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Brocanteurs et antiquaires exposent à la Marsa : Une invitation à la découverte
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 6 / 26 / 2022

Brocanteurs et antiquaires exposent à la Marsa : Une invitation à la découverte

Un évènement dédié aux brocanteurs s’est organisé sous les gradins de la salle de sport Raja-Haider à La Marsa : lieu insolite qui fait office, depuis quelques semaines, d’un salon de brocanteurs, venus exposer et vendre toutes sortes de pièces rares, uniques, souvent anciennes, mais aussi modernes.


Dès 8h00, les exposants se ruent sous des gradins, prêts à accueillir une clientèle souvent curieuse, amatrice d’objets rares, collectionneurs, ou de passage dans cette zone de la Ville de La Marsa. Un quartier très fréquenté par les habitants et les visiteurs, puisqu’il donne sur l’autoroute principale. Un endroit stratégique, bien indiqué, qui ne laisse pas indifférent, même sous un soleil de plomb. Dans la journée, les visites restent peu fréquentes, mais en fin d’après-midi, le lieu est plus vivant, frais et animé et reste ouvert jusqu’à 22h00. La municipalité a autorisé le maintien de cet évènement pendant les weekends et durant l’année.


Des objets de décoration, théières, assiettes, bols, services, tasses de thé, de café, de l’argenterie, des miroirs, des chinoiseries, d’anciennes portes, cadres en tout genre, tables, bibelots, mugs, chaises, fauteuils, tapis, poignées de portes longent la longue allée sous les gradins du complexe sportif, à l’ombre. Une aile du lieu qui reste facilement accessible grâce à une indication visible sur la route. Cette enfilade d’arcades, occupées par des brocanteurs, désireux de vendre, paraît comme un marché de brocante, pas différent de ceux qu’on trouve à Paris ou dans des villes européennes. Ce marché/salon réunit des brocanteurs-participants, venus de plusieurs régions, qui vendent des antiquités, certes, mais aussi des nouveaux objets.


Ce salon d’antiquité se tiendra encore à l’année sous la houlette de ces 23 brocanteurs-organisateurs qui ont relevé le défi. «Le salon a été pensé comme un marché aux puces d’antiquités, maintenu dans une ambiance accueillante et festive. Les brocanteurs ont ramené le meilleur à exposer de chez eux à l’occasion. «Au lieu de le faire chez eux, ou dans leurs lieux de vente, autant le faire ici», déclare Mme Lilas Abbès-Turki, brocanteuse. Les visiteurs auront l’embarras du choix entre découvrir, regarder, acheter, avoir plusieurs avis, connaître des anecdotes ou être conseillés. C’est aussi l’occasion de se créer des liens entre passionnés, spécialistes en brocanteries et antiquaires.

Brocanteurs et antiquaires exposent à la Marsa : Une invitation à la découverte
Dora Dalila Cheffi, artiste peintre et visuelle  : «Je me suis réconciliée avec mes deux identités»
ENTRETIENS6 / 22 / 2022

Dora Dalila Cheffi, artiste peintre et visuelle : «Je me suis réconciliée avec mes deux identités»

« Prestige », accessible au B7L9 jusqu’au 17 juillet 2022 est une exposition vécue comme une déambulation dans les us et coutumes festifs des mariages tunisiens. Créer en fusionnant humour, couleurs, savoir et fantaisie, Dora Dalila Cheffi parvient à retenir l’attention de son public. L’artiste se confie sur ce qu’elle considère comme son « mariage » attendu.


«Prestige» est votre toute première exposition d’envergure maintenue au B7L9 à Bhar Lazreg. Une exposition qui vous tient particulièrement à cœur…


J’ai fait deux expositions solo auparavant, mais c’était des projets indépendants, minimes. Une autre exposition collective à Paris a eu lieu, sous la pandémie. Je suis également passée par la galerie Selma Feriani, une galerie danoise, et même à « Gabès Cinéma Fen », dans sa 4e édition récemment, dans la section K.OFF. Je suis impatiente de mener à bout cette exposition, ce travail. Je suis curieuse de montrer mon travail en Tunisie pendant toute cette période, mais également de le présenter en Finlande. Après l’université, je suis rentrée en Tunisie. Je me demandais comment être visible en Finlande, en étant ici. Mes deux identités devaient être visibles dans mon travail. C’est important pour moi. Je reste très curieuse à l’idée de voir comment va être reçu mon travail en Finlande éventuellement.


