
La musique et la peinture s’entrecroisent, fusionnent et se complètent, comme dans «Swing», l’exposition de peinture solo de l’artiste Moncef Guiga, abritée actuellement dans l’enceinte de l’espace «Fausse note» à Hammamet.
Il ne manquait que la musique comme fond sonore pour accompagner les visiteurs curieux, venus découvrir sur place les tableaux de l’artiste Moncef Guiga. Ce chirurgien, et artiste de renom, a puisé, cette fois-ci, son inspiration et son rendu pictural, dans la musique et la danse : Enchaîner les tableaux, c’est comme passer en revue des moments scéniques figés dans sa mémoire.
Des souvenirs captés dans le temps et convertis désormais en tableaux peints de plusieurs personnalités de la chanson internationale et des danseurs et breakdancers.
D’un couple dansant le Tango, à la danse contemporaine des rues en passant par Michael Jackson, J.L Hooker, Nirvana, Miles Davis entre autres, artistes et musiciens maniant la contre – basse, le piano ou le saxo ont fait l’éclat de ses peintures.
Autant de diversités étalées sur les murs de la salle d’exposition. L’entente est passée d’une manière fluide entre la direction de l’endroit et l’artiste, qui ont choisi comme fil conducteur et commun «la musique, le chant et la danse».
«Fausse note», étant le QG des arts dans la ville de Hammamet, la thématique a directement été adoptée.
En plus de sa carrière médicale, Moncef Guiga est peintre. Il a exposé ses œuvres depuis les années 1990 dans plusieurs galeries et manifestations en Tunisie. Son travail est éclectique, avec des paysages, des scènes de vie, des moments figés et divers, faits en compositions colorées inspirées de la musique, de la nature et autres. Moncef Guiga a également écrit des ouvrages, dont un livre sur l’histoire de la médecine.
L’artiste a toujours alterné sa carrière médicale en chirurgie esthétique et sa passion fructueuse pour la peinture.
Copyright Photos : Mohamed DHIBI

Les peintures d’Adel Akremy transportent les visiteurs dans des villes et des atmosphères urbaines, propres à la Tunisie, toujours festives et familières. L’authenticité et l’ambiance de chaque lieu peint rappellent une nécessité : celle de toujours valoriser, à travers l’art, un mode de vie tunisien et un savoir–vivre en collectivité unique.
Plonger dans les peintures d’Adel Akremy, c’est sillonner des villes et des lieux emblématiques de Tunis à travers son art, et en usant d’une palette de couleurs fortement attrayante.
C’est revoir des silhouettes, revivre des scènes de vie ordinaire, visiter des hauts lieux de vie comme le marché central de Tunis, les corniches des villes côtières de la capitale. A travers son art, le peintre titille le récepteur : il sait faire remuer la mémoire et les sens, à sa manière, et c’est du baume pour la vue.

Né en 1956, l’artiste a toujours été autodidacte. Son univers a viré vers le cubisme et, au fil des décennies, il s’est imposé comme étant un artiste peintre incontournable de la scène locale.
Il a sillonné les galeries, fait la connaissance de mécènes et s’engage dans chaque exposition accomplie, comme celle tenue récemment à Nabeul et qui en dit long sur son contenu coloré, éclairé, éclatant et éclaté. Elles font effet comme des rayons de soleil dans la brume hivernale et sa grisaille.
Avant Nabeul, et sur plus de 25 ans, Adel Akremy a exposé en Europe et un peu partout dans le monde tout en s’ancrant dans son pays et ses régions.
Très vite remarqué par les professionnels de l’art, il est exposé dans les galeries d’art et dans les manifestations artistiques importantes, telles que le « Printemps des arts », « Art Tunis Paris 2011 », le musée du Montparnasse, mais aussi à Venise, où il est sélectionné pour « Imago Mundi ». « Lumières en Hiver », cette exposition solo, puise sa force de la réalité du quotidien tunisois et tunisien, de sa banalité magique, des personnes et personnages qui transcendent notre vécu collectif et nos ambiances citadines distinguées.

