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 « Résonances oniriques » : Exposition collective inaugurale : Territoire et états oniriques
REPORTAGES7 / 1 / 2026

« Résonances oniriques » : Exposition collective inaugurale : Territoire et états oniriques

C’est sous le signe de l’appel à la découverte et de la thématique de l’onirisme, que le vernissage de l’exposition collective « Résonances oniriques » a permis aux invités présents de découvrir les 11 œuvres installées, d’interagir avec les artistes, et de découvrir le « Rêvium ».


L’exposition collective se poursuit jusqu’au 10 juillet 2026 avec sa pléiade d’artistes participants citons Baker ben Fraj, Belhassen Kechaou, Kamel Kechaou, Majed Zalila, Mehdi Kriaa, Mohamed Ghassan, Najwa Abdelmaksoud, Noomen Gmach, Rachida Amara, Raouf Karray et Salwa El Aydi, également commissaire de l’exposition. Découvrir ce travail collectif, c’est répondre à l’appel des termes à connotation appelant aux bien-être, aux songes, à la pratique des arts et à l’osmose avec la nature. Le titre de l’exposition et du lieu en dit long sur toute une identité naissante au village d’El Maamoura : celle tissée autour du « Rêvium », cet espace de « traversée et de conscience créative », comme définit par Ahlem Ismail, sa fondatrice, et son équipe.


Des résonances palpables

Au moins 11 visions artistiques s’entremêlent et se croisent, dans une salle d’exposition, abritant une diversité d’œuvres faites avec plusieurs techniques et matières. Des œuvres qui racontent plusieurs mémoires, récits et arborent surtout une vision singulière, propre à l’univers distinct de chacune et chacun.


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S’attarder sur chaque œuvre, c’est s’ouvrir sur une pratique individuelle, une dimension unique. Raouf Karray, graphiste et artiste visuel, tisse son travail artistique mouvant, en partant d’une citation de Mahmoud Darwich et fait dialoguer texte et image. La technique de Baker ben Fraj, graveur et peintre, oscille entre mémoire collective et incitation à la critique. Les pratiques se diversifient et cohabitent dans des tableaux bien alignés. Entre visibilité et effacement, Nomen Gmach, artiste visuel et peintre, propose une peinture–trace attrayante, intrigante, qui interpelle tandis que Najwa Abdelmaksoud, aussi peintre, explore les zones les plus enfouies du langage plastique et pictural. Mehdi Kriaa, Kamel Kechaou et Belhassen Kechaou, proposent une lecture inédite, passionnante et engagée de la matière et ouvrent un champ d’exploration large dans lequel ils manient la matière. Ils ont conçu des œuvres en céramiques et des structures faites, entre autres, en argile. Ce qui caractérise le travail en perpétuel transformation de Mehdi Kriaa, céramiste, c’est sa maitrise de la technique du Raku, qui consiste à alterner ou marier les deux techniques de l’oxydation et de la cuisson. Le céramiste Belhassen Kechaou fait parler en profondeur ses œuvres en superposant des strates. Kamel Kechaou conçoit des œuvres céramiques attrayantes, riches en compositions en relief sur plaque d’argile. Il tente ainsi de faire dialoguer le naturel et le construit. Rachida Amara, graveure, fait appel à la technique du lino, qui combine dessin et gravure. Elle pense aussi une scénographie de personnages, aux états d’âme divers et des protagonistes qui surgissent dans tous leurs états. Mohamed Ghassan, sculpteur, exploite les fragilités de l’humain et sa sensibilité exacerbée le plus souvent, par rapport à son environnement, à son époque. Une sensibilité qui puise dans l’universel. Ses sculptures provoquent des interrogations et font résonner de nombreuses tonalités, souvent mystérieuses, sombres voire pessimistes. Une remise en question de la condition humaine est palpable dans ses œuvres. La technique de l’aquarelle qui incite au contemplatif caractérise le travail de Majed Zalila, artiste peintre. Ses œuvres sont une invitation à se perdre dans autant d’expressions, d’émotions, de rencontres dessinées, peintes, sensibles. Salwa El Aydi, commissaire d’exposition, a su fusionner les visions, les matières, les formes, dans un vaste espace, propice à la création, apte à abriter de multiples propositions artistiques et d’en faire un espace de Vortex onirique. Cette exposition collective est la première, organisée sur place.

Un lieu dédié à la création

Baptisé le « Rêvium », cette résidence artistique est située à El Maamoura, et est nichée dans une zone rurale qui donne, de loin sur la mer. Un rêve d’enfant qui appartient à sa fondatrice Ahlem Ismail, attirée par le Cap Bon depuis toujours, son climat, son histoire. Le « Rêvium » permet aux artistes accueillis de créer, en dehors de Tunis, dans un lieu propice à l’inspiration et à la créativité. Au calme, dans la nature, ce lieu, à haut potentiel, dédié aux artistes, s’apprête à s’étendre en offrant une 2ème scène pour les résidents désireux de se produire devant des publics lors des sorties de résidence musicales, théâtrales ou autres, et qui se déroulent sur place. D’autres pièces verront le jour. De l’espace libre, une salle de galerie et une bibliothèque sont déjà accessibles. Un petit théâtre de 300 places est mis en place. Le lieu aspire à dynamiser la culture et le tourisme. Pendant le vernissage, le violoncelle a résonné à Dar Oufa, l’autre nom officieux du « Rêvium ». Le musicien Ahmed Adnan Al Nouaimi a accompagné le public présent. Le musicien est fondateur de l'Orchestre de violoncelle de Tunis. L’exposition « Résonances oniriques » s’étalera jusqu’au 10 juillet 2026. L’accès est libre.