«Prestige» est une exposition tournée essentiellement vers la thématique du mariage. D’où viennent cette fascination et cet intérêt ?


Quand j’étais plus jeune, je venais chaque été à Sfax chez la famille de mon père et à chaque fois, j’assistais à un mariage. En Finlande, c’est un tout autre rythme de vie. J’étais fascinée par l’ambiance, l’atmosphère, les us et coutumes. L’aspect carnavalesque et kitch m’impressionnait. Les mariages et celles et ceux qui prennent part à cette fête sont mis sur leur trente et un à leur manière. Ils se ressemblent, sont habillés presque de la même manière, ont presque la même attitude. Leur frénésie identique m’attirait. Esthétiquement et à mes yeux, c’était attrayant.


Mais votre rapport au mariage tunisien n’est pas juste esthétique…


Evidemment. Il y a certes l’aspect esthétique, mais aussi le social. Il y a des degrés. Personnellement, j’ai commencé à découvrir cet univers quand je suis arrivée ici. A chaque fois, ce sont des questions qui se posaient, des tableaux qui s’ancraient dans ma tête. Des mots qui me sont lancés : «Quand est-ce que tu vas te marier ?» Et tout le jargon et les souhaits qui vont avec le mariage typique tunisien, son déroulement. J’ai donc décidé d’offrir à mes proches un mariage : cette exposition, ce vernissage.


L’exposition «Prestige» est vécue comme une immersion, un éventail de rencontres, illustrés avec de la céramique, de la sculpture, de la peinture et de l’art visuel…


J’ai effectué une performance avec «Rafram» pendant le vernissage. On m’a donné carte blanche au B7L9. Les tableaux qu’on voit dans l’exposition sont le fruit de repérages, de moments, de souvenirs, d’une longue période d’observation, de réflexion, avec un clin d’œil à la culture juive et qui rappelle «Rafram». Rafram est un artiste. Il performe et il est passionné de cuisine. Il est chef culinaire spécialiste et, depuis son retour en Tunisie, il se focalise sur cette spécialité. Je l’ai approché : il m’a parlé des traditions juives en Tunisie et je l’ai fait participer à ce travail.


Le clin d’œil à la mixité des cultures est-il prémédité ?


Je suis mixte. J’ai deux cultures : la tunisienne et la finlandaise. Quand j’ai pris conscience des traditions en Tunisie et des habitudes typiques dans notre pays, je me suis rendue compte que les gens ne faisaient que s’imiter. Il ne s’agit pas d’esprit religieux forcément. L’habit traditionnel ici n’est pas forcément islamique. C’est le résultat de plusieurs millénaires de mixités culturelles venues du monde entier et qui ont nourri notre pays. La Tunisie était un carrefour civilisationnel et nous l’avons hérité au fil des siècles dans nos traditions. Ma mixité deviendra normale après des années et des siècles. Je me suis réconciliée avec mes deux identités. Mon mariage, c’est mon exposition.


Les œuvres-vidéo interpellent…


La première est faite sur le toit de la station d’art avec Amenallah Atrous. Tout est personnel et émane de mon entourage, de mes proches. Tout ce qu’on voit dans «Prestige», y compris le culinaire, le show, la danse qui mixe féminité et masculinité, est tiré de mon vécu. J’évoque ma perspective. Ma perception des choses. La joie que je vois, l’ambiance, le traditionnel, le conservatisme, le mariage libre : Tout m’inspire. J’avais des idées reçues avant de plonger autant dans ce savoir relatif au mariage tunisien. C’est un univers présenté ici avec une touche de sarcasme et de sérieux ! Vous êtes invités à mon mariage qui s’étend jusqu’au 17 juillet 2022 au B7L9.

