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« Belfast » de Kenneth Branagh : Histoire d’un déracinement
REVIEWS & CRITIQUES3 / 27 / 2022

« Belfast » de Kenneth Branagh : Histoire d’un déracinement

Le noir et blanc sur grand écran continue de conquérir le box-office. « Belfast » de Kenneth Branagh sort dans toutes les salles du monde : l’accueil commercial et critique est au rendez-vous, puisqu’il rafle, déjà, pas moins de 7 nominations aux Oscars. Le long métrage s’arrête sur une période houleuse du XXe siècle, marquée par des affrontements entre civils à caractère religieux.


« Belfast » raconte la chasse des catholiques, vue à travers les yeux de Buddy, un enfant de 9 ans, qui grandit au sein d’une famille d’ouvriers respectée, au nord de la cité de « Belfast ». Ils résident dans un quartier paisible de cette grande ville ouvrière dans lequel protestants et catholiques y vivaient ensemble en parfaite symbiose, jusqu’au jour où des émeutes violentes éclatent : c’était en plein été 1969. Le déchirement commence alors et pour Buddy et pour ses deux parents, incarnés par Jamie Dornan et Caitriona Balfe, qui font face à une vague de violence sans précédent : leur sécurité devient leur principal souci. Les parents, les grands-parents et les enfants, au sein de cette famille, tiennent toutes et tous par tous les moyens à leur terre, refusant de partir. A travers les yeux de cet enfant cadet, tout un paysage chaotique s’est créé, fait de sectarisme, de séparatisme entre bons et méchants, pieux catho ou protestants, banditisme, délinquance, conflits et frontières entre communautés.


Une guerre civile était définitivement lancée. Le réalisateur du film s’est librement inspiré de son enfance et de son propre vécu pour reconstituer cette époque tragique de l’histoire de l’Irlande du Nord.


L’enfant acteur Jude Hill, principal personnage du film, interprète remarquablement bien le rôle de Buddy : sens de la répartie, énergie, humour débordant, légèreté, réflexions d’adultes et sensibilité soulèvent l’histoire et sa trame, face à des parents à la présence physique électrique et au jeu d’acteur sobre et élégant : un duo solidaire pour sauver leur famille et aspirer toujours ensemble à une existence meilleure, dans l’ici ou l’ailleurs. Il est difficile d’évoquer cette guerre civile sans dessiner ce dialogue générationnel entre enfants (Buddy et son frère), leurs parents, et la génération des grands-parents, interprétée par Judi Dench et Ciaran Hinds. Deux personnages âgés à la présence apaisante, touchante et même drôle, mais dont l’existence est peinte volontairement dans le film d’une manière creuse et superficielle.


« Belfast » a le mérite d’être authentique et sincère dans son propos : le réalisateur était soucieux de ne pas peindre autrement l’histoire, mais plutôt de la raconter différemment.


Quelques références à un cinéma d’antan sont glissées, notamment un clin d’œil à l’ancienne version de « Thor » que Branagh finira par réaliser en 2011. L’esthétique du film est incontestablement son point fort : «le noir et blanc» utilisé accentue les sentiments, les ressentis et l’aspect émotionnel chez les personnages n’est pas forcément synonyme de drames ou de malheurs : il met même en exergue les décors, les costumes, la mimique des protagonistes.


Riche aussi d’une mise en scène maîtrisée, « Belfast » rappelle incontestablement d’autres scénarios ayant eu beaucoup de succès ces derniers temps citant « Jojo Rabbit » de Taika Waititi, qui raconte la chute de l’Allemagne nazie à travers les yeux d’un enfant, ou le Mexique de l’enfance d’Alfonso Cueron, reconstitué dans « Roma », également filmé en noir et blanc. Branagh prouve une fois de plus que les Marvel ne sont pas son seul dada. Distribué par Pathé BC Afrique, le film est programmé actuellement dans les salles tunisiennes.

« Belfast » de Kenneth Branagh : Histoire d’un déracinement
Guillaume Perret au « Sicca Jazz » : Un hymne sonore à la paix
REVIEWS & CRITIQUES3 / 18 / 2022

Guillaume Perret au « Sicca Jazz » : Un hymne sonore à la paix

Une spirale de sons s’est abattue sur les hauteurs du Kef, en plein mois de mars, à l’occasion du concert attendu de Guillaume Perret, saxophoniste et jazzman français, venu présenter en exclusivité «Simplify», son dernier projet en date.