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« Résonances oniriques » : Exposition collective inaugurale : Territoire et états oniriques
Sirine Boubaker, artiste visuelle : Mémoires en mouvement
REPORTAGES6 / 4 / 2026

Sirine Boubaker, artiste visuelle : Mémoires en mouvement


Il n’y’a pas de moments impromptus pour se laisser embarquer dans une déambulation artistique, menée par Sirine Boubaker. L’artiste visuelle façonne son savoir faire autour des mouvements migratoires, du droit élémentaire à la libre circulation, tout en explorant lieux historiques, civilisations et richesses méditerranéennes d’antan et en usant de techniques peu courantes. Plongée imminente dans un lieu de travail et de vie.


Niché dans une adresse ordinaire en plein cœur du Bhar Lazreg, notre point de chute se distingue par deux oliviers et un portail blanc, situés dans une rue bouillonnante. Sirine Boubaker prend sa pause ou presque. Son savoir se reflète sur sa création et laisse planer un sentiment satisfaisant, mélangé à un enthousiasme et une excitation. Elle vérifie qu’elle est dans les temps pour présenter son travail au public. L’adrénaline est à son comble.


L’artiste visuelle puise son inspiration dans un espace de création, propice au savoir, sous la houlette de la galeriste Yosr ben Ammar. Cette dernière offre la possibilité à des artistes professionnels de créer dans un environnement urbain particulier, cacophonique, traversé par d’innombrables visiteurs, qui viennent de toute part. Sirine Boubaker ouvre grand son portail à des visiteurs curieux.


Parfaitement ancrée dans ce lieu de vie, l’artiste puise aussi son inspiration de son voisinage et des personnes qu’elle rencontre, souvent au gré du hasard. Elle reste également sensible à son vécu entre la Tunisie et la France. Un va – et viens entretenu au fil des aléas de la vie.

Le questionnement principal autour de son art s’est imposé par lui – même : le vécu entre deux pays. Un retour au pays qui bouscule les acquis et éveille les sensibilités. « En Tunisie, toutes les fois où je suis revenue, je portais toujours mes racines, mes origines, mais mon identité est devenue fluctuante et changeante. Elle est sans cesse interrogée, A partir de ce ressentis, mon intérêt s’est porté, plus largement, sur la circulation, l’immigration, et la normalisation de ces mouvements humains qui ne devraient pas être aussi compliqués et scellés ». Affirme l’artiste tout en montrant soigneusement croquis, photos, créations aux matières variées.


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Faire du terrain

A Pompéi, à Rome, Athènes, Carthage ou au Bardo, des mouvements de masse et de foules ont fait et défait les civilisations les plus puissantes de la méditerranée. Sirine Boubaker a fait du terrain et l’a capturé à travers ses photographies. Des lieux historiques sont mis en valeur à travers de nombreuses prises, des projections, une technique fascinante, celle de la Cyanotype et du collage. L’artiste agit sur de la pierre fragmentée, contrôle la lumière, dompte l’air et les matières, qu’elle prend soin de finaliser dans son studio, truffé d’installations bleues, et d’expérimentations issues de la technique de Cyanotique.


L’artiste interroge son rapport au temps, en usant aussi du tissu, du verre, des miroirs. « Je suis ouverte à toute sorte de matières, que je mets au service de l’histoire à travers l’archéologie évoquée, l’effacement, la sauvegarde de la mémoire collective et personnelle. Je laisse libre court à l’expérimentation avec des concrétisations qui prennent vie et d’autres vaines tentatives ». Cite l’artiste. Le procédé photographique fait partie des accomplissements de Sirine Boubaker et nourrit son processus créatif. La lumière U.V et le rinçage reste très maitrisés, pour cette artiste noctambule qui embrasse la création de nuit. Le textile, l’impression sur papier et la Cyanotype reste ses maitres mots.


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Sirine Boubaker met en application ce savoir pour remuer la mémoire, raconter les transformations collectives, l’antique méditerranéen tout en faisant résonner l’intime et le personnel à travers son travail. Elle synthétise bien sa vision artistique en l’appelant « Archéologie du déplacement et l’exploration de nombreux territoires ». L’artiste rappelle que la mer est un lieu ancien de circulation, dénué de toute frontière, truffé de traces laissés suite aux déplacements. Le fait d’exercer sur de la pierre et du marbre rappelle la pertinence des traces souvent indélébiles laissés par l’histoire et les ruines. Comme si Sirine Boubaker tenait à sauvegarder la mémoire autour des mouvements migratoires et de leur richesse infinie.


Sirine Boubaker, artiste visuelle : Mémoires en mouvement
Première édition de Kotouf à Djerba : Cap sur les littératures du Sud
REPORTAGES10 / 20 / 2025

Première édition de Kotouf à Djerba : Cap sur les littératures du Sud

Houmet Souk vibre autrement en ce mois d’octobre, avec le lancement de la première manifestation littéraire francophone, consacrée aux littératures du Sud. Sobrement appelée Kotouf, ces rencontres incitent à la cueillette d’un savoir et à des échanges édifiants, en présence d’une quinzaine d’écrivains francophones, internationaux et tunisiens.


