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« My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr : L’intime au cœur du cinéma nigérian
REVIEWS & CRITIQUES1 / 4 / 2026

« My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr : L’intime au cœur du cinéma nigérian

Dans le paysage foisonnant du cinéma africain contemporain, « My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr s’impose comme une œuvre singulière. Ce long métrage nigérian propose une approche délicate et profondément humaine, privilégiant l’intime comme porte d’entrée vers le collectif. Tanit d’argent et prix « Tahar Cheriaa » pour la 1ère œuvre à la 36e édition des JCC.


Le film se déroule à Lagos, le temps d’une journée durant laquelle deux jeunes frères accompagnent leur père dans ses déplacements à travers la ville. Un récit qui devient rapidement un parcours initiatique, où chaque geste et chaque silence prennent une valeur symbolique. La figure paternelle, à la fois présente et distante, génère des interrogations sur la transmission, l’autorité et l’absence.


« My Father’s Shadow » inscrit son récit dans le contexte politique et social du Nigeria des années 1990. Les tensions du pays servent de trames de fond, perceptibles à travers l’atmosphère urbaine, les échanges et les obstacles de la vie courante. Cette narration confond l’intime et le collectif mais toujours avec maîtrise et habileté.


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La mise en scène d’Akinola Davies Jr se distingue par sa précision. Le film, dans sa manière de réaliser, capte souvent le mobile et le discret, avec la densité de la vie urbaine à Lagos sans jamais freiner le rythme. Le son mêle bruits urbains et silences, renforce l’immersion et confère au film une dimension presque sensorielle. Cette écriture cinématographique, exigeante mais accessible, fait la puissance du film.


Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, « My Father’s Shadow » a marqué le cinéma nigérian, confirmant l’émergence d’une génération qui rivalise désormais avec le cinéma mondial tout en restant ancrée dans les réalités locales du continent africain.


Œuvre de mémoire et de transmission, le long métrage a trouvé sa place dans une programmation de festival comme celle des JCC 2025, où le cinéma est pensé comme un espace de réflexion, de résistance et de dialogue entre les cultures. Un film discret mais qui ne passe pas inaperçu et qui rappelle que l’avenir du cinéma africain se joue aussi dans ces récits intimes.




« My Father’s Shadow » d’Akinola Davies Jr : L’intime au cœur du cinéma nigérian
« Liti Liti / The Attachement » de Mamadou Khouma Gueye : Le récit d’un déracinement
REVIEWS & CRITIQUES1 / 3 / 2026

« Liti Liti / The Attachement » de Mamadou Khouma Gueye : Le récit d’un déracinement

Tanit d’or documentaire aux JCC 2025, « Liti Liti », connu sous son titre « The Attachement », de Mamadou Khouma Gueye s’impose comme l’une des œuvres sénégalaises récentes les plus marquantes. Le film interroge ce qui relie les êtres — à leurs proches, à leur terre, à une mémoire partagée — dans un monde traversé par les ruptures, l’effervescence urbaine, moderne et le néocolonialisme.


Le documentaire capte les petits gestes du quotidien, laisse libre cours à une parole libre, spontanée, retrace un quotidien truffé de mouvement, de brouhaha, de bruits et de casses. « Liti Liti » explore l’attachement sous ses multiples formes : en premier, celui à la terre, ce lieu de vie, puis vient l’affectif, le familial, le social. Subtilement, le film laisse émerger silences et relations humaines authentiques, vraies, solides.


Des liens soudés, qui proviennent principalement de la matriarche au cœur du film. Une dame d’un certain âge, qui raconte le contexte sénégalais actuel et son passé, marqué par les transformations sociales et les bouleversements politiques et économiques. L’intime qui devient collectif : les événements narrés dans le documentaire finiront par l’impacter, physiquement et mentalement.


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« Liti Liti » est une expression ancrée dans le langage local, elle évoque la proximité, l’affection, mais aussi la difficulté de se détacher. « L’attachement » peut être à la fois un refuge et un frein. Un ressenti qui empêche d’aller de l’avant, d’évoluer, de changer. En ce sens, « Liti Liti » s’inscrit dans le réel houleux et ses contradictions, esquivant l’idéalisation d’un avenir et celle d’un présent. Point de mention au passé inexistant.