«J’ai choisi de vous le présenter, en première, public tunisien, en y apportant peut-être quelques changements à l’avenir», déclare l’artiste, enthousiaste face à un public médusé. Sa musique, sur plus d’1h15, électrise à souhait, par son mélange inédit entre jazz, électro, et quelques touches d’heavy métal, et son oriental. Une maîtrise instrumentale précise qui tombe dans l’oreille d’un mélomane.


Perret, accompagné de Tao Ehrlich aux drums, s’empare de la scène du Centre des arts dramatiques et scéniques du Kef, ne communiquant qu’à travers sa musique. Son répertoire, préparé à l’occasion, paraît insaisissable au départ, jusqu’à ce qu’il prenne une dimension singulière et universelle particulière. Une musique festive et gaie qui parvient à conquérir. Trêve de frontières entre genres musicaux présentés sur scène, l’artiste affiche de loin sa caractéristique : De la musique Jazzy électro, génératrice d’émotions diverses.


Ce concert, le deuxième pour Perret, est effectué dans le cadre du « Sicca Jazz». Son genre musical est puisé dans les cultures du monde. L’artiste pioche dans le patrimoine musical de nombreux peuples et contrées et l’insuffle dans ses compositions, comme celles qui font le projet «Simplify». Une musique qui s’adresse aux peuples du monde, hymne sonore à la paix, à la tolérance et pour un monde ouvert. Le projet «Simplify», titré «simple» en anglais, reste ficelé, et musicalement élaboré. Au bout d’1h15 de temps, Perret part sous les applaudissements, et en présence sur scène des artistes Mahdi Nassouli et Karim Ziad. Les deux viennent annoncer leur prochaine soirée, attendue pour le 17 mars 2022 (hier). La ville du Kef continue à vivre au rythme de cet événement musical d’ampleur dans la région, habituellement, maintenu à la Kasbah. La scène libre du festival ne s’est pas tenue dans la journée du 16 mars 2022. D’autres noms viendront enrichir et la petite scène et la scène principale du «Sicca Jazz». La clôture est attendue pour le 20 mars 2022.

Guillaume Perret au « Sicca Jazz » : Un hymne sonore à la paix
«Moez : Le bout du Tunnel»  : Course-poursuite éparse
REVIEWS & CRITIQUES3 / 2 / 2022

«Moez : Le bout du Tunnel» : Course-poursuite éparse

Le premier long-métrage de Mohamed Ali Nahdi puise dans des évènements majeurs qui ont fait et défait l’actualité houleuse, et souvent violente d’une Tunisie postrévolutionnaire, entachée par des dérives terroristes, depuis le déclenchement de la Révolution de 2011. Nécessaire, certes, mais redondant.


L’histoire peint une Tunisie amochée par une crise politique majeure, celle de 2011 et de sa dite «révolution du Printemps ou du Jasmin». Le scénario resitue son public dans une période de la Tunisie qui paraît lointaine, et rafraîchit la mémoire d’un peuple tunisien, jusqu’à nos jours, meurtri mais résistant, à l’aide d’images d’archives, de reportages médias vrais, tout en relatant l’histoire de Moez. Ce jeune Tunisien est issu d’un milieu défavorisé, dont le rêve est de devenir comédien, et qui voit sa vie prendre un tournant inattendu, un jour, lors d’une interpellation policière. Le destin de Moez se confond avec celui d’un fanatique religieux beur aux desseins dangereux. Commence alors une course-poursuite pour semer les autorités, jusqu’à immersion dans l’endoctrinement religieux et la fabrique du terrorisme, ou comment créer des bombes humaines à retardement.


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Sans beaucoup dévoiler l’intrigue exacte, le film oscille entre scènes d’action, d’affrontements entre forces de l’ordre et courants extrémistes. Moez se retrouve embourbé dans une situation qui le dépasse, aux répercussions conséquentes et sur sa personne, mais aussi sur sa famille et ses proches. Démuni, il se laisse happer dans une succession d’évènements… jusqu’à voir une lueur au bout du tunnel ?


Les échanges des deux protagonistes dévoilent au fur et à mesure un aspect de leurs deux personnalités, deux hommes totalement à l’opposé l’un de l’autre, mais qui finiront par tracer ce bout de chemin périlleux ensemble et malgré eux.