Il s’agit d’une édition pilote qui a pris plus de 2 ans à voir le jour. Dirigée par un comité exclusivement féminin, porté par la volonté des Djerbiens, d’acteurs locaux, de journalistes, et en présence d’écrivains de renommée internationale, Kotouf promet une nouvelle dynamique culturelle dans la région, inclusive, et qui a, comme objectif, de mettre en relief la richesse incommensurable du Sud global. Le Sud et ses diverses langues, dialectes, richesses.


Point de départ et d’ancrage


Il était important pour les fondatrices du festival de décentraliser la pensée, loin des grandes villes, des capitales et du nord. Djerba est une destination insulaire, à la culture millénaire, traversée par de nombreuses cultures toutes aussi riches les unes que les autres. Dans l’imaginaire commun, elle est balnéaire, touristique, célèbre pour son tourisme de masse. La richesse de cette destination, nouvellement inscrite dans le patrimoine de l’Unesco, n’est pas assez mise en valeur.


Cette plongée Kotouf a pour objectif de valoriser la culture sur l’île, la gastronomie ou encore l‘aspect historique. Marielle Anselmo, enseignante, chercheuse, poétesse, Sourour Barouni, professeure d’anglais, doctorante, Mounira Dhaou, agrégée en langue et littérature arabe, chercheuse et Fatma Dellegi Bouvet-de la Maisonneuve, écrivaine, médecin- psychiatre, ont travaillé dur afin de concrétiser leur initiative.


En arpentant le centre de la ville, ses souks, jusqu’à l’arrivée au Centre culturel méditerranéen de la ville, jeunes bénévoles, festivaliers et invités se mélangent et tracent leur programme. Littérature rime avec savoir et connexion avec les élèves des établissements scolaires de la région. Un arrêt à l’école «Nouvelles générations», fondée en 2018, devait impérativement se faire. Corps enseignants et élèves échangent autour de la question de l’écrit et de l’oralité, à travers l’usage de la langue française.


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Les élèves-adolescents discutent de quelques débouchés professionnels et spécialités qui suscitent la curiosité : Qu’est-ce qu’être journaliste spécialiste en presse écrite ? Quel pouvoir possèdent la caricature, l’illustration, l’image, le dessin ? Qu’est-ce que faire de la radio en langue française dans un pays comme la Tunisie ? Autant d’interrogations qui permettent à la discussion de foisonner, notamment avec les professeurs présents sur place.


Houda ben Yahia est Dre en psychologie clinique de l’enfant, psychologue clinicienne, souligne, à travers sa prise de parole, l’omniprésence de l’écriture et de l’oralité, à travers l’existence humaine. Le besoin de communiquer a toujours perduré et existé à travers différents canaux. La communication est le fondement même du savoir civilisationnel, et elle ne cesse de muter.


«C’est une continuité de l’histoire. Laisser des traces à travers l’écriture, la littérature, les symboles, le dessin, c’est écrire l’histoire ! Et plus récemment à travers Kotouf, les organisatrices font un focus sur le Sud Global et sa littérature. Une édition, qui, de plus, est organisée par des femmes qui écrivent». Rappelle la docteure en se référant aux femmes écrivaines longtemps pourchassées, invisibilisées, pendant des siècles, juste parce qu’elles écrivaient ou qu’elles osaient s’exprimer, souvent sous des noms masculins d’emprunt.


L’école sensibilise les élèves à l’appartenance, à l’identité et à leurs cultures. Souvent, ils appartiennent à une double culture. L’enseignement y est destiné pour les forger, en supprimant les notions eurocentrées. Un objectif qui rejoint la ligne du festival naissant en cours.


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Focus ibadite et artistique


Une visite à la mosquée Louta s’est déroulée dans le but de valoriser le patrimoine historique de l’île. La mosquée Louta (ou «Jemaa Louta ») est un des monuments historiques les plus attractifs de l’île. Elle est aussi appelée la «Mosquée souterraine» et se trouve entre Ajim et Houmet Souk.


Cet édifice religieux historique date probablement des XIIe ou XIIIe siècles. Partiellement enterré, il se distingue par son architecture discrète, sobre, construite avec deux coupoles émergeant du sol, avec un accès via un escalier raide. Appartenant à la tradition ibadite, la mosquée aurait servi de lieu de culte secret ou de refuge en temps de conflits. Bien, que désaffectée aujourd’hui, elle a été restaurée en 1990 puis en 2019, et fait désormais partie du patrimoine mondial de l’Unesco.


Le vernissage événement à Djerba a eu lieu dans la soirée du 16 octobre à l’Alliance Française de Djerba. «Berbérités, des origines aux influences » de Pierre Gassin est une exposition de 40 photographies qui tracent les cultures berbères du sud tunisien, leurs traditions, leur spiritualité et la manière dont ces héritages se sont transformés et mélangés, au fil du temps. Le photographe français, vivant à Kerkennah met en lumière, à travers ses prises, tout un patrimoine fait de symboles, de gestes du quotidien, de pratiques communautaires. L’exposition dure jusqu’au 16 novembre 2025.


Photos de : Wided Zoghlami


Pierre Gassin


Groupe Scolaire Nouvelles Générations

Première édition de Kotouf à Djerba : Cap sur les littératures du Sud
Première édition de Kotouf à Djerba : À Kotouf, les dialogues fusent
REPORTAGES10 / 20 / 2025

Première édition de Kotouf à Djerba : À Kotouf, les dialogues fusent

Les festivaliers sont accueillis par un rassemblement de jeunes élèves au Centre culturel méditerranéen de Djerba. En guise d’inauguration, musique et rencontres ont fleuri le temps d’une matinée, avant de céder les lieux à des cercles de réflexion, des discussions et des tables rondes autour de thématiques d’actualité. Ecrivains tunisiens et étrangers partent à la rencontre d’un public diversifié.