La caméra discrète, laisse le temps aux silences, aux gestes infimes, aux regards avec, comme trame de fond, le lancement d’un TER français, financé par la France. Un chantier titanesque qui promet de changer la vie des Sénégalais, en mieux, mais déracinera, parallèlement, une bonne partie de la population de leur terre. Autant de familles déplacées. Celle au cœur du film est l’une d’entre elles.


« Liti Liti » de Gueye s’inscrit dans la tradition du documentaire africain qui privilégie le vécu, l’humain et l’ancrage social, tout en posant des questions universelles sur l’appartenance, la transmission et la séparation. Le cinéma documentaire sénégalais, et plus largement africain, confirme, une nouvelle fois, sa puissance à transformer des histoires locales en récits profondément universels.

« Liti Liti / The Attachement » de Mamadou Khouma Gueye : Le récit d’un déracinement
Exposition « Hammamet, mon amour » de Jo Ann Morning à l’espace HAC : Une preuve d’amour
REVIEWS & CRITIQUES1 / 2 / 2026

Exposition « Hammamet, mon amour » de Jo Ann Morning à l’espace HAC : Une preuve d’amour

L’artiste peintre américaine, Jo Ann Morning, amoureuse de la Tunisie, présente une rétrospective picturale finement développée autour de sa ville Hammamet. Couleurs, formes architecturales et physionomies humaines se confondent dans de nombreux tableaux, en dupliquant la beauté naturelle et architecturale de cette cité et quelques-unes de ses us et coutumes.


Les couleurs à l’acrylique attirent : elles paraissent ternes, souvent vives, parfois juste éclairées par la lumière de la galerie. L’artiste peintre, Jo Ann Morning, a fait sortir ses tableaux de son atelier personnel, à Hammamet pour les afficher au grand public à l’espace «Hammamet, art et culture », le nouveau temple de la culture de la ville. Un beau timing, pendant les vacances, et qui laissent les visiteurs se perdre dans son savoir–faire artistique.


Le travail fourni fait l’effet d’une dédicace à une ville de cœur, une déclaration d’amour à Hammamet. Ses tableaux titillent l’émotionnel et le sentimental chez le récepteur, qui se reconnaît à travers les accomplissements de l’artiste. Jo Ann maîtrise son univers pictural, qui, souvent, pourrait passer pour de l’art naïf et des essais juvéniles.


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Elle ne se retient pas de faire appel à son imaginaire, de transformer son vécu, le lieu où elle vit, sa perception de la ville, son ressenti et de tout exagérer dans ses œuvres, créant ainsi son propre univers, avec sa propre touche.


Les formes géométriques se confondent avec les paysages typiques et connus de la ville, son fort, les remparts, les voutes, les Hammam les gens. Sans oublier la lumière unique de Hammamet, son coucher de soleil, son ciel bleu, ses flocons de nuages.


Les œuvres sont une vision de Hammamet, l’interprétation personnelle de l’artiste. Jo Ann Morning a été fortement imprégnée par la culture égyptienne aussi, qu’elle a également présentée dans le Centre culturel international de Hammamet dans une autre exposition auparavant. Le bleu prime sur son travail.


L’artiste peintre est fière de l’effervescence culturelle des jeunes de la ville. Des jeunes qui se sont empressés de l‘inviter. L’exposition dure jusqu’au 30 janvier 2026 à la galerie de l’espace HAC et le vernissage est prévu pour le 10 janvier 2026. Les œuvres sont accessibles au public à partir du 25 décembre 2025.

Exposition « Hammamet, mon amour » de Jo Ann Morning à l’espace HAC : Une preuve d’amour
«Swing», exposition solo de Moncef Guiga  : Peinture et musique vont de pair
REVIEWS & CRITIQUES12 / 29 / 2025

«Swing», exposition solo de Moncef Guiga : Peinture et musique vont de pair

La musique et la peinture s’entrecroisent, fusionnent et se complètent, comme dans «Swing», l’exposition de peinture solo de l’artiste Moncef Guiga, abritée actuellement dans l’enceinte de l’espace «Fausse note» à Hammamet.