«Moez : Le bout du tunnel» est un essai sur grand écran qui fusionne fiction et aspect documentaire. En alternant récit fictif et véritables extraits de faits réels, comme les attaques terroristes au musée du Bardo, ou des reconstitutions, comme le meurtre de feu Chokri Belaïd, le spectateur se perd dans des scènes saccadées, à la portée initialement nécessaires. Les deux acteurs principaux Saïf Manaï et Akram Mag portent le film tout au long de cette route périlleuse vers la mort. «Moez : le bout du Tunnel» est une histoire fictive virevoltante, vue et revue, traitée différemment dans un nombre incalculable de films étrangers et tunisiens. Un long-métrage qui se distingue, néanmoins, par son aspect documentaire utile, contre l’oubli.


Ce projet devait être une série télévisée avant de se convertir en long-métrage, qui a pris des années à voir le jour. Leïla Chebbi, Slah Msaddak, Lamine Nahdi, et des acteurs, comme Mohamed Ali Midani et Moncef Aguengui sont à l’affiche. Après une série de courts-métrages, Mohamed Ali Nahdi souligne la nécessité de s’arrêter sur cette époque difficile de l’histoire de la Tunisie.

«Moez : Le bout du Tunnel» : Course-poursuite éparse
Exposition «La Thébaïde», De sol y tu, (De soleil et toi) de Nao Maltèse : Autour de la solitude
REVIEWS & CRITIQUES2 / 12 / 2022

Exposition «La Thébaïde», De sol y tu, (De soleil et toi) de Nao Maltèse : Autour de la solitude

C’est lors d’une expo-vente organisée au Kram sur 4 jours que « La Thébaïde », De sol y tu, un recueil de poèmes de Naomi Nantois Meadows, illustré par Mari Eyries, a été présenté au public. Le recueil a été autoédité et imprimé en risographie.


Les deux conceptrices du recueil et de l’exposition, connues aussi sous le nom de « Nao Maltèse » et « Mewsgraphics » étaient présentes pour ce lancement, inauguré dans un lieu privé. En premier lieu, elles invitent les visiteurs à voir, pendant quelques minutes, dans une chambre, un film court qui immisce les visiteurs dans un univers de poésie illustrée et lue à haute voix, avant de leur faire découvrir, ensuite, le contenu de la petite exposition de « La Thébaïde – De sol y tu ». Tableaux, cartes postales, recueil en deux versions, sont disponibles en édition limitée.


La majorité des textes poétiques de Nao Maltèse ont été rédigés il y a trois ans dans le lieu où a été organisé l’événement. La thématique générale qui traverse l’ouvrage est bien « La solitude ». Le titre « La Thébaïde », se réfère à un endroit isolé, lointain, dans lequel une personne peut se recueillir en solitaire, se retrouver, être en paix avec elle-même. Naomi et Mari sont amies d’enfance. Mari, qui est graphiste, faisait partie des rares personnes qui connaissaient les poèmes de Nao. Elles ont, au final, fusionné leur travail. Mari a donné libre cours à son inspiration pour pouvoir illustrer cette poésie, en technique risographique, et autres. Une technique distinguée qui donne une texture unique aux impressions.


Ce travail a été retardé maintes fois à cause de la pandémie du covid-19. Le recueil a été édité à Paris. D’autres événements, au-delà de ces trois jours, se tiendront sur Tunis. Tout a été autofinancé pour ce premier rendez-vous avec le public. Un chapitre qui s’appelle « Quiproquo » paraîtra prochainement.

Exposition «La Thébaïde», De sol y tu, (De soleil et toi) de Nao Maltèse : Autour de la solitude
«Nos âmes d’enfants » de Mike Mills : Humble mais lassant
REVIEWS & CRITIQUES2 / 9 / 2022

«Nos âmes d’enfants » de Mike Mills : Humble mais lassant

Le réalisateur montant, Mike Mills, continue à tisser ses derniers longs métrages autour des relations familiales. En noir et blanc, «Nos âmes d’enfants», actuellement dans les salles, traite du thème de la parentalité, avec, à l’affiche, un Joaquin Phoenix bouleversant d’humanité, une esthétique prenante… Dans le but d’éclipser un récit creux ?


