte la voix des oubliés de l’Etat. Le film est en compétition officielle long métrage de fiction pour les JCC de 2024, dont le palmarès sera annoncé aujourd’hui samedi 21 décembre 2024.

« Les enfants rouges » de Lotfi Achour : Un cri contre l’oubli
«Lees Waxul» de Yoro Mbaye : Le récit court d’un non–dit
REVIEWS & CRITIQUES12 / 17 / 2024

«Lees Waxul» de Yoro Mbaye : Le récit court d’un non–dit

Le réalisateur Yoro Mbaye assure à son public une plongée éclair mais brutale dans un environnement rude. Ses protagonistes n’ont de but que d’assouvir leur faim et littéralement leur gagne–pain. «Lees Waxul» est un court métrage sénégalais d’une vingtaine de minutes, qui raconte une discorde intra-familiale autour du pain rassis.


Ousseynou vit dans un village où le pain est un luxe. Le posséder peut être un signe d’aisance, le fabriquer est carrément un symbole de richesse. L’homme, qui était pêcheur initialement, vit de la vente de la «Fagadaga» (pain rassis), pour réussir à nourrir les siens. Son relationnel avec le voisinage paraît solide. Sa réputation est globalement bonne, et l’homme arrive à joindre les bouts. Jusqu’au jour où sa belle–sœur, prénommée Nafi, décide d’ouvrir sa propre boulangerie traditionnelle, écrasant ainsi son commerce et creusant surtout les inimitiés entre eux.


Commence, alors, une discorde voire un chassé-croisé, tout sauf amical, à couteaux tirés.


Les coups bas sont pensés et les mouchards s’en mêlent, le tout dans un non-dit assourdissant. Les relations se détériorent et les actions malsaines prennent le dessus. La tension est à son comble, sans qu’elle ne soit très visible ni apparente. La force du court métrage de Yoro Mbaye réside dans sa capacité à transmettre intensément des émotions, sans que la mésentente soit filmée, visible. C’est peut-être ainsi qu’on reconnaît la force d’une écriture, d’un scénario. Son image de patriarche de la famille est ternie, sa vente de pain rassis en prend un coup et la menace plane.


Grâce à une direction d’acteurs irréprochable, hautement bien gérée, les acteurs finissent par faire parvenir la fable en peu de temps, racontée dans «Lees Waxul». A l’affiche, principalement un duo d’acteurs qui interpelle : Alassane Sy et Fatou Binetou Kane. Le court métrage, qui nous parvient directement du Sénégal, a été retenu dans des festivals dans le monde, dont Namur récemment. Il figure dans la compétition officielle des courts métrages de fiction lors de la 35e édition des Journées Cinématographiques de Carthage.

«Lees Waxul» de Yoro Mbaye : Le récit court d’un non–dit
« L’effacement » de Karim Moussaoui : Se noyer dans sa propre existence
REVIEWS & CRITIQUES12 / 16 / 2024

« L’effacement » de Karim Moussaoui : Se noyer dans sa propre existence

« L’effacement » ou « The Vanishing » de Karim Moussaoui crie l’aliénation jusqu’au bout. La 2e fiction du jeune réalisateur algérien est retenue pour les Journées cinématographiques de Carthage dans sa 35e édition. Récit d’une perte de soi.


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Le jeune homme, interprété par Sammy Lechea, est criant de détresse. Il exprime des maux, les siens, et voit les failles de sa famille, d’un pays, d’une culture apparaître. Réda se laisse abîmer dans des machinations au quotidien qui prennent le dessus et le happent. Ses émotions s’accentuent, sa colère gronde, ses amours se dissipent et se dispersent, et son existence prend, de jour en jour, des tournures inattendues. Sa relation avec son frère ainé Fayçal prend fin, et celle avec son père se disloque jusqu’à la perte brutale de cette figure paternelle écrasante. Dans «L’effacement», le récit se vide assez rapidement de ses personnages. Ils apparaissent et se perdent, laissant le personnage central seul face à sa solitude.