Un défi pour le comité organisateur du Kotouf, dont le but est de toucher un maximum de visiteurs. Pari gagné ! La salle centrale du lieu est pleine. Discussions successives, vente de livres, rencontres au sommet rythment cette première journée. Le festival des littératures du Sud commence au gré des activités.


Un foisonnement de récits


«Nord / Sud : quelles écritures ? », tel était le thème principal de la première table ronde modérée par l’universitaire Sonia Zlitni Fitouri, entourée de l’écrivaine et journaliste libanaise Georgia Makhlouf, Faouzia Zouari, écrivaine, et Mohamed Mahjoub, professeur émérite spécialiste en philosophie. Les deux écrivaines se retrouvent à la jonction de deux cultures et des deux langues, puisqu’elles vivent entre deux rives, ou entre deux pays : Liban / France ou France / Tunisie. Comment arrivent-elles à se retrouver dans cette dynamique à travers l’écriture ?


Le rapport à la mémoire, à l’histoire et au temps a été décortiqué. L’exil était également au centre de l’échange. « Quand je rentre en Tunisie, il m’arrive de me sentir exilée, face aux changements qui peuvent avoir lieu dans mon propre pays », indique l’écrivaine. « Après le 7 octobre, ce sentiment d’’’étrangeté’’, quand j’écoute le discours des médias, surgit en France. Pareil après les chamboulements post 7 octobre. Le sentiment d’exil prend forme aussi ».


Dr Mohamed Mahjoub est revenu sur le rapport entre littérature et philosophie en soulignant son rapport à la langue arabe et française, l’interférence des deux langues, tout en ajoutant le dialecte tunisien. Georgia Makhlouf poursuit : «Je n’écris plus de la même manière depuis le 7 octobre 2023. Ai-je la légitimité nécessaire pour le faire ?». Les mêmes thèmes reviennent quand il s’agit d’écriture du Sud : la femme, l’exil, la guerre. Des motifs récurrents : doit-on les éviter, les traiter autrement ou renouveler leur écriture ?


Ecrire l’amour

La table ronde suivante, modérée par la journaliste Emna Louzyr, était enrichie par les interventions d’écrivains femmes et hommes de lettres comme Lotfi Chebbi, Emna Belhaj Yahia, Hafidha Karabiben ou Nemrod. Si l’amour est un sujet qui a été mille fois abordé par les auteurs, il n’en demeure pas moins vrai que la réflexion autour de ce thème ouvre de nouvelles fenêtres et permet de questionner ce « déjà-lu, déjà-vu».


Chaque auteur présent à cette table ronde a été invité par la modératrice pour proposer sa définition de l’amour. «Les écrivains s’approprient les mots, les inventent, comme Rabelais, Céline, Hugo et les réinventent», ajoute Emna Louzyr. Ainsi, les invités sont partis à la découverte du concept amoureux, si différent d’un auteur à l’autre, et au fil des influences et de leurs écrits.


L’insularité et la littérature des îles ont été au centre d’un échange dans la matinée du 18 octobre 2025, 2e jour de la manifestation littéraire. Animée par Zouhour Bessrour, la rencontre a permis aux écrivains Lise Gauvin, Jean Luc Raharimanana et Fethi Ben Maâmer de prendre amplement la parole.


« Hikayet » ont permis au public de prendre part à des échanges, plus étroits, avec les écrivains présents autour de thématiques nombreuses et d’actualité. « Le parlement des écrivaines francophones » a clôturé la première journée par une lecture musicale en présence de 8 écrivaines francophones. Le virtuose Tarek Torjet les a accompagnées en musique pendant une quarantaine de minutes, ajoutant ainsi de la musicalité à de nombreux extraits tirés de leurs propres écrits.

Première édition de Kotouf à Djerba : À Kotouf, les dialogues fusent
FIH59 : Cap sur l’international
REPORTAGES7 / 18 / 2025

FIH59 : Cap sur l’international

En trois jours successifs, 6 artistes, issus de 7 pays ont défilé sur la scène du festival international de Hammamet. L’amphithéâtre bat son plein depuis le 11 juillet 2025. En musique et en danse, les artistes ont fait voyager leur public. Le Maroc, l’Algérie, la France / Haïti, Liban, Syrie ou encore le Soudan, tout un florilège d’horizon sonore qui continue de bouleverser. Focus sur ces parenthèses nocturnes !


Hind Ennaïra et Djazia Satour : une double prestation distinguée


Hammamet, 13 juillet 2025. Deux femmes. Deux univers se dévoilent au public. Le Festival de Hammamet a vibré au rythme d’une double performance portée par la puissance du corps, de la voix et du patrimoine musical. La Marocaine Hind Ennaïra et l’Algérienne Djazia Satour ont chacune, à leur manière, occupé musicalement l’espace et conquis les plus mélomanes.


Première à entrer en scène, Hind Ennaïra, une étoile de la musique« Gnawa » et saharienne, marque par sa présence scénique. Entourée de danseurs et musiciens, elle transforme la scène en fête. Rythmes effrénés, youyous, clins d’œil au public en dialecte marocain : l’artiste sublime. Son répertoire riche, profondément africain — puise dans des titres comme «Fongoro», «Folani Hirisa» ou «Baba Mimoun».