Curieux et visiteurs se sont laissé happer par une esthétique photographique nouvelle, signée par l’artiste Dalanda Manai. A travers ses prises, elle a habité le lieu pendant plus d’une quinzaine de jours, permettant ainsi à un large public de découvrir son travail distingué autour de négatifs photographiques à l’espace HAC de Hammamet.
C’est par l’effet attractif des négatifs colorés que les passants se laissent séduire par les tableaux photographiques. Plus d’une vingtaine d’œuvres ont orné les murs de cette nouvelle galerie «FineArt». «Le corps et ses fantômes», tel est l’intitulé de l’exposition de Dalanda Manai, fait écho à son contenu.

Une présence féminine lambda, qui ne laisse pas indifférent, habite les différents tableaux, aux divers formats. Son corps est au centre de tous les lieux visibles. L’artiste met en valeur ce corps féminin, décomplexé, criant de liberté, avec sa nudité, transformée par l’effet coloré des négatifs. Son personnage central, une jeune femme, au centre de toutes les prises, apparaît et disparaît dans d’innombrables endroits. L’inconnue est en osmose avec elle-même, la végétation, la chambre ou le bestiaire, visibles au fil des prises.

Elle erre d’un lieu à un autre, comme une lumière qui se faufile, en alternant apparitions et disparitions. La matière chimique, celle du négatif, fusionne avec la biologie du corps féminin et donne lieu à une écriture esthétique inédite. Le travail photographique effectué est puisé dans une mémoire, un passé, qui allie mise en valeur corporelle et lumière. Une lumière qui illumine cette présence féminine centrale,qui émane de ce même corps. Elle brille dans un lieu clôt, comme dans une chambre à coucher, et épouse la nature, en plein air. La jeune femme court, s’étend, contemple et se laisse capturer.
L’exposition fait du corps photographié une source inépuisable de lumière : un corps qui irradie tout dans ses moindres mouvements, l’effet «apparition / disparition» qui raconte le temps furtif et fige, mouvements et moments, sans oublier, «L’être immobile», qui traverse les lieux fermés et la nature, l’intérieur et l’extérieur, tout en s’imprégnant de nombreuses couleurs, reflet de l’effet négatif. L’exposition prend fin le 7 décembre 2025 à l’espace HAC «Hammamet Art & Culture», un nouveau temple des arts de la région, ouvert au public, et qui programme expositions, ateliers artistiques, théâtre, conférences et projections de films.


«Mon espoir… Ma douleur», dernière création en date signée Naoufel Azara, entame un nouveau cycle de représentations à l’occasion de la rentrée culturelle et artistique de 2025. La scène d’ «El Teatro» arbore les couleurs de la Palestine et dénonce atrocités et sévices commises par l’Etat israélien colonisateur. Avec 120 acteurs en devenir sur scène, le metteur en scène cultive un devoir de mémoire.
Un génocide, c’est l’effacement d’un peuple, son histoire, sa culture. Le théâtre a pour vocation première d’entretenir l’aspect historique, la mémoire collective, sensibiliser, inciter à la réflexion, interroger l’époque, ou plus simplement relater des faits anciens et d’actualité. Le 4e art est, par essence, «engagé».
Le metteur en scène, en collaboration avec Amel Laouini, Yousra Ammouri, et sous l’égide artistique de Taoufik Jebali, partage une vision, une interprétation de l’actualité palestinienne et de son passé, avec l’engagement de 120 participants – acteurs. De nombreux actes scéniques défilent mais ne se ressemblent pas. Ils ont comme fil conducteur la Palestine, d’hier / d’aujourd’hui et son patrimoine culturel. La création est traversée par des œuvres littéraires, des textes, de la chanson et de la littérature arabes, ponctuée de poésie et d’effets visuels.
L’hommage aux artistes et auteur(es) palestiniens prend forme sur la scène d’El Teatro sur 1h15 de temps. Au fil des groupes d’acteurs, des scènes de bataille, de vie, de luttes et de faits reconstitués prennent vie. Dans cette foulée scénique, des chansons retentissent, des lettres défilent, de la poésie ancienne ravive la mémoire, et des visuels nourrissent les yeux.