Même en rencontrant l’amour, auprès de Malika, gérante d’un restaurant, il ne peut la garder, elle-même aux prises à des désarrois et à une histoire d’amour inachevée. Réda sombre dans l’incompréhension et dans la déception la plus totale, à force de subir une succession d’événements autour de lui. Un sentiment inassouvi plane, en dépit des privilèges qu’il possède et de sa place dans la société. Issu d’un milieu riche, Réda se laisse pourtant briser. L’histoire tient : truffée de suspense jusqu’au bout, le spectateur ne peut rester indifférent au sort qui sera finalement réservé à l’effacement de Réda. Le film est adapté d’un roman de Samir Toumi par Moussaoui et Maud Ameline. Sa première mondiale a eu lieu au festival de Marrakech.

« L’effacement » de Karim Moussaoui : Se noyer dans sa propre existence
« Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri : Visuel et sonore
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 12 / 15 / 2024

« Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri : Visuel et sonore

A la cinémathèque tunisienne, salle comble, invités aux aguets et ambiance feutrée, éclairant subtilement les deux artistes de la soirée : le musicien, auteur et compositeur, Jihed Khmiri, accompagné sur scène par Aymen Mbarki, artiste visuel autodidacte, deux disciplines sur scène qui vont de pair et happent le public présent.


A deux, ils s’apprêtent pour 1 heure de temps à lever le voile sur une sortie de résidence musicale soutenue par le Goethe-Institut Tunis. Il s’agit d’un avant-goût de l’album « Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri, dont la sortie publique est prévue pour mars 2025. Un projet musical d’album, développé et abouti. Le temps d’un mini-concert organisé devant une centaine de personnes, 12 morceaux ont défilé dont trois interludes. Une musique aux sonorités modernes, entraînantes et cinématographiques.


Face à un écran de cinéma, le savoir d’Aymen Mbarki accompagne visuellement les tracks de PAN J (nom de scène de Jihed Khmiri). Au fil des projections, des dessins, réalisés à l’instant T et des titres en langue anglaise racontent la famille, la figure paternelle, maternelle, les fils de la lune… Telles des scènes de vie qui prennent vie, des silhouettes et des visages apparaissent, et mettent en avant deux disciplines qui fusionnent : l’art visuel et les dessins, et la musique.


Cet aperçu créatif est une immersion dans un univers musical distingué. Il séduit visuellement et musicalement. Annoncé «comme un voyage immersif et sonore», «Dreaming Mercury» promet une évasion musicale plus étoffée à sa sortie. La touche artistique d’Aymen Mbarki ajoute une empreinte onirique. Un monde qui oscille entre rêves, contes, scène de vie. Le travail a été soutenu par Dawan pour le son et Hamza pour la captation en vidéo et photo. La résidence s’est déroulée à Dar Nejib à Mahdia du 24 au 30 novembre 2024.

« Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri : Visuel et sonore
Concert de sortie de résidence: « Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri: Visuel et sonore
REVIEWS & CRITIQUES12 / 15 / 2024

Concert de sortie de résidence: « Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri: Visuel et sonore

A la cinémathèque tunisienne, salle comble, invités aux aguets et ambiance feutrée, éclairant subtilement les deux artistes de la soirée : le musicien, auteur et compositeur, Jihed Khmiri, accompagné sur scène par Aymen Mbarki, artiste visuel autodidacte. Deux disciplines sur scène qui vont de pair et happent le public présent.


A deux, ils s’apprêtent pour 1 heure de temps à lever le voile sur une sortie de résidence musicale soutenue par le Goethe-Institut Tunis. Il s’agit d’un avant-goût de l’album « Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri, dont la sortie publique est prévue pour mars 2025. Un projet musical d’album, développé et abouti. Le temps d’un mini-concert, organisé devant une centaine de personnes, 12 morceaux ont défilé dont trois interludes. Une musique aux sonorités modernes, entraînantes et cinématographiques a jailli.


Face à un écran de cinéma, le savoir d’Aymen Mbarki accompagne visuellement les tracks de PAN J (nom de scène de Jihed Khmiri). Au fil des projections, des dessins -réalisés à l’instant T- et des titres en langue anglaise qui défilent, le duo raconte la famille, la figure paternelle, maternelle, les fils de la lune… Telles des scènes de vie qui prennent vie, des silhouettes et des visages apparaissent, et mettent en avant trois disciplines qui fusionnent : l’art visuel, le dessin, et la musique.