Dora Dalila Cheffi, artiste peintre et visuelle : «Je me suis réconciliée avec mes deux identités»
L’In’art Hammamet fête la journée internationale de la Musique : Place au Stambali
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 6 / 22 / 2022

L’In’art Hammamet fête la journée internationale de la Musique : Place au Stambali

Un clin d’œil au patrimoine musical est prôné par l’équipe à la tête de l’espace In’art à Hammamet. À l’occasion de la Journée mondiale de la musique 2022, un spectacle Stambali s’est déroulé sur un toit à la vue panoramique donnant sur le golfe de la ville.


Habitants des environs et adhérents se sont donné rendez-vous dans le local de l’In’art, ancien marabout, situé en pleine médina arabe de Hammamet et qui fait office de base pour cette association culturelle du même nom, active depuis des années dans la région. La troupe Stambali désignée n’est autre que celle de Sidi Ali Lasmar.


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Autrefois, la ville a connu des festivités plus imposantes, maintenues dans le but de célébrer comme il se doit la journée mondiale de la musique : l’In’art continue de le faire. Le 21 juin 2022 (hier), à partir de 21h00, une musique Stambali a rythmé le lieu et ses environs. Il s’agit d’une fête mondiale célébrée à l’échelle locale. L’In’art associe ce spectacle gratuit à un rituel et à un rappel aux fondements musicaux. Une exposition photographique d’Augustin le Gall intitulée « La dernière danse : Voyage intime au cœur du rituel Stambali » (Présentée en 2016 et soutenue par l’Institut Français de Tunisie) relate l’histoire et l’essence même de la musique Stambali en Tunisie à travers une série de photographies. Le photographe y a évoqué à travers ses oeuvres l’origine du Stambali/ « Bousaadia » en commençant par la Tunisie. Un projet d’aller aux sources du rituel au Maghreb jusqu’au Niger verra le jour.


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C’est aussi, en se référant à cette exposition photographique, que l’initiative musicale a été organisée. Comment penser un patrimoine musical, tel que le Stambali en exploitant l’essence même de cette musique et sa genèse ? L’interrogation tombe dans les oreilles des mélomanes. La troupe Sidi Ali Lasmar est composée de femmes et d’hommes qui ont joué des instruments « « Gnawa ». Leur répertoire possède des influences musicales riches d’ici et d’ailleurs.



L’In’art Hammamet fête la journée internationale de la Musique : Place au Stambali
« Fake News : quels enjeux pour les journalistes ? » : L’intox au cœur du débat
REPORTAGES6 / 16 / 2022

« Fake News : quels enjeux pour les journalistes ? » : L’intox au cœur du débat

Le journalisme n’est pas une science parfaite : des obstacles nombreux ne sont pas à exclure, notamment liés à de fausses manœuvres sur terrain, à une précarité liée à la pratique journalistique, à une hâte de véhiculer le scoop. Autant de raisons qui peuvent provoquer cette diffusion de l’intox.


Face à un large public de journalistes locaux et étrangers, l’Institut Français de Mauritanie a organisé récemment une conférence autour des « Fake News : quels enjeux pour les journalistes ? ». Huit spécialistes ont décortiqué, au fil des interventions, les enjeux cruciaux à retenir pour les journalistes professionnels et pour d’autres en devenir, tout en dressant un constat saisissant autour de la désinformation.


Mamadou Sy, vice-président de la Haute autorité de la Presse Audiovisuelle en Mauritanie, a réitéré son engagement en Mauritanie depuis des décennies, mené à travers cet organisme. Il est revenu sur la lutte constante contre la désinformation et la survie de la presse mauritanienne face à ce fléau. « Je crois en la lutte dans son sens le plus universel : les fondements de notre travail de journalistes et de notre savoir doivent primer », dit-il dans son discours d’introduction. Toujours selon l’intervenant, l’éducation aux médias et l‘apprentissage de leur consommation doivent également se faire à un âge avancé (enfance ou adolescence). Un public jeune était d’ailleurs largement présent pendant la conférence.