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Mike Mills a déjà exploré la figure paternelle dans «Beginners», et celle de la mère dans «20th Century Women». Dans «Nos âmes d’enfants», c’est sur «l’Enfant» qu’il se focalise, en tant que réalisateur et scénariste. Le film s’ouvre sur la vie trépidante et le quotidien très prenant d’un journaliste qui donne libre parole à des jeunes afin qu’ils puissent s’exprimer sur leur avenir sur les ondes de son émission radio. Parallèlement, Johnny entretiendra un lien très fort avec son neveu, qu’il doit garder quelque temps. Sa sœur Amanda le lui livre afin de pouvoir régler une urgence. Un parallélisme s’installera : deux axes seront développés, celui de l’intérêt du journaliste pour «l’avenir des jeunes», sujet entretenu dans le cadre de son travail et sa relation qui le lie à son neveu qui deviendra de plus en plus étroite malgré ses prises de tête et ses égarements.


L’enfant, tel qu’il est interprété dans le long métrage, est fort de sa parole, porteur de réflexions et de messages existentiels (un peu trop lucides pour son âge), ce qui nuit à la crédibilité du personnage. Ce journaliste transpose son sens de l’humanisme dans ces interviews accordées aux enfants et aux jeunes, vivant à travers les Etats-Unis : il est à leur écoute, les situe dans leur environnement, tente de sonder leurs craintes, leurs peurs, leurs déceptions, mais également leurs aspirations et leurs rêves. Des atouts qui transparaissent également dans son lien édifié avec cet enfant curieux, turbulent, et bavard par moments. L’esthétique en noir et blanc était un choix assumé, révélateur d’un univers recherché qui servirait à souligner «l’humain» dans ce récit. Dès le début de la rencontre entre l’adulte et l’enfant, leurs deux existences s’entrechoqueront avant de se synchroniser peu à peu. Un éloge de cet écart générationnel est dressé dans le film.


Le neveu qui questionne le monde sans cesse, à travers sa relation entretenue avec l’oncle, reflète ce récit de la vie racontée avec toute sa maladresse et sa linéarité. «C’Mon C’Mon», dans son titre original, est riche visuellement, esthétiquement, musicalement et parvient à sublimer un Joaquin Phoenix, qui change impeccablement bien de registre, mais il reste à la surface et peine à conquérir.

«Nos âmes d’enfants » de Mike Mills : Humble mais lassant
« Are you Lonesome Tonight ? », de Shipei Wen : Thriller chinois
REVIEWS & CRITIQUES1 / 23 / 2022

« Are you Lonesome Tonight ? », de Shipei Wen : Thriller chinois

Signé Shipei Wen, « Are you Lonesome Tonight ? » est un thriller, attendu prochainement dans les salles européennes et tunisiennes. Présenté en séance spéciale à Cannes en 2021, le film happe son public de bout en bout durant 1h35. Le public tunisien a eu l’opportunité de le découvrir presque en exclusivité lors des dernières Journées cinématographiques de Carthage.


A l’affiche du film, les deux acteurs Eddie Peng et Sylvia Chang saisissants de justesse. « Are You Lonesome Tonight ? », l’intitulé du film, fait échos à la célèbre chanson d’Elvis Presley, du même nom. Titre anglais, poétique, sensible… qui ne reflète clairement pas l’histoire du film. L’intrigue s’ouvre sur un jeune homme confronté à la difficulté de se remettre d’un accident de la route commis sans préméditation. Un accident grave qui finit par le hanter au point de le rendre intrusif et assoiffé d’en savoir toujours plus sur sa victime. En effet, le personnage principal heurte un homme et le tue, mais les évènements qui se sont succédé après ne se sont pas déroulés sans conséquences graves.


Ce jeune homme, persuadé d’avoir provoqué une mort accidentelle, finit par développer une relation ambiguë, avec la veuve de la personne décédée. Parallèlement, le policier, chargé de l’affaire, tente difficilement de la résoudre et endurera des répercussions considérables.


Le drame s’ouvre sur une relation dérangeante, qui commence à se tisser entre le criminel et la veuve éplorée du défunt. Les évènements, peu à peu, prendront une tournure inattendue, visant à mettre en lumière les dessous de cette mort douteuse. Le polar, qu’on aurait bien vu en noir et blanc, reste esthétiquement riche en couleurs, sur fond de rythme lent mais captivant jusqu’au bout. La structure du film totalement maîtrisée est le point fort de ce long métrage axé sur le deuil, la perte de repères, le doute, les relations humaines en dents de scie et la recherche effrénée d’un réconfort, d’une paix intérieure et sociale, et de la possibilité de se racheter.