Cet aperçu créatif est une immersion dans un univers musical distingué. Il séduit visuellement et musicalement. Annoncé «comme un voyage immersif et sonore», «Dreaming Mercury» promet une évasion musicale plus étoffée à sa sortie. La touche artistique d’Aymen Mbarki ajoute une empreinte onirique à l'univers de Khemiri. Un monde qui oscille entre rêves, contes, scènes de vie. Le travail a été soutenu par Dawan pour le son et Hamza pour la captation en vidéo et photo. La résidence artistique s’est déroulée à Dar Nejib à Mahdia du 24 au 30 novembre 2024.

Concert de sortie de résidence: « Dreaming Mercury » de Jihed Khmiri: Visuel et sonore
« Arzé » de Mira Shaib : Une quête insolite
REVIEWS & CRITIQUES12 / 15 / 2024

« Arzé » de Mira Shaib : Une quête insolite

Comme une ode à la vie et à la multiethnicité, « Arzé » est l’itinérance effrénée d’une mère célibataire partie à la recherche d’un bien matériel crucial pour sa survie et de sa famille: un scooter. L’actrice Diamand Bou Abboud, dans le rôle-titre, livre une performance remarquable dans une comédie dramatique qui raconte une société fragmentée et un pays en délitement : le Liban.


Silhouette féminine frêle, allure élancée, mais l’apparence éreintée, la jeune femme peine à joindre les bouts, au quotidien. Sa relation houleuse avec sa sœur Leyla, agoraphobe, et celle qu’elle mène avec son fils de 18 ans, Kinan, rythment sa vie au fil des jours, dans un Beyrouth fragile, démuni, post-apocalyptique.


Kinan, aux prises aux amours adolescents et à la recherche d’aspirations simples, tient à soutenir sa mère face à la dureté du quotidien. L’adolescent a grandi sans figure paternelle. Il voit en « Arzé » la matriarche battante et le pilier de la famille. Il entamera d’ailleurs la recherche de son scooter volé, côte à côte avec elle. Trouver ce véhicule s’avère vital pour subvenir aux besoins vitaux de cette famille.


Ayant mis toutes leurs dépenses dans cet achat, cette trouvaille doit se faire, quitte à fouiller de fond en comble Beyrouth. Dans une quête interminable, la capitale libanaise semblera tantôt hostile, tantôt accueillante, insolite la plupart du temps, et où l’inattendu devient la norme.


Différents profils, souvent d’hommes, restent révélateurs d’une société profondément patriarcale. L’itinéraire s’avérera ponctué d’hommes, d’anecdotes et de mésaventures qui donnent à la maman « Arzé » courage, résilience, résistance et une volonté de contourner les difficultés du quotidien et de prendre conscience de ce qui se passe dans les méandres de son pays.


Infrastructure chaotique, anarchie, violence, pauvreté, clandestinité renforcent l’aspect absurde de cette déambulation urbaine peu ordinaire. « Arzé » brosse la situation difficile et le blocage que vit le Liban, un petit pays qui devient difficile à habiter, que son peuple quitte, qui coule et n’avance pas. La souffrance de ces citoyens les pousse à garder espoir jusqu’au bout, ou à partir avant qu’il ne soit trop tard. Le film a été tourné avant l’offensive récente d’Israël.


Le Liban a vu sa situation se délabrer déjà davantage depuis l’époque de la double explosion au port de Beyrouth, et qui a fragilisé une situation économique déjà au point mort.


Dans un chaos généralisé sans nom, Beyrouth brille par la richesse incommensurable de sa culture, son histoire et la beauté de son peuple si distingué.

« Arzé » de Mira Shaib : Une quête insolite
Exposition «Le visible et l’invisible» de Wadi Mhiri : Des correspondances en valises
REVIEWS & CRITIQUES12 / 7 / 2024

Exposition «Le visible et l’invisible» de Wadi Mhiri : Des correspondances en valises

Une exposition singulière faite de correspondances s’est érigée à l’Institut français de Tunisie. Dans une vaste salle d’exposition, les noms de nombreux pays se laissent lire sur les murs. Des destinations qui ont comme point commun notre mer méditerranéenne. L’intrigue se corse à la vue des valises remplies de dessins, croquis et créations diverses faites de matières variées. Des valises qui font office d’échanges.