Les faits évoqués se confondent forcément aux noms mythiques qui transcendent les générations : Fadwa Touqan, Mahmoud Darwish, Ghassan Kannafi, Jabra Ibrahim Jabra, Samih Al Kassem, Tamim Al Barghouti, sans oublier la chanson contemporaine et ses porteurs d’espoir tels que Faraj Suleiman, Camelia Jubran, Rim Banna, Nay Barghouti ou encore Lina Makhul.
Le titre de la création prône l’espoir collectif, puisé dans la douleur et le chaos. Les mots et les arts se confondent aux maux profonds d’une patrie résistante. 120 participants sur scène se sont engagés à porter de nombreuses voix palestiniennes, ont mis en pratique leur savoir autour de cette cause humaine. Les dialogues retentissent en langue arabe, entrecoupés par des intermèdes musicaux. De nombreuses apparitions traversent la scène, parfois éloquentes, souvent confuses.
Des interprétations courtes, mais qui interpellent, s’enchaînent. La création, produite par «El Teatro», est un hommage d’actualité rendu à une patrie, qui oscille entre la vie et la mort. Mention spéciale à la centaine d’acteurs participants à ce projet qu’on ne pourrait énumérer toutes et tous.

Les passants semblaient happés par les photographies exposées à l’espace Sidi Ben Aïssa à Hammamet. Soigneusement prises par Sadok Ben Salem, elles témoignent de sa passion pour la ville en écumant ses coins les plus connus, en figeant son golfe avec son mythique coucher de soleil et son activité de pêche quotidienne.
Présentées sous différents formats, les photographies de Sadok Ben Salem attirent des visiteurs curieux. Les scruter sur les murs de l’édifice historique Sidi Ben Aïssa du centre-ville… c’est redécouvrir la ville autrement. Sadok Ben Salem a fait une carrière dans l’enseignement avant de se consacrer à la photographie. Une passion qui est née par hasard, en maniant téléphones, logiciels et réseaux sociaux. « Instants suspendus » est sa 2e exposition solo maintenue sous le patronage de l’ASM, Association de sauvegarde de la Médina.

A travers ses prises, le chasseur d’images magnifie autrement la ville, en captant son heure dorée mythique, ses arbres, la quiétude de ses moments hivernaux, les remparts de son fort et ce qui reste de l’architecture typique propre à la ville, celle qui caractérise encore quelques constructions anciennes. S’adonner à cette activité, c’est exprimer son amour pour sa ville natale perpétuellement.
Dans un coin de l’espace ASM, un lieu pris aussi par le photographe qui n’existe pas à Hammamet. Il s’agit d’un site romain « Damous Lahlelfa », situé aux environs d’El Jem. Lors d’un passage dans la zone, il s’y arrête et découvre tout un site historique, bien visible, doté d’un sous-terrain immense.

C’est au gré de ses évasions que Sadok Ben Salem fige d’autres lieux, en dehors de la ville, toujours en domptant la lumière. Des prises du mythique site berbère de Zriba Olya sont aussi exposées. D’autres régions comme Takrouna, Hergla ou le Cap Bon verront sans doute le passage de Sadok Ben Salem, qui prend soin de suspendre des instants de vie, des parcours… et de les épingler dans le temps.
«Je n ’oublie pas le soutien de l’ASM, d’amis et de copains qui m’ont encouragé à m’adonner à cette passion. J’aspire à exposer ailleurs prochainement à Tunis ou Nabeul», indique le photographe. En usant de la technologie et du Net, il met en relief quelques éléments visibles sur ses prises.