Avec sa voix puissante, ses percussions hypnotiques et ses habits aux motifs amazighs, Ennaïra s’affirme en tant que femme et musicienne dans un univers dominé par les hommes.


Elle cède aussitôt sa place à une autre icône : celle des paroles engagées. Djazia Satour, drapée d’une kufiya rose et noire, apparaît sur scène avec un répertoire marqué par des thématiques engagées, telles que la résistance et l’exil. Dans sa chanson «Idh», elle rend hommage au peuple palestinien et dénonce les atrocités subies, les massacres, le silence.


Les mots sont posés, sans détours. Ils font l’effet d’un couperet autant qu’ils adoucissent. Sa voix, mêlée à des instruments, glisse vers des terrains sonores alternatifs et urbains avec des chansons, telles que «Loun Liyam» ou «M’Siria». Elle clôt sa prestation par un chant en anglais, dédié aux peuples asservis, rappelant que la musique peut aussi être « mémoire » et « lutte ».


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Naïka : astre d’un autre continent


Dans un amphithéâtre plein à craquer, Naïka, étoile montante franco- haïtienne de la scène internationale, a livré un show mémorable, mêlant émotion, groove et totale osmose avec son public. La soirée était annoncée «Sold Out» depuis plusieurs jours. Bien avant l’ouverture des portes, les fans affluaient, bravant chaleur et attente.


L’amphithéâtre a rapidement épousé l’univers de la chanteuse. Et dès les premiers rythmes, Naïka s’est imposée, solaire et magnétique. Sa voix puissante et son énergie scénique débordante, ont retenti. L’artiste navigue avec aisance entre les sonorités afro-pop, les rythmes caribéens et les grooves urbains. Sa musique dépasse les frontières et tisse des ponts entre les continents.


Sur scène, Naïka ne chante pas seulement. Elle raconte anecdotes de vie, souvenirs de voyage, et fait des clins d’œil à ses racines… Elle crée une intimité, ponctuant ses morceaux d’intermèdes complices, d’humour et de tendresse. L’artiste confirme qu’elle n’est pas qu’une étoile montante parmi d’autres : c’est la voix majeure d’une génération qui veut danser et s’émouvoir.


RUST / Alsarah & The Nubatones : deux dimensions distinctes


Dans la nuit du 15 juillet 2025, place à la musique alternative arabe, marquée par la performance du duo libano-syrien Rust et de la chanteuse soudanaise Alsarah, accompagnée de son groupe « The Nubatones ». Le duo Rust, formé en 2020 par Petra Hawi, chanteuse libanaise, et Hany Manja, producteur et musicien syrien, a entamé la soirée avec un set d’une heure mêlant électro, Tarab et influences orientales. Leurs compositions, entre tradition et innovation, ont su capter l’attention du public.


Lors d’un point de presse, le duo a déclaré : « Nous sommes plus que ravis d’être ici. L’endroit est féerique », annonce avec enthousiasme Petra Hawi. Hany Manja a ajouté, ému : « Si je pouvais chanter, je me serais exprimé en chantant.


Basé à Beyrouth, le duo affirme placer l’humain au cœur de leur création artistique. Leur titre « Diaspora » explore notamment le thème de l’exil et les identités fragmentées qui en découlent. « En 20 ans, le ressenti reste le même », souligne Hany Manja.


En seconde partie de soirée, « Alsarah & The Nubatones » ont pris la relève avec une performance aux influences nubiennes et afro-arabes. La chanteuse, exilée depuis trois décennies, a affirmé l’importance de vivre pleinement le moment :« Cet espace est le nôtre. Ce moment va être mémorable ». Elle a interprété des morceaux, tels que « Men Ana », « Salam Nubia», « Sudani » et « New Habibi», ponctuant son concert de touches d’humour et de proximité avec le public. En évoquant l’exil, Alsarah a rappelé: « Quand on est exilé et qu’on revient sur nos terres d’origine, on ne reconnaît rien.


Le partir est un sentiment très étrange ». Cette soirée à Hammamet a confirmé l’effervescence d’une nouvelle scène musicale arabe, à la fois ancrée dans ses racines et résolument tournée vers l’avenir, modernisée.

FIH59 : Cap sur l’international
79e édition du festival d’Avignon : L’interculturalité face au chaos du monde
REPORTAGES7 / 15 / 2025

79e édition du festival d’Avignon : L’interculturalité face au chaos du monde

La question « Initiatives internationales et dialogue interculturel : quels enjeux aujourd’hui face au chaos du monde ? » est l’intitulé d’une conversation édifiante entre différents directeurs à la tête de structures culturelles, dont certaines existantes dans des pays sud et de la région Mena. Le sujet invite à une réflexion commune sur le rôle de la coopération internationale et du dialogue entre les cultures dans un contexte mondial marqué par l’instabilité, les conflits, les tensions identitaires et les bouleversements climatiques.


Par Haithem Haouel, envoyé spécial au festival d'Avignon


Les attachées culturelles de la Tunisie et du Liban, Fanny Rolland et Charlotte Aillet, représentantes à la tête des Instituts Français, ont éclairé l’audimat à travers leur travail à caractère culturel effectué dans ces pays respectifs où elles opèrent.


Au fil des rencontres de l’Institut Français programmé dans le cadre du festival d’Avignon, toujours en cours, leur prise de parole a suscité l’intérêt aux côtés de différents intervenants issus d’autres pays du monde : citons Mazen El Gharabawy, acteur, directeur et fondateur et président de «l’International Theater Festival For Youth–Sifty» de Sharm El Cheikh, en Egypte, Sacha Witowsky, responsable des appels d’offre d’arts et de culture (Etat de Goiàs au Brésil), mais aussi Heather Croall, directrice de l’Adélaide Fringe en Australie et d’EllinorFristorpRodén de l’Ecosse, représentant de l’Edinburgh Fringe.