Les correspondants ne sont autres que des collégiens/lycéens issus de 26 écoles situées dans les pays de la région Mena. L’exposition «Le visible et l’invisible», installée minutieusement par le scénographie et artiste Wadi Mhiri,se présente comme étant épistolaire, ayant un format autre que des lettres classiques rédigées. En effet,elle est faite d’échanges de réflexions et d’oeuvres créées et mises dans des valises, reçues en Tunisie de l’étranger. Des valises bien achalandées qui parviennent exactement de 13 établissements grecs, turcs, italiens, libanais, espagnols, égyptiens et d’Arabie saoudite. Les lycéens et collégiens de ce pays ont échangé avec d’autres jeunes correspondants tunisiens issus de 13 établissements répartis dans tout le territoire tunisien, faisant ainsi profiter tous les jeunes participants à cette aventure d’un savoir immense.


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Des textes, des dessins, des cartes, de réalisations plastiques et d’objets en audios et en vidéos ont émergé des nombreuses valises, donnant lieu à cette exposition qui questionne l’époque, les enjeux climatiques, les traditions, les guerres, l’immigration et le monde en mutation. L’actualité méditerranéenne en particulier. Des interrogations éclairées et juvéniles émanant d’une jeunesse méditerranéenne en phase avec son existence. Cette même génération qui est déterminée à s’approprier tout un avenir méditerranéen en devenir.


Wadi Mhiri a ajouté sa touche personnelle des plus riches à l’aspect épistolaire de l’exposition en invitant les visiteurs à découvrir un au–delà invisible à travers un œil-de-bœuf. Une extension des plus édifiantes titrée «Les ailes du vent», hommage poignant à «toutes ces ombres qui ont traversé, traversent et traverseront encore la mer méditerranéenne, à la recherche d’un avenir meilleur ou pour une meilleure survie». Tout ce travail a été pensé à Hammamet autour d’un travail sur la francophonie, lorsque Wadi Mhiri devait un animer un atelier pour de jeunes Tunisiens. L’artiste devait gérer trois groupes de trente personnes, le temps d’une après–midi avec comme thématique choisie «La mer mère». Il explique : «J’ai choisi de dessiner le monde en présentant des toiles circulaires pour les jeunes participants. Le travail s’est déroulé sur trois étapes : au crayon, au collage, au dessin. Le résultat était excellent. Mais qu’allons–nous en faire après ? C’est ainsi que l’idée d’en faire une exposition était née et que j’ai eu l’idée d’envoyer les créations dans des bagages à main, des valises, un peu partout dans différents pays, en incitant ensuite d’autres correspondants adolescents à répondre, et ce, en usant du même médium et en jouant sur cette notion du voyage. Une dynamique s’est créée, elle a grandi, jusqu’à prendre cette forme finale. C’était vraiment un défi à mener à bout dans un temps serré et sans l’implication et la persévérance de tous ces jeunes, rien n’aurait pu se faire». Une valise, provenant de jeunes collégiens, a pu quitter le territoire libanais à temps avant le déclenchement des derniers bombardements menés récemment par Israël sur le Liban. L’exposition, qui possède une portée multiculturelle et profondément humaine, reste accessible jusqu’au 8 décembre 2024.

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Exposition «Le visible et l’invisible» de Wadi Mhiri : Des correspondances en valises
La Biennale de l’art à Gammarth : Des œuvres pour la bonne cause
REPORTAGES12 / 6 / 2024

La Biennale de l’art à Gammarth : Des œuvres pour la bonne cause

La Société française d’entraide et de bienfaisance (Sfeb) rempile pour une 2e édition, haute en couleur et en œuvres d’arts. Arts plastiques, peinture, œuvres visuelles en collage, d’autres en céramique et plusieurs créations distinguées sont visibles dans un pavillon à Gammarth jusqu’au 8 décembre 2024. Ce lieu abrite désormais cette biennale de plus en plus prisée par ses 50 artistes tunisiens et étrangers toutes et tous engagés pour la bonne cause.