La dernière création scénique en date d’Ali Chahrour «Quand j’ai vu la mer», présentée au festival d’Avignon, miroite pour le public les vécus traumatiques de femmes éthiopiennes et libanaises, réduites à une forme d’esclavage moderne au Liban. Ali Chahrour dénonce le système «Kafala», qui fait des ravages, en pleine guerre, dans son pays natal, à travers trois femmes migrantes, victimes de traite.
Par Haithem Haouel, envoyé Spécial au festival d'Avignon
Tena, Zenei et Rania portent haut et bien fort, sur la scène de l’espace FabricA à Avignon, les voix de centaines de femmes migrantes, qui, après une longue traversée, se retrouvent piégées, dénuées de toutes formes de liberté primaires, séquestrées, maltraitées, enfermées, privées de mobilité, déshumanisées.
Dans une mise en scène d’une grande technicité et d’une maîtrise remarquable, mouvements du corps et sonorités fusionnent afin de crier sévices et injustices, lutte sans merci et résistance féminine pour dénoncer un fléau, celui de l’exploitation «d’êtres humains», spécifiquement, celles des femmes travailleuses, soumises à des conditions insoutenables. A Avignon, le public a retenu son souffle durant, au moins, trois représentations. Quand l’art devient un rempart à l’injustice ou quand le cruel est exprimé à travers le beau et l’esthétique, le message prôné parvient, en grande partie, à interpeller.

«When I Saw the Sea» est le titre original de la création phare. Elle s’impose dans la continuité des précédents accomplissements de Chahrour comme «Told to My Mother», ou «The Love Behind My Eyes». A la différence près qu’en 2025, Chahrour s’ouvre sur des problématiques récurrentes qui sévissent dans les pays du sud, tout en partant de son Liban natal, broyé par la guerre et les difficultés économiques.
L’artiste parvient à narrer et à créer des liens entre souffrances communes de peuples en difficulté et de leurs franges sociales, aux prises à des épreuves de survie.
Le cri d’alerte lancé à travers «When I saw The Sea» s’est propagé à travers le pouvoir du corps et de l’expression artistique des interprètes, à commencer par le chant, le théâtre et la danse. Bien qu’elles ne soient pas issues du domaine artistique, les trois protagonistes, d’origine éthiopienne et libanaise, transcendent par leurs gestuelles et leurs voix magnétiques.
La création est portée par la musique de Lynn Adib et Abed Kobeissy, en apparence discrets sur scène, mais qui nourrissent la création en musique. Une partie du public, qui est familière aux créations d’Ali Chahrour et à ses thématiques, découvrira finalement une tentative nouvelle du créateur, de vouloir décortiquer, raconter, traiter de thématiques plus larges, et de s’ouvrir ainsi au-delà des frontières de son pays. Raconter d’innombrables maux de l’époque moderne, telle est la vocation principale du théâtre et des arts vivants… après tout.

C’est au Palais des Papes à Avignon, lieu emblématique du théâtre mondial, que la metteure en scène capverdienne Marlene Monteiro Freitas souffle un vent nouveau, baptisé « NÔT » ou « nuit » en français. « L’artiste complice » — comme tout le monde a aimé l’appeler en 2025 — est une vedette de cette 79e édition. Freitas a revisité, sur commande, l’œuvre des « Mille et une nuits », en hommage à la langue arabe.
Par Haithem Haouel, envoyé spécial au festival d'Avignon
On n’y croirait presque pas… Pourtant, dans un élan audacieux, Marlene Monteiro Freitas l’a accompli. A travers sa vision apocalyptique, propre à elle, la metteure en scène s’est servie de ce chef-d’œuvre du patrimoine oriental comme support de base, pour recréer son propre monde, sur scène, le maintenir, et l’entretenir chaque jour, face à plus de 2000 spectateurs venus du monde entier.
Afin de mieux cerner l’ampleur du travail scénique accompli, il faut rappeler l’intrigue initiale des « Mille et une nuits », qui nous renvoie à une autre époque, un autre temps, sous le règne d’un sultan. Meurtri et profondément choqué par une infidélité, le régent nourrit, depuis, une haine envers les femmes, et en tue une au quotidien. Une nouvelle victime désignée d’emblée et qu’il a pensé épouser la veille.
Un massacre misogyne perpétué, sur 1001 nuits. Jusqu’à ce qu’il fasse la connaissance de Shéhérazade, jeune femme qui se porte volontaire de l’épouser et qui, pour rester en vie, lui raconte un conte passionnant, qu’elle n’achève pas de narrer, afin de revenir le lendemain, le finir, ajournant ainsi sa mort.