Les initiatives internationales demeurent un levier de coopération, de paix et de compréhension, réalisé à travers le soutien financier et matériel aux artistes et à la scène culturelle. Ce même engagement favorise les échanges interculturels. Des espaces de dialogues avec les jeunes et les citoyens continuent de voir le jour face à des difficultés de taille.


Fanny Rolland, attachée culturelle à l’Institut Français de Tunisie, a traité de questions liées à l’actualité. Focus sur la pensée arabe et sa mise en valeur en langue française, particulièrement celle d’auteurs tunisiens, algériens, marocains, égyptiens. L’initiative de traduire des ouvrages favorise le dialogue interculturel, l’ouverture et la compréhension de l’autre. Le soutien à la publication d’ouvrages et leur traduction restent de mise.


L’attachée culturelle rappelle : «Nous valorisons les programmes de débats d’idées dans le but de favoriser les échanges et je cite aussi l’exposition ‘‘Ce que la Palestine apporte au monde‘‘, pensée bien avant le 7 octobre 2023, maintenue et qui a pris tout son sens par la suite».


Toujours dans le cadre de cette table ronde, le maintien du dialogue interculturel dans ce monde un peu chaotique a duré plus d’1h30. La Tunisie a été le point de départ « Des printemps arabes ». Questionner la migration chez les jeunes Tunisiens et rappeler le contexte géopolitique glissant, avec le génocide à Gaza est à l’odre du jour.


«J’ai rappelé la notion des résidences artistiques effectuée par l’IFT, en insistant sur la notion de réciprocité, qui reste importante pour nous en tant qu’institution culturelle, exemple de la résidence Salammbô». Commente Fanny Rolland. Elle poursuit : «Nous soutenons les artistes en Tunisie et également leur résidence en France comme dans le cadre de la cité des arts ou de la francophonie de Limoges». D’autres exemples d’outils que l’institut met en place pour soutenir le dialogue interculturel ou comment les trouver pour répondre à ce chaos : celui de la traduction de textes de penseurs et traducteurs s’est imposé. Il s’agit d’une solution parmi d’autres qui cède la place à différentes positions et idées dont le but est de favoriser le dialogue.


De quel chaos parle-t-on aujourd’hui ?


Dans un pays caractérisé par des identités multiples comme le Liban, la coopération peut être source de reconstruction. Peut -on réinventer la coopération et la penser autrement ? Charlotte Aillet, attachée culturelle à la tête de l’Institut Français du Liban, déclare que contre le chaos de la guerre, quand elle surgit dans un territoire, lutter contre devient extrêmement difficile et désarmant. Il faut donc en parler, dénoncer la guerre, et lutter contre l’effacement, le «Culturicide», comme celui en cours à Gaza.


«Cette tentative d’effacement total de culture est inacceptable. Après la Palestine, le Liban est dans la ligne de mire de cette suppression. Il faut qu’on continue à parler de ces cultures », déclare fermement Charlotte Aillet. Selon l’attachée, un autre chaos préoccupant est celui lié au climat.


Un danger qui reste menaçant, pesant. «Même si souvent on ne sait pas si, à travers la culture, on peut lutter contre ce danger». Commente-t–elle. Il reste le chaos idéologique ou économique à souligner également en ayant espoir de pouvoir accomplir quelque chose à travers le dialogue interculturel. Elle rappelle la nécessité de l’entretenir à la longue en espérant créer l’impact. L’urgence d’agir est fortement scandée !



79e édition du festival d’Avignon : L’interculturalité face au chaos du monde
Rencontres de l’IF au festival d’Avignon : Une ouverture sur la Méditerranée
REPORTAGES7 / 14 / 2025

Rencontres de l’IF au festival d’Avignon : Une ouverture sur la Méditerranée

Avec une édition 2025 organisée en hommage à la langue arabe, cette présentation de l’événement est en phase avec la ligne directrice du festival.


« La saison Méditerranée », le grand événement artistique annoncé qui englobe la région méditerranéenne, était au cœur d’une discussion, programmée dans le cadre des rencontres de l’Institut français à la 79e édition du prestigieux festival d’Avignon. Julie Kretzschmar, commissaire général de l’événement, a pris la parole aux côtés d’Ali Chahrour, chorégraphe libanais engagé de renom.


C’est dans l’enceinte de la collection Lambert, en plein cœur de cette ville berceau du théâtre mondial, que se sont rassemblés les professionnels du théâtre et de l‘événementiel artistique, régional et mondial autour de thématiques diverses et de préoccupations contemporaines. Tiago Rodrigues, directeur du festival d’Avignon, et Eva Nguyen Binh, présidente de l’Institut français depuis 2021, ont inauguré cette rencontre attendue avant de céder la parole à la commissaire invitée.


« La saison Méditerranée » est un événement d’envergure lancé en 2023. Sa prochaine édition, prévue en mai 2026, s’inscrit dans un cadre de coopérations culturelles solides en cours de consolidation avec l’ensemble de la région méditerranéenne, plus spécifiquement avec 5 pays, à savoir l’Algérie, la Tunisie, le Maroc, l’Egypte et le Liban. L’initiative tient à entretenir un mouvement qui vise à valoriser la diaspora nord-africaine. L’objectif est de soutenir des œuvres et projets émergents, la nouvelle vague d’artistes professionnels, porteurs de projets inédits en leur garantissant accompagnement, concrétisation et mobilité.