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La lutte est de mise


Le journalisme n’est pas une science parfaite : des obstacles nombreux ne sont pas à exclure, notamment liés à de fausses manœuvres sur terrain, à une précarité liée à la pratique journalistique, à une hâte de véhiculer le scoop. Autant de raisons qui peuvent provoquer cette diffusion de l’intox. « D’où l’importance de rectifier ces fausses informations même bien après leur parution », souligne Laurent Bigot, directeur de l’Ecole publique du journalisme de Tours et expert en Fake News.


La vérification de l’information se fait, de nos jours, pas à pas, à travers des outils mis à la disposition des journalistes. La rigueur, la patience, l’intelligence et la volonté émanant d’un journaliste intègre font, hélas, souvent défaut. Paul-Joël Kamtchang, directeur d’Adisi Cameroun, déclare : « Cette rigueur chez le journaliste fait pourtant partie des fondements mêmes d’un journalisme sain. Elle est intrinsèque à son devoir de communiquer une information vérifiée et juste».


« Un journaliste est un humain : il peut se tromper. En revanche, un propagandiste ne se trompe pas, il vous trompe. L’intentionnalité fait la différence entre une erreur accidentelle publiée par un média et une fausse nouvelle intentionnelle véhiculée afin de produire un effet. », précise Nicholas Hénin, spécialiste et expert en désinfox. Il poursuit : « La dimension d’une fausse information intentionnelle reste profondément politique. Ce qui est le plus tordu, c’est que l’acteur qui veut faire de la propagande s’approprie le langage d’un agressé afin de s’ériger en agresseur. Cette forme de désinformation est d’une violence inouïe».


Les fausses nouvelles sont souvent créées par des gens lambda qui les diffusent via les réseaux sociaux. C’est du contenu « faux », et il est nécessaire, selon Comba Silla, journaliste sénégalaise d’« Africa Check », de faire la différence entre l’information fausse qui peut être créée par des journalistes, volontairement ou involontairement, et le contenu erroné qui fait et défait l’opinion publique via Tik Tok, Instagram, Facebook et autres … « Le fait de rectifier son erreur relève d’une responsabilité éthique», selon la journaliste experte dans la lutte contre l’intox.


Cet évènement est organisé par l’association « Médias et Démocratie », en collaboration avec l’IFM, le service de coopération et de l’action culturelle de l’ambassade de France en Mauritanie, la Haute autorité de l’audiovisuel et de la presse, le syndicat des journalistes mauritaniens, l’Association des journalistes mauritaniens et le syndicat des éditeurs de presse. Il s’inscrit dans le cadre d’une action de renforcement des sociétés africaines qui appuie des programmes de sensibilisation et de soutien aux médias et de l’éducation à la pensée critique. La lutte contre l’intox, spécifiquement sur le continent africain, devient cruciale et urgente.


La conférence a aussi été marquée par les interventions de Kissima Diagana, journaliste mauritanien et fondateur d’«Initiative News», Awa Seydou, journaliste mauritanienne indépendante et Amadou Sy, journaliste mauritanien. « Médias & Démocratie » est présidé par le journaliste Stéphane Lepoittevin, et dirigé par Olivier Piot, également journaliste, formateur et spécialiste de l’Afrique.

« Fake News : quels enjeux pour les journalistes ? » : L’intox au cœur du débat
« Argu » de Omar Belkacemi et « Le marin des montagnes » de Karim Aïnouz : Deux quêtes libres
REVIEWS & CRITIQUES6 / 5 / 2022

« Argu » de Omar Belkacemi et « Le marin des montagnes » de Karim Aïnouz : Deux quêtes libres

« Argu » d’Omar Belkacemi (2021) et « Le marin des montagnes » de Karim Aïnouz (2022) sont représentatifs d’un cinéma algérien qui tire sa force de son lieu, son contexte. Hymnes à la culture amazigh, les deux longs métrages prônent différemment une culture locale riche et des décors naturels authentiques et abondants.