Comme une succession de tableaux scéniques, les versions se succèdent, ne se ressemblent pas et la restitution d’une version autre des « Mille et une nuits » s’installe. Une version grotesque, burlesque, qui réussit le pari d’accompagner le spectateur jusqu’au bout de cette frénésie. Freitas réinvente un univers, le modernise à sa manière et prend ses aises en maniant, et en modifiant très librement la version originale.

Le vice se confond avec l’audacieux, l’inattendu, l’ambigu. Les anecdotes, histoires, héritage oral jaillissent et, à sa manière, la metteure en scène en fait un mélange, présenté, sans retenue, sans pudeur, au risque d’ébranler les âmes sensibles.
Disons également que Marlene avait pu obtenir la cour du Palais des Papes pour laisser libre cours à son imaginaire. Munie des moyens techniques et logistiques nécessaires à l’aboutissement de sa version disjonctée des « Mille et une nuits », la splendeur du Palais sublime l’univers débordant, décapant, futuriste, apocalyptique de « NÔT ».

Encore plus fou que la narration proposée, les protagonistes tiennent les rênes d’un show sur 1h45, d’une main de maître. Profondément transgressifs, les personnages transmettent une charge émotionnelle d’une rare intensité, à travers leurs performances, gestuelles, chorégraphies et expressions corporelles ou faciales. L’espace, n’ayant pas de frontières pour elles / eux, est remodelé et adapté selon leur attente.
Les acteurs cassent les codes liés aux mouvements scéniques, s’affranchissent « presque » de la maîtrise de Freitas et partent à la rencontre des spectateurs de plus près … et jusqu’à très près même.
C’est comme s’ils échappaient au contrôle de la metteure en scène, dans une scène explosée, au mille et un détails maîtrisés.

L’absence totale ou presque de textes n’entrave pas l’immersion cauchemardesque dans cette dimension parallèle, dotée d’effets visuels et de musique rythmée, recherchée. La musique étant un des points forts de l’œuvre, si ce n’est pas sa force première.
« NÔT » est un monde qui peut agacer, répulser, attirer certains, ou créer, au contraire, fascination, curiosité et rêves. La réception de l’œuvre est d’une subjectivité changeante, que les retombées laissent finalement libre cours aux échanges, et débats à n’en plus finir et une pluie de critiques.

Pour son 2 ème livre « Les coups de minuit » paru aux éditions Arabesques en 2025, le jeune auteur Aziz Dridi tisse pour son lectorat une intrigue sombre, captivante, à l’écriture cinématographique.
Dans « Les coups de Minuit », deux allures d’hommes debout font la couverture du livre, digne de l’affiche d’un film d’action rétro, mais très curieuse. D’emblée, le lecteur fait la connaissance de Youssef, policier et de Taher, boxeur. Le premier mène une investigation dans un club de boxe clandestin et forcément intrigant, véritable bourbier de brutalité. Le 2 ème est Taher qui est féru de sport de combat, personnage esquissé au vécu mystérieux et au charisme qui ne laisse pas de marbre. Ce dernier canalise sa brutalité dans cet espace de boxe, faisant face à sa manière et au quotidien, aux aléas de la vie.

L’intrigue est annonciatrice de deux destins qui vont s’entrechoquer, laissant ainsi des péripéties surgir. L’enquête fructueuse sur ce club de boxe aux dessous troubles, commencent à porter ses fruits et les révélations finissent par jaillir…
« Les coups de minuit » est un modeste essai littéraire, fort de son style d’écriture concis et précis, dénué de bavardise. Le lecteur ne tarde pas à se familiariser aux personnages et à créer un lien, avec eux au fil des pages, malgré la complexité qui les enveloppe, leur caractère peu avenant. Les deux hommes fictifs, au centre de l’intrigue, nourrissent le mystère et l’intrigue au fil d’actions et de tournures inattendues. « Les coups de minuit » se lit d’une seule traite et entraine le lecteur dans un monde, qui rappelle dans la forme, celui de « Fight Club », chef d’œuvre du 7 ème art, signé David Fincher, avec Brad Pitt et Edward Norton, sorti en 1999.