Il ne manquait que la musique comme fond sonore pour accompagner les visiteurs curieux, venus découvrir sur place les tableaux de l’artiste Moncef Guiga. Ce chirurgien, et artiste de renom, a puisé, cette fois-ci, son inspiration et son rendu pictural, dans la musique et la danse : Enchaîner les tableaux, c’est comme passer en revue des moments scéniques figés dans sa mémoire.


Des souvenirs captés dans le temps et convertis désormais en tableaux peints de plusieurs personnalités de la chanson internationale et des danseurs et breakdancers.


D’un couple dansant le Tango, à la danse contemporaine des rues en passant par Michael Jackson, J.L Hooker, Nirvana, Miles Davis entre autres, artistes et musiciens maniant la contre – basse, le piano ou le saxo ont fait l’éclat de ses peintures.


Autant de diversités étalées sur les murs de la salle d’exposition. L’entente est passée d’une manière fluide entre la direction de l’endroit et l’artiste, qui ont choisi comme fil conducteur et commun «la musique, le chant et la danse».


«Fausse note», étant le QG des arts dans la ville de Hammamet, la thématique a directement été adoptée.


En plus de sa carrière médicale, Moncef Guiga est peintre. Il a exposé ses œuvres depuis les années 1990 dans plusieurs galeries et manifestations en Tunisie. Son travail est éclectique, avec des paysages, des scènes de vie, des moments figés et divers, faits en compositions colorées inspirées de la musique, de la nature et autres. Moncef Guiga a également écrit des ouvrages, dont un livre sur l’histoire de la médecine.


L’artiste a toujours alterné sa carrière médicale en chirurgie esthétique et sa passion fructueuse pour la peinture.


Copyright Photos : Mohamed DHIBI

«Swing», exposition solo de Moncef Guiga : Peinture et musique vont de pair
Adel Akremy expose : Au fil des atmosphères colorées
REVIEWS & CRITIQUES12 / 28 / 2025

Adel Akremy expose : Au fil des atmosphères colorées

Les peintures d’Adel Akremy transportent les visiteurs dans des villes et des atmosphères urbaines, propres à la Tunisie, toujours festives et familières. L’authenticité et l’ambiance de chaque lieu peint rappellent une nécessité : celle de toujours valoriser, à travers l’art, un mode de vie tunisien et un savoir–vivre en collectivité unique.


Plonger dans les peintures d’Adel Akremy, c’est sillonner des villes et des lieux emblématiques de Tunis à travers son art, et en usant d’une palette de couleurs fortement attrayante.


C’est revoir des silhouettes, revivre des scènes de vie ordinaire, visiter des hauts lieux de vie comme le marché central de Tunis, les corniches des villes côtières de la capitale. A travers son art, le peintre titille le récepteur : il sait faire remuer la mémoire et les sens, à sa manière, et c’est du baume pour la vue.


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Né en 1956, l’artiste a toujours été autodidacte. Son univers a viré vers le cubisme et, au fil des décennies, il s’est imposé comme étant un artiste peintre incontournable de la scène locale.


Il a sillonné les galeries, fait la connaissance de mécènes et s’engage dans chaque exposition accomplie, comme celle tenue récemment à Nabeul et qui en dit long sur son contenu coloré, éclairé, éclatant et éclaté. Elles font effet comme des rayons de soleil dans la brume hivernale et sa grisaille.


Avant Nabeul, et sur plus de 25 ans, Adel Akremy a exposé en Europe et un peu partout dans le monde tout en s’ancrant dans son pays et ses régions.


Très vite remarqué par les professionnels de l’art, il est exposé dans les galeries d’art et dans les manifestations artistiques importantes, telles que le « Printemps des arts », « Art Tunis Paris 2011 », le musée du Montparnasse, mais aussi à Venise, où il est sélectionné pour « Imago Mundi ». « Lumières en Hiver », cette exposition solo, puise sa force de la réalité du quotidien tunisois et tunisien, de sa banalité magique, des personnes et personnages qui transcendent notre vécu collectif et nos ambiances citadines distinguées.