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Avec une édition 2025 organisée en hommage à la langue arabe, cette présentation de la « saison Méditerranée » est en phase avec la ligne directrice du festival d’Avignon. Partir à l’affût de différents styles de narration, divers vécus, imaginaires et fournir de l’aide à l’écriture restent prioritaires.


« La saison Méditerranée » œuvre à incarner d’une manière tangible plusieurs formes de coopération en visant à s’entourer de partenaires locaux solides qui nourrissent le travail artistique. Evoquer la mer méditerranée en tant que zone de vulnérabilité, face aux changements climatiques est aussi nécessaire. Julie Kretzschmar le souligne dans le cadre de son intervention et rappelle, par ailleurs : « Nous tenons à mettre en valeur les représentations alternatives qui conjuguent identités particulières et imaginaires prônées par une jeunesse de la diaspora, qui documente des récits de vie. A la façon dont cette diaspora les tisse et les élabore ».


La nouvelle création d’Ali Chahrour, « When I Saw the Sea », a été présentée en première française au Festival d’Avignon 2025, du 5 au 8 juillet à La FabricA.


Ce spectacle pluridisciplinaire mêle la danse, le chant et le théâtre pour raconter les récits de trois femmes — Zena Moussa, Tenei Ahmad et Rania Jamal — confrontées à la violence du système de la kafala au Liban, une forme d’esclavagisme moderne imposé aux travailleuses migrantes, notamment éthiopiennes et libanaises, exacerbée par les conflits armés. Nous y reviendrons !



Rencontres de l’IF au festival d’Avignon : Une ouverture sur la Méditerranée
L’échappée belle à Lourmarin
REPORTAGES7 / 1 / 2025

L’échappée belle à Lourmarin

Voyager éclaire et édifie, surtout quand on opte pour des circuits insolites ! Une aubaine que de se retrouver dans un village provençal rempli d’histoires, d’anecdotes et de traces indélébiles d’érudits qui l’ont traversé. Bienvenue à Lourmarin, un des 10 plus beaux villages de France, mais aussi cette toute petite commune où reposent des écrivains comme Albert Camus, le romancier français Henri Bosco ou l’auteur britannique Peter Mayle.


En groupe, nous nous sommes empressés de répondre à cette invitation au voyage. Par une journée d’été ensoleillée et à 36°, un soleil méditerranéen irradie vignobles, clairières et arbres ombragés. L’itinérance routière prend aussitôt des airs d’échappée dominicale. Notre route empruntée serpente des étendues de champs et des montagnes à perte de vue, nous donnant un avant-goût de l’esprit de villégiature qui règne dans ce joyau pittoresque du sud de la France, à 30 mn en voiture d’Aix en Provence et à 1 heure d’Avignon.


Des vignobles, certes, mais aussi des vignes, amandiers, ou oliveraies à couper le souffle bercent les 1.200 villageois vivant sur place, nichés au creux de la vallée du Luberon, au Vaucluse. Lourmarin est pittoresque à souhait : elle happe ses visiteurs par ses bâtiments historiques et sa faune et sa flore qui réjouiront les plus ornithologues d’entre nous.


Rendez–vous à l’ombre à 11h00 tapantes pour une visite passionnante, assurée par deux spécialistes du village, Florian Bouscarle, professeur des écoles, originaire de la région, accompagné de Michèle Stubbe Robinet. Le duo est connaisseur de l’histoire du Lourmarin, et spécialiste d’Albert Camus.


A travers leur travail associatif charnu, ils se sont consacrés à l’œuvre de ce pilier de la littérature française moderne en organisant de nombreuses conférences et événements littéraires tout public, autour de l’œuvre et la vie camusienne sur place, mais aussi dans d’autres régions. De nos jours, ils s’ouvrent davantage sur d’autres formats et activités littéraires et culturelles. Michèle et Florian ont organisé une conférence à succès autour de la vie d’Albert Camus, à Hammamet en 2022.

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Les retrouvailles se font au pied du «Château Renaissance», restauré depuis les années 20 et qui accueille toute sorte de concerts et d’événements musicaux depuis des décennies. L’édifice existe depuis 1480. Son restaurateur est Robert Laurent–Vibert. Le lieu accueille aussi résidences artistiques et expositions.


Son jardin surplombe le village, un petit paradis qui accueille insectes, oiseaux et poissons d’eau douce qui cohabitent en harmonie. Lourmarin est un village à moitié catholique et à moitié protestant. L’ancien donjon du premier château médiéval est visible de loin, tout comme la cloche qui sonne chaque heure et rappelle cet aspect spirituel et paisible. Au loin, un édifice fait office de temple protestant. L’architecture puise dans son époque médiévale. L’édifice a été bâti sous le règne de Napoléon Bonaparte sur des années.


Le village s’envole tel un colimaçon construit comme une coquille d’escargot et tient son nom du latin qui signifie «lieu marécageux», «nom légionnaire», ou plus probable «forêt marécageuse». Lourmarin tient son éclat grâce aux maires qui ont su la préserver en l’aménageant et en luttant contre les constructions anarchiques.


Plusieurs fontaines historiques jalonnent le village et sont classés monuments historiques depuis 1914. Le site a vu passer diverses civilisations dont les Maures ou Sarrazins et possède son histoire néolithique, qui est attestée.