Scènes longues assumées, rebondissements inattendus et moments forts, qui s’abîment dans la durée, font la force de l’intrigue, qui se délie finalement tout en restant ouverte. L’histoire lève le voile sur une Chine fragilisée par un contexte sociopolitique pesant et donne le ton à des personnages souvent intrigants, errants, voire violents. Une atmosphère déroutante qui ne manquera pas de désarçonner à son tour son public.

« Are you Lonesome Tonight ? », de Shipei Wen : Thriller chinois
« Portraits de femmes » de Fatima Maaouia : Une poésie féminine
REVIEWS & CRITIQUES1 / 18 / 2022

« Portraits de femmes » de Fatima Maaouia : Une poésie féminine

« Portraits de femmes » de Fatima Maaouia, publié aux éditions Nirvana, est un éventail de textes poétiques, illustrés par Faouzi Maaouia, autour de nombreuses femmes issues de la rive sud de la Méditerranée aux profils diversifiés. Les textes les racontent et reflètent leurs récits de vie.


Des femmes lambda, méconnues, qui subsistent à leurs besoins, qui sont battantes, résistantes aux aléas de la vie et présentes pour leurs proches. Femmes paysannes ou citadines, analphabètes ou instruites, artisanes, femmes au foyer, aux sensibilités diverses et à la personnalité flamboyante, marquante, parfois, discrète. Au gré des pages, et à travers une poésie attrayante, le recueil se lit d’une seule traite et berce le lecteur.


Souvent poétiques, les textes ont l’allure de balades, de nouvelles, d’hymnes, fourrés d’humour, et chantant l’appartenance à la patrie et aux origines tunisiennes. Les textes défilent comme des images, racontant la résistance féminine, dans une culture millénaire certes patriarcale, mais qui reste diverse, riche de ses multiples cultures et de son histoire. Dessins et lettres poétiques se chevauchent, donnant au final un récit poétique complet, dédié à la Tunisienne, à ses combats, ses déboires, sa détresse, ses petites victoires. Leurs apparences distinguées et diversifiées reflètent, à travers les dessins de Faouzi Maaouia, leur jovialité, leur soif de vie, leur ténacité, leur résilience, des combats et des sacrifices. Des textes porteurs de sensibilités et générateurs d’humour et d’émotions.


« Portraits de femmes » est préfacé par Monique Akkari, et composé de 16 pièces poétiques titrées par des prénoms féminins : Katia, Amélie, Nedjma, Alissa, Hinda, Hidhba, Zaâra, Néjia, Ommi Sissi, Ruba, Ommi Sissi Sissiya, Fatma, Kehna, Chahla, Jara et Rahma. « Portraits de femmes » est un livre grand format qui met en valeur l’art du dessin et de l’illustration, et les textes poétiques. Fatima Maaouia a publié en 2001, chez « L’Etoile du nord », « L’alouette bleue », « Les frères siamois », en 2002 et a participé dans des ouvrages collectifs, portant le combat et la voix des femmes. « Portraits de Femmes » est actuellement en vente.

« Portraits de femmes » de Fatima Maaouia : Une poésie féminine
«Streams » de Mehdi Hmili : Drame dense
REVIEWS & CRITIQUES1 / 17 / 2022

«Streams » de Mehdi Hmili : Drame dense

Le public pourra découvrir dans toutes les salles tunisiennes le 2e long métrage de Mehdi Hmili. Annoncé comme un drame, le film a été projeté au festival de Locarno et au Caire, avant d’être présenté en Tunisie. A l’affiche, Afef Ben Mahmoud, Zaza, Sarah Hannachi et une poignée de jeunes acteurs.


Le long métrage relate la déchéance d’une mère, Amel, et de son fils Moumen, jeune adolescent, des suites d’une malencontreuse arrestation de cette dernière, pour «atteinte aux bonnes mœurs sur la voie publique, d’adultère et de prostitution». L’incident a eu de graves répercussions sur sa vie personnelle, professionnelle et sociale. Elle, qui travaille comme ouvrière dans une usine, cherchait à pistonner son fils Moumen, footballeur talentueux afin de le propulser. Elle s’adresse donc à Imed, homme d’affaires puissant, qui accepte de l’aider, mais tente de la violer en retour. Après s’être faite épingler par la police, le fils se retrouve livré à lui-même et s’abîme dans une violente déchéance : drogue, milieu de la nuit, prostitution masculine, alcoolisme et mauvaises fréquentations dans les abysses d’une capitale glauque et dangereuse… Des mois, plus tard, sa mère sort de prison et entame une recherche effrénée pour le retrouver.