Bien plus abouti que « L’homme qui voyait demain », le premier livre d’Aziz Dridi, paru aussi chez Arabesques, le jeune écrivain nous livre une intrigue à rebondissements, forte de son écriture maitrisée. Aziz Dridi entame son 3 ème livre. Le jeune écrivain montant, est initialement étudiant en chimie industrielle à l’INSAT. Sa passion pour les lettres et la publication ne cesse de croître. « Les coups de minuit » est en vente en ligne sur ceresbookshop ou dans les librairies et points de vente de livre en Tunisie.

Dans « Every-Body-Knows-What-Tomorrow-Brings-And-We-All-Know- What-Happened-Yesterday », Mohamed Toukabri a interpellé son public sur la scène des Hivernales – CDCN D’Avignon durant 10 dates successives : L’œuvre transcende les frontières et s’adresse à l’humain dans sa dimension multiple… avec l’appui de mots « Coups de poing ».
Par Haithem Haouel, Envoyé spécial au festival d’Avignon
La danse, c’est ce langage du corps qui peut s’avérer encore plus expressif que la parole. Cette performance de 50 min, signée par le chorégraphe tuniso-belge reste en partie hybride car elle dose texte engagée, écrit par la metteure en scène et dramaturge Essia Jaïbi et les mouvements scéniques justes de l’artiste danseur.
Une performance renforcée par la pertinence des paroles et expressions, lues à haute voix, parfois affichées. Des phrases trilingues, tantôt complètes ou fragmentées surgissent en anglais, en français et en langue arabe. L’arabe qui est à l’honneur en 2025 au festival d’Avignon en tant que langue vedette, révélatrice des origines tunisiennes de l’artiste chorégraphe.
Une esthétique parlante de la danse
Ce solo oscille entre danse contemporaine et hip-hop, en référence à la formation de l’artiste, ses précédents accomplissements, ses origines. Sensible à l’appropriation de l’espace urbain par l’art, Mohamed Touakbri, cerne à quel point la danse, spécialement l’ « Urban dance », peut faire écho chez les jeunes ou chez un public plus large tout en questionnant souvent la citoyenneté, l’autorité, l’affranchissement des barrières. La danse comme arme de résistance, de lutte, d’expressions, prend son sens dans ce récit chorégraphique, qui reste singulier et qui s’inscrit dans une histoire commune, collective. L’importance de la mémoire collective et sa transmission sont l’axe central de l’œuvre. Le titre long en langue anglaise est révélateur d’une narrative.

« Chacune et chacun sait ce que demain apporte et nous savons tous ce qui s'est passé hier ». Titre qui titille les mots et leur sens, évoque une temporalité longue en interrogeant le présent, en partant du passé tout en tentant (En vain ?) de se projeter dans un avenir forcément brouillé. Le mot « Everybody » exprime, à la fois, la pluralité mais peut signifier aussi « Chaque corps », si on le divise. Dans cette temporalité, c’est la place de la danse, son évolution, son appropriation au fil des générations qui est questionnée.
L’esthétique de la performance suscite l’intérêt, de par sa musique, celle du « Sampling », ou le fait d’écouter des sons rythmés et décomposés. Un travail sur le son, qui a été minutieusement orchestré par Annalena Fröhlich. Les habits travaillés et arborés par l’artiste au fil de sa performance, renforcent la dimension esthétique. Les costumes sont signés Magali Grégoir. Ce qui est perceptible et visible à l’œil nue, est accentué par la noirceur du lieu, ses murs sombres, son écran, reflet d’écrits éphémères.

A travers cette dernière création en date de Toukabri, une chronique de la danse -son histoire, son évolution, sa perpétuelle transmission- est narrée. L’art dansant du chorégraphe peut puiser dans une époque, celle d’un pays, un contexte précis, tout comme il peut tracer le personnel : un parcours frayé, entre deux rives, ses aléas, et sa complexité. La question du corps – archive reste centrale. La création fait partie de la sélection IN du prestigieux festival d’Avignon et s’est jouée à guichets fermés.