Adel Akremy expose : Au fil des atmosphères colorées
« Le corps et ses fantômes » de Dalanda Manai : L’esthétique du négatif
REVIEWS & CRITIQUES12 / 8 / 2025

« Le corps et ses fantômes » de Dalanda Manai : L’esthétique du négatif

Curieux et visiteurs se sont laissé happer par une esthétique photographique nouvelle, signée par l’artiste Dalanda Manai. A travers ses prises, elle a habité le lieu pendant plus d’une quinzaine de jours, permettant ainsi à un large public de découvrir son travail distingué autour de négatifs photographiques à l’espace HAC de Hammamet.


C’est par l’effet attractif des négatifs colorés que les passants se laissent séduire par les tableaux photographiques. Plus d’une vingtaine d’œuvres ont orné les murs de cette nouvelle galerie «FineArt». «Le corps et ses fantômes», tel est l’intitulé de l’exposition de Dalanda Manai, fait écho à son contenu.


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Une présence féminine lambda, qui ne laisse pas indifférent, habite les différents tableaux, aux divers formats. Son corps est au centre de tous les lieux visibles. L’artiste met en valeur ce corps féminin, décomplexé, criant de liberté, avec sa nudité, transformée par l’effet coloré des négatifs. Son personnage central, une jeune femme, au centre de toutes les prises, apparaît et disparaît dans d’innombrables endroits. L’inconnue est en osmose avec elle-même, la végétation, la chambre ou le bestiaire, visibles au fil des prises.


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Elle erre d’un lieu à un autre, comme une lumière qui se faufile, en alternant apparitions et disparitions. La matière chimique, celle du négatif, fusionne avec la biologie du corps féminin et donne lieu à une écriture esthétique inédite. Le travail photographique effectué est puisé dans une mémoire, un passé, qui allie mise en valeur corporelle et lumière. Une lumière qui illumine cette présence féminine centrale,qui émane de ce même corps. Elle brille dans un lieu clôt, comme dans une chambre à coucher, et épouse la nature, en plein air. La jeune femme court, s’étend, contemple et se laisse capturer.


L’exposition fait du corps photographié une source inépuisable de lumière : un corps qui irradie tout dans ses moindres mouvements, l’effet «apparition / disparition» qui raconte le temps furtif et fige, mouvements et moments, sans oublier, «L’être immobile», qui traverse les lieux fermés et la nature, l’intérieur et l’extérieur, tout en s’imprégnant de nombreuses couleurs, reflet de l’effet négatif. L’exposition prend fin le 7 décembre 2025 à l’espace HAC «Hammamet Art & Culture», un nouveau temple des arts de la région, ouvert au public, et qui programme expositions, ateliers artistiques, théâtre, conférences et projections de films.


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« Le corps et ses fantômes » de Dalanda Manai : L’esthétique du négatif
«Mon espoir… Ma douleur» de Naoufel Azara : Cultiver l’espoir sur scène
REVIEWS & CRITIQUES10 / 2 / 2025

«Mon espoir… Ma douleur» de Naoufel Azara : Cultiver l’espoir sur scène

«Mon espoir… Ma douleur», dernière création en date signée Naoufel Azara, entame un nouveau cycle de représentations à l’occasion de la rentrée culturelle et artistique de 2025. La scène d’ «El Teatro» arbore les couleurs de la Palestine et dénonce atrocités et sévices commises par l’Etat israélien colonisateur. Avec 120 acteurs en devenir sur scène, le metteur en scène cultive un devoir de mémoire.


Un génocide, c’est l’effacement d’un peuple, son histoire, sa culture. Le théâtre a pour vocation première d’entretenir l’aspect historique, la mémoire collective, sensibiliser, inciter à la réflexion, interroger l’époque, ou plus simplement relater des faits anciens et d’actualité. Le 4e art est, par essence, «engagé».