«Le caritatif est totalement indissociable à l’engagement humain et aux arts comme le prouve notre rendez-vous biannuel». Affirme Michel Delattre, président de la Sfeb lors d’un point de presse organisé au pavillon annexe de l’hôtel Golden Carthage. Une longue liste d’artistes plasticiens, peintres, céramistes tunisiens, étrangers ou vivant en Tunisie se mobilisent pour l’art et s’engagent dans l’entraide et la solidarité. 50 artistes, en grande partie tunisiens, ont mis à la vente plus de 145 œuvres d’art à la vente. Les gains partiront en partie dans des actions visant à aider des personnes dans le besoin. Ils pourront, en effet, apporter, une aide sur le plan social, psychologique, matériel : la Sfeb veille à accompagner des personnes vivant en Tunisie, mais socialement en difficulté, en les aidant à s’insérer et à mieux faire face à la précarité. Les 50 artistes de la Biennale d’art sont engagés humainement avant tout et se sont organisés longuement en amont pour la réussite de cet événement artistique et caritatif mené par Nadia Zouari, artiste et commissaire d’art.


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La Biennale de L’art a été inaugurée le 30 novembre 2024 en présence de la plupart des artistes participants et de l’ambassadrice de France, Son Excellence Anne Gueguen. M. Anouar Ben Ammar, directeur général d’Ennakl Automobiles, et M. Mutaz Nazzal, directeur général de Total Energies Marketing, deux partenaires principaux de la Sfeb ont également répondu présent.


Les visiteurs n’ont cessé d’affluer en accès libre depuis l’ouverture. Quelques œuvres ont déjà été vendues. Les artistes s’enchaînent au quotidien pour une prestation artistique en direct et des étudiants des Beaux-Arts de Nabeul sont en visite sur place. Une aubaine pour eux d’être en contact avec des professionnels de renom et d’échanger autour des différentes pratiques. «La Biennale voit participer des créateurs de tous les âges et nous avons opté pour la thématique du Pop–art cette année, qui est d’ailleurs, en grande partie visible», déclare Nadia Zouari, qui ajoute : «C’est plus l’humain que la nationalité qui prime dans cette rencontre. Nous avons différentes nationalités retenues, certes, mais c’est toutes et tous des personnes qui ont la Tunisie en commun et ressentent cette appartenance à ce beau pays».


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Derrière des œuvres, des rencontres

Des tableaux mêlant photographies de lieux, des sites historiques, des édifices familiers et des endroits délabrés occupent un coin du pavillon. Ces œuvres sont colorées avec différentes couleurs attractives, pas forcément harmonieuses. Michel Giliberti, artiste photographe, né à Menzel Bourguiba, est à l’origine de ces créations photographiques, fortes de son empreinte. L’artiste nous fait voyager à travers des lieux à Djerba, à Kairouan et à Menzel Bourguiba, plus précisément jusqu’au lieu exact où il est né. Un palais du Bey, autrefois abandonné, mais qui, actuellement, subit des travaux de restauration à La Marsa, est également visible dans un autre tableau. Cette déambulation photographique de Giliberti fait effet.


Un peu plus loin, d’autres tableaux fusionnent plusieurs pratiques : il s’agit des créations d’Alia Derouiche Cherif, avec comme ligne directrice les papillons, l’allure et le visage d’une jeune femme, inspirée par une de ses étudiantes. Alia Derouiche Cherif explique : «Je voulais un côté léger et j’ai opté pour une palette dont je n’ai pas l’habitude. J’ai répondu à l’appel de la légèreté, exprimée à travers le papillon qui est présent d’une manière récurrente». Elle souligne la sensibilité artistique toujours très vive en chaque vrai artiste et qui va de pair avec l’engagement humain. «J’ai répondu à l’appel avec les 49 autres artistes. C’est normal et humain qu’on réponde présent à cette biennale». Les tableaux particulièrement vifs, hauts en couleur et en éléments d’Amel Kebailli attirent l’attention : «En tant qu’artistes, il y a des événements qui nous permettent de sortir de notre zone de confort. De notre monde ou atelier où nous créons d’habitude ! On répond à l’appel d’une exposition ouverte comme celle organisée par la Sfeb, notre Biennale de l’Art. C’est ma 2e participation après celle de 2022. J’ai essayé d’y créer un monde imaginaire et d’y introduire les visiteurs, de les entraîner dans un univers alternatif à notre vécu et à notre quotidien difficile et si dur. Mes œuvres ont été spécialement réalisées pour cet événement. Ma technique n’a pas de limites : j’use de tout car je déborde d’imagination que j’essaie de canaliser».