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Lourmarin possède son centre-village jalonné de petits commerces et de cafés et restaurants gastronomiques. «Chez Gaby» offre salades fraîches et autres plats méditerranéens succulents. Lourmarin vit au rythme des touristes qui la traversent, spécialement en plein été. Ils peuvent ainsi profiter des marchés provençaux et leurs nombreux stands, et des marchés, avec leurs producteurs locaux d’huile d’olive, de miel, tomates, gibassié… et l’agriculture locale spécialisée davantage dans les vignobles des Côtes‑du‑Luberon (AOC) ou les cultures fruitières des cerises, amandes et huile d’olive.


La chocolaterie Zucchini et les pâtisseries Riquier font le bonheur des touristes et des locaux.


Artisanerie, culture, nature, faune, flore, gastronomie fusionnent harmonieusement dans cet écrin, situé entre montagnes, terres à perte de vue et forêts. Une destination qui a fait rêver intellectuels et écrivains et qui bouleverse toujours autant ses visiteurs. Albert Camus a écrit «Le premier homme» à Lourmarin avant d’y être inhumé.

L’échappée belle à Lourmarin
5e rencontre du Théâtre Arabe de Hanovre : Faire face aux maux de l’époque
REPORTAGES4 / 12 / 2025

5e rencontre du Théâtre Arabe de Hanovre : Faire face aux maux de l’époque

C’est au pavillon de Hanovre, en plein cœur de la ville, qu’un cri d’humanité a résonné au fil des discours tranchants et concis, donnés par l’équipe engagée derrière l’organisation de cet évènement d’envergure, alternatif et distingué. Cette 5e rencontre, appelée aussi « Le Magma Project », met en exergue un théâtre arabe libre, universel, ancré dans son époque.


Par Haithem Haouel, envoyé spécial à Hanovre


De nos jours, on reconnaît l’engagement et l’impact d’un geste artistique ou d’une manifestation culturelle par la portée de son message et des missions qu’elle prône, et ce, partout dans le monde… y compris en Allemagne.


«Magma Project», ou la 5e rencontre du théâtre arabe à Hanovre, démarre en présence de son équipe, d’invités, d’artistes et de journalistes. Aux allures d’une rencontre intime et prolifique, très loin d’une cérémonie d’ouverture pompeuse, le festival voit défiler sur sa petite scénette située au pavillon artistique de la ville quelques acteurs culturels, les membres de l’équipe, à l’initiative du «Magma Project», et d’universitaires et docteurs.

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Ce rendez-vous sobre s’érige tout en simplicité et pertinence et célèbre le démarrage de cette manifestation engagée, qui existe déjà depuis une quinzaine d’années. Elle crie les maux d’une région Mena / Arabe, secouée depuis par des bouleversements sociopolitiques et qui, depuis, tel un «Magma volcanique», ne cesse de bouillir.


Ponctuée par des intermèdes musicaux interprétés par la virtuose Marie Awadis, la levée du rideau s’est déroulée en paroles libres rappelant l’essence même de ce rendez-vous en langue allemande et en arabe et s’est clôturée en guise de fin par «Bells of Hope», un morceau musical envoûtant interprété toujours par Marie Awadis au Piano.

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Sabine Trötschel et Abdulrahman Alqalaq, deux membres de l’équipe, inaugurent la soirée et citent en premier les difficultés qu’ils ont eu à convier les collègues, alliés et invités de Beyrouth, au vu du contexte actuel de guerre qui prime. Une situation chaotique qui en cache une autre, celle liée à la libre circulation et aux visas imposés qui ont surtout posé des problèmes auparavant, moins cette année. «Beyrouth» est toujours sous les bombes à l’heure actuelle. Les deux membres rappellent la création du projet «Magma», sa pérennité et son importance dans une époque aussi complexe. «L’humanité écrasera tout ce qu’il y a de plus vil dans la politique », conclut le duo.


Le ministre des Sciences et de la Culture, Falko Mohrs, a pris la parole en soutien à la manifestation en rappelant l’effort et le travail immense des artisans du 4e art dans le monde, à Hanovre et dans le monde arabe. «Le théâtre est un art caractérisé par la diversité, la création et par les problématiques actuelles qu’il met toujours en valeur, avec une perpétuelle transmission de génération en génération et une pertinence ressentie, au-delà des frontières et des cultures. Le théâtre est une initiation aux dialogues, à l’échange, au débat fructueux et prospères entre les nations et les cultures».

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«The Waterproofed Artist» de Youness Atbane


Un solo dansant ponctué de silence et de discours directs s’est déroulé sur une heure de temps face à un public nocturne aux aguets, prêt à découvrir la création scénique de Youness Atbane, titrée «L’artiste imperméabilisé». Une création autour du décolonialisme vu par l’artiste, qui puise dans sa vie, au vécu entre deux rives de la Méditerranée pour questionner l’époque autrement.


C’est le post-décolonialisme qui est surtout sujet à l’interrogation au fil de différents thèmes traités. Futuriste, la création plonge le spectateur dans un avenir imaginé autrement. Youness Atbane, artiste polyvalent, se glisse dans différents rôles, tout en ayant un sens critique aigu et jusqu’à pointer du doigt une politique artistique répressive et colonialiste.


Sa création se passe en 2048, dans une biennale (fictive) de Venise. Atbane questionne les métiers de l’art, les mécanismes douteux mis aux service du marché de l’art et la domination culturelle.

5e rencontre du Théâtre Arabe de Hanovre : Faire face aux maux de l’époque
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