Le metteur en scène, en collaboration avec Amel Laouini, Yousra Ammouri, et sous l’égide artistique de Taoufik Jebali, partage une vision, une interprétation de l’actualité palestinienne et de son passé, avec l’engagement de 120 participants – acteurs. De nombreux actes scéniques défilent mais ne se ressemblent pas. Ils ont comme fil conducteur la Palestine, d’hier / d’aujourd’hui et son patrimoine culturel. La création est traversée par des œuvres littéraires, des textes, de la chanson et de la littérature arabes, ponctuée de poésie et d’effets visuels.


L’hommage aux artistes et auteur(es) palestiniens prend forme sur la scène d’El Teatro sur 1h15 de temps. Au fil des groupes d’acteurs, des scènes de bataille, de vie, de luttes et de faits reconstitués prennent vie. Dans cette foulée scénique, des chansons retentissent, des lettres défilent, de la poésie ancienne ravive la mémoire, et des visuels nourrissent les yeux.


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Les faits évoqués se confondent forcément aux noms mythiques qui transcendent les générations : Fadwa Touqan, Mahmoud Darwish, Ghassan Kannafi, Jabra Ibrahim Jabra, Samih Al Kassem, Tamim Al Barghouti, sans oublier la chanson contemporaine et ses porteurs d’espoir tels que Faraj Suleiman, Camelia Jubran, Rim Banna, Nay Barghouti ou encore Lina Makhul.


Le titre de la création prône l’espoir collectif, puisé dans la douleur et le chaos. Les mots et les arts se confondent aux maux profonds d’une patrie résistante. 120 participants sur scène se sont engagés à porter de nombreuses voix palestiniennes, ont mis en pratique leur savoir autour de cette cause humaine. Les dialogues retentissent en langue arabe, entrecoupés par des intermèdes musicaux. De nombreuses apparitions traversent la scène, parfois éloquentes, souvent confuses.


Des interprétations courtes, mais qui interpellent, s’enchaînent. La création, produite par «El Teatro», est un hommage d’actualité rendu à une patrie, qui oscille entre la vie et la mort. Mention spéciale à la centaine d’acteurs participants à ce projet qu’on ne pourrait énumérer toutes et tous.



«Mon espoir… Ma douleur» de Naoufel Azara : Cultiver l’espoir sur scène
« Instants suspendus » de Sadok ben Salem à Hammamet : Au gré d’une passion
REVIEWS & CRITIQUES9 / 13 / 2025

« Instants suspendus » de Sadok ben Salem à Hammamet : Au gré d’une passion

Les passants semblaient happés par les photographies exposées à l’espace Sidi Ben Aïssa à Hammamet. Soigneusement prises par Sadok Ben Salem, elles témoignent de sa passion pour la ville en écumant ses coins les plus connus, en figeant son golfe avec son mythique coucher de soleil et son activité de pêche quotidienne.


Présentées sous différents formats, les photographies de Sadok Ben Salem attirent des visiteurs curieux. Les scruter sur les murs de l’édifice historique Sidi Ben Aïssa du centre-ville… c’est redécouvrir la ville autrement. Sadok Ben Salem a fait une carrière dans l’enseignement avant de se consacrer à la photographie. Une passion qui est née par hasard, en maniant téléphones, logiciels et réseaux sociaux. « Instants suspendus » est sa 2e exposition solo maintenue sous le patronage de l’ASM, Association de sauvegarde de la Médina.


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A travers ses prises, le chasseur d’images magnifie autrement la ville, en captant son heure dorée mythique, ses arbres, la quiétude de ses moments hivernaux, les remparts de son fort et ce qui reste de l’architecture typique propre à la ville, celle qui caractérise encore quelques constructions anciennes. S’adonner à cette activité, c’est exprimer son amour pour sa ville natale perpétuellement.


Dans un coin de l’espace ASM, un lieu pris aussi par le photographe qui n’existe pas à Hammamet. Il s’agit d’un site romain « Damous Lahlelfa », situé aux environs d’El Jem. Lors d’un passage dans la zone, il s’y arrête et découvre tout un site historique, bien visible, doté d’un sous-terrain immense.