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Le film est une succession d’événements dramatiques, centrés sur une femme et son fils, issus d’un milieu d’ouvriers modeste, et vivant avec un mari, totalement absent. Tout s’est enchaîné de la pire des manières pour les deux personnages, sur presque 2h00 de visionnage. Le film est dense en événements et exprime frontalement une brutalité urbaine, sociale, et policière. Le rapport mère-fils est dissolu pendant tout le film dans de la violence condensée. «Streams» prend les allures d’un thriller tunisien, dans lequel meurtres, magouilles, banditisme s’entassent : vie nocturne, communauté LGBTQI++, hommes farouches, police violente, misogynie, homophobie, toxicomanie… Tout y est ! L’interprétation de Zaza dans son premier rôle sur grand écran est remarquable, ainsi que celle des jeunes comédiens.


Le film a été projeté au festival de Stuttgart en Allemagne, et est sélectionné dans d’autres festivals, comme le Zurich Film Festival, Film francophone de Namur, la Mostra de Valencia, et au Festival méditerranéen de Montpellier. L’actrice principale du film, Afef Ben Mahmoud, a remporté le prix de l’interprétation féminine au Festival International du Caire, là où s’est déroulé la première arabe de «Streams». Mehdi Hmili s’est fait connaître avec son premier long métrage «Thala mon amour » en 2016.



«Streams » de Mehdi Hmili : Drame dense
« The Wasteland » d’Ahmad Bahrami : Une expérience sensorielle
REVIEWS & CRITIQUES1 / 16 / 2022

« The Wasteland » d’Ahmad Bahrami : Une expérience sensorielle

Immersif à souhait, le long métrage iranien d’Ahmad Bahrami «The Wasteland» déroute surtout par sa maîtrise exceptionnelle de la caméra et par la construction de son scénario. Un ovni iranien que les cinéphiles espèrent voir prochainement sur grand écran.


En version originale, «Dashte Khamosh» est une expérience cinématographique forte d’un langage éloquent nouveau : il parvient à transmettre d’une manière implicite les états d’âme des personnages, les ressentis divers émanant de leurs errances et de leurs échanges, et d’accorder au spectateur une libre interprétation.


Résumer le film, c’est le réduire : l’histoire est construite autour du personnage de Lotfollah, qui est un superviseur d’usine de briques, servant d’intermédiaire entre les ouvriers et le patron. C’est dans cette usine et ses environs que le public est entraîné et fera la connaissance aussi d’un patron, qui, à un moment précis, annonce à ses ouvriers, composés de plusieurs ethnies, la fermeture de l’usine. Une succession d’événements, narrée presque au ralenti, se déroulera. Et pour Lotfollah, garder Sarvar, la femme qu’il aime, indemne, reste primordial.


En noir et blanc, le réalisateur raconte une fiction dystopique d’un réalisme saisissant, tournée dans des décors bruts. Dans un élan de ralenti, l’étau se resserre autour des travailleurs de l’usine et du personnage Lotfollah. La scène centrale du discours du patron s’adressant à différentes foules est récurrente : une manœuvre qui rappelle l’impact de l’événement sur le devenir du récit. La narration est schématisée jusqu’à impliquer Sarvar, la bien-aimée de Lotfollah. Une répétition qui met en relief un aspect socio-philosophique riche, puisqu’en s’adressant à différentes ethnies, ce patron parle à de nombreuses personnes, évoquant ainsi différentes problématiques liées à la superstition, les croyances, les relations extraconjugales, le racisme, les mœurs… Autant de thématiques sociales évoquées simultanément avec la chute de l’usine, et un patron soucieux omniprésent, essayant de trouver des alternatives à cet échec. Mais le personnage de «Lotfallah» reste tragique par excellence : digne et résistant, il garde le cap en pleine spirale. Un homme caractérisé par son sens de la loyauté et du sérieux à côté de Sarvar, un personnage féminin discret, mais intriguant. Le cinéma de Bahrami est fort d’une esthétique nouvelle sur grand écran qui interpelle. Ce film a été présenté à la Mostra de Venise de 2020 et n’est pas encore sorti dans plusieurs pays. Il a été néanmoins projeté pendant les JCC 2021 à Tunis, en présence de son réalisateur. A l’affiche, les deux acteurs Mahdieh Nassaj et Ali Bagheri.

« The Wasteland » d’Ahmad Bahrami : Une expérience sensorielle
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