L’allure distinguée d’un artiste participant, portant un habit original aux motifs colorés, vole les regards. Il s’appelle Bernard Roth et vit en Tunisie depuis plus de 7 ans. L’artiste est fondateur d’une association artistique à but caritatif, déjà très active à Tunis. «On est artiste et avant tout humain. La biennale rappelle mon travail engagé et c’est naturel d’y participer. En Tunisie, nous rencontrons beaucoup de gens dans le besoin et nous essayons d’aider comme on peut à travers notre art». Conclut l’artiste sur cette note optimiste.

La Biennale de l’art à Gammarth : Des œuvres pour la bonne cause
Conférence de la REPAN :  Autour de l’entrepreneuriat francophone
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 11 / 8 / 2024

Conférence de la REPAN : Autour de l’entrepreneuriat francophone

«Quand la diversité et le numérique se rencontrent : imaginer l’avenir de l’entrepreneuriat francophone », tel est l’intitulé d’une conférence attendue. La représentation de l’Organisation internationale de la francophonie pour l’Afrique du Nord (Repan) donne rendez-vous, ce soir à partir de 16h00, à des adhérents et invités afin d’aborder la diversité et le numérique autrement, deux thématiques qui font et défont l’époque actuelle.


La rencontre se déroule dans la continuité du Sommet de la Francophonie organisé en 2022 à Djerba et du Sommet de Villers-Cotterêts, qui s’est tenu en octobre 2024. Elle aura lieu dans un hôtel à Tunis, en accès libre, comme annoncé sur les réseaux sociaux. La diversité et le numérique font des moyens divers de technologie moderne un socle de base pour mieux rayonner. Ces deux thématiques fusionnent avec les progrès de l’époque et nourrissent la langue française, faisant de cette 5e langue la plus parlée au monde un moteur d’innovation et de développement entrepreneurial. Rappelons que «L’innovation et l’entrepreneuriat en français» ont été au cœur des thématiques principales du Sommet de la Francophonie de — Villers-Cotterêts. «La connectivité et la solidarité dans la diversité» ont fait également la réussite du Sommet de la Francophonie de Djerba, en 2022. Cette conférence rassemble toutes ces thématiques autour de réflexions sur l’avenir et le devenir d’une francophonie agissante au niveau de l’économie mondiale. Comme annoncé en amont de la conférence dans un communiqué de presse, l’événement propose de réfléchir aux moyens par lesquels le numérique, vecteur d’inclusion et d’innovation, peut permettre à la communauté francophone de surmonter les barrières géographiques, économiques et culturelles.


La conférence mettra en lumière des initiatives réussies, des projets en cours et des exemples concrets où l’interaction entre le numérique et la diversité culturelle a permis l’émergence d’idées novatrices. Outre le renforcement du sentiment d’appartenance à la communauté francophone mondiale, la conférence citera l’émergence de projets innovants et entrepreneuriaux en français et des exemples d’entreprises et d’initiatives francophones, en devenir ou déjà existantes. La Repan veille à renforcer des collaborations entre entrepreneurs francophones et à créer de nouveaux partenariats économiques. Elle valorise la langue française comme vecteur d’innovation et de développement entrepreneurial, élabore des recommandations concrètes pour intégrer le numérique et la diversité culturelle dans les initiatives entrepreneuriales francophones, sensibilise aux opportunités offertes par l’entrepreneuriat en français dans l’ère numérique, et s’engage à renforcer de jeunes entrepreneurs francophones dans des projets innovants. Les Groupe des ambassadeurs francophones (GAF), l’Alliance française de Djerba, la Jeune chambre internationale (JCI), Orange Tunisie, l’Université de Carthage (Ucar) et la Cajef Tunisie sont partenaires autour du maintien de cet événement.

Conférence de la REPAN : Autour de l’entrepreneuriat francophone
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