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C’est au gré de ses évasions que Sadok Ben Salem fige d’autres lieux, en dehors de la ville, toujours en domptant la lumière. Des prises du mythique site berbère de Zriba Olya sont aussi exposées. D’autres régions comme Takrouna, Hergla ou le Cap Bon verront sans doute le passage de Sadok Ben Salem, qui prend soin de suspendre des instants de vie, des parcours… et de les épingler dans le temps.


«Je n ’oublie pas le soutien de l’ASM, d’amis et de copains qui m’ont encouragé à m’adonner à cette passion. J’aspire à exposer ailleurs prochainement à Tunis ou Nabeul», indique le photographe. En usant de la technologie et du Net, il met en relief quelques éléments visibles sur ses prises.



« Instants suspendus » de Sadok ben Salem à Hammamet : Au gré d’une passion
« Quand j’ai vu la mer » D’Ali Chahrour : Faire entendre une détresse
REVIEWS & CRITIQUES8 / 1 / 2025

« Quand j’ai vu la mer » D’Ali Chahrour : Faire entendre une détresse

La dernière création scénique en date d’Ali Chahrour «Quand j’ai vu la mer», présentée au festival d’Avignon, miroite pour le public les vécus traumatiques de femmes éthiopiennes et libanaises, réduites à une forme d’esclavage moderne au Liban. Ali Chahrour dénonce le système «Kafala», qui fait des ravages, en pleine guerre, dans son pays natal, à travers trois femmes migrantes, victimes de traite.


Par Haithem Haouel, envoyé Spécial au festival d'Avignon


Tena, Zenei et Rania portent haut et bien fort, sur la scène de l’espace FabricA à Avignon, les voix de centaines de femmes migrantes, qui, après une longue traversée, se retrouvent piégées, dénuées de toutes formes de liberté primaires, séquestrées, maltraitées, enfermées, privées de mobilité, déshumanisées.


Dans une mise en scène d’une grande technicité et d’une maîtrise remarquable, mouvements du corps et sonorités fusionnent afin de crier sévices et injustices, lutte sans merci et résistance féminine pour dénoncer un fléau, celui de l’exploitation «d’êtres humains», spécifiquement, celles des femmes travailleuses, soumises à des conditions insoutenables. A Avignon, le public a retenu son souffle durant, au moins, trois représentations. Quand l’art devient un rempart à l’injustice ou quand le cruel est exprimé à travers le beau et l’esthétique, le message prôné parvient, en grande partie, à interpeller.

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«When I Saw the Sea» est le titre original de la création phare. Elle s’impose dans la continuité des précédents accomplissements de Chahrour comme «Told to My Mother», ou «The Love Behind My Eyes». A la différence près qu’en 2025, Chahrour s’ouvre sur des problématiques récurrentes qui sévissent dans les pays du sud, tout en partant de son Liban natal, broyé par la guerre et les difficultés économiques.


L’artiste parvient à narrer et à créer des liens entre souffrances communes de peuples en difficulté et de leurs franges sociales, aux prises à des épreuves de survie.


Le cri d’alerte lancé à travers «When I saw The Sea» s’est propagé à travers le pouvoir du corps et de l’expression artistique des interprètes, à commencer par le chant, le théâtre et la danse. Bien qu’elles ne soient pas issues du domaine artistique, les trois protagonistes, d’origine éthiopienne et libanaise, transcendent par leurs gestuelles et leurs voix magnétiques.


La création est portée par la musique de Lynn Adib et Abed Kobeissy, en apparence discrets sur scène, mais qui nourrissent la création en musique. Une partie du public, qui est familière aux créations d’Ali Chahrour et à ses thématiques, découvrira finalement une tentative nouvelle du créateur, de vouloir décortiquer, raconter, traiter de thématiques plus larges, et de s’ouvrir ainsi au-delà des frontières de son pays. Raconter d’innombrables maux de l’époque moderne, telle est la vocation principale du théâtre et des arts vivants… après tout.

« Quand j’ai vu la mer » D’Ali Chahrour : Faire entendre une détresse
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