Poétiser vainement la fiction


« Argu » qui signifie « Rêve » en langue amazigh, est le titre du dernier long métrage d’Omar Belkacemi. Le titre révélateur raconte déjà son contexte. Koukou est le personnage du film : il ne fait pas partie du moult, et se distingue par rapport aux habitants de ce village kabyle perché sur les montagnes. Koukou a la vingtaine, il a un comportement différent à l’apparence différente. Sur cette base, un comité de sages décide de l’interner dans un hôpital psychiatrique. Un acte collectif violent qui incitera Mahmoud, frère de Koukou et professeur de philosophie à Bejaia d’intervenir pour sauver son frère.


Ce village rétrograde et conservateur est secoué par cette personnalité, jeune, fraîche, éprise de liberté, de savoir et de musique. Une personnalité perçue comme une menace pour la communauté. Son frère à l’esprit éclairé, et érudit s’en prend à ce conservatisme lourd et pesant. Les deux frères finissent par s’isoler du poids de ces traditions, des préjugés, et de la morale dans les décors naturels de cette région kabyle, riche de sa nature enveloppante. L’occasion pour les deux hommes de se ressourcer : de se sentir libres, de s’adonner à des rêveries à n’en plus finir, à de la poésie et de chanter des lendemains meilleurs, pleins d’espoir.


Les plans et les décors naturels enrichissent esthétiquement la trame principale du film, tout en dénonçant un village rongé par l’oppression de ces préceptes et de sa mentalité : un étau qui fait fuir tous les jeunes. La caméra de Belkacemi revient sur les traditions, us et coutumes locales. Elle valorise l’esthétique irréprochable du lieu, en dénonçant le poids du conservatisme émanant de ces villageois.


Dans une lenteur ponctuée par des passages poétiques frontalement énoncés, le réalisateur tient à filmer les travers, les interdits, les ressentis éprouvés par les personnages du film, et retire sa magie à un résultat final qui s’épuise doucement mais sûrement. Le film se termine sur une note d’espoir marquante, et marquée par un retour et par l’attachement à cette terre natale.


Déplacements géographiques, recherche de soi à travers un retour aux sources, traversées ou déambulations dans des lieux habités par la nature sont récurrents dans ces deux longs métrages, car même si le premier est une fiction, «Le marin des montages » de Karim Aïnouz est un documentaire qui puise dans les origines.


Traversée initiatique


« Le marin des montagnes » de Karim Aïnouz est un documentaire personnel raconté à la première personne, et relatant le retour au village natal algérien du père. Un doc qui s’inscrit dans la durée avec une caméra portée. Un récit vrai et non moins émotif venait de démarrer, filmé banalement au départ, à travers des prises captées au fur à mesure de son trajet. Le spectateur saisira, dès le départ, la portée initiatique du film, qui brille par son titre révélateur et antonymique.


A l’écoute des passages entonnés avec une voix off, celle du cinéaste, le spectateur fait la connaissance d’Iracema, sa mère disparue. Des mots qui racontent les racines diverses de l’auteur, né au Brésil et élevé par son père amazigh, Majid, en Algérie. Le personnage narrateur qui transporte le spectateur par sa voix et sa caméra se présente comme étant originaire et connaisseur de la Kabylie et à la fois voyageur venant d’un autre continent et d’une autre culture.


Il filme son périple à travers des prises et des plans fixes depuis le navire jusqu’à son arrivée immersive à Alger puis à la Kabylie, ce berceau historique lové dans une nature fascinante. Les personnes qu’il filme depuis le début de son parcours prennent spontanément vie sous ses yeux : elles gesticulent, s’adonnent à des rires à n’en plus finir, parlent au moment où l’on s’y attend le moins et au fur à mesure des rencontres intenses et humaines, le réalisateur est comme tiré vers son village natal. Sa rencontre avec son homonyme, un autre Karim Aïnouz dans le village, fait basculer le documentaire dans une narration autre et un rythme différent, mais tout aussi attachant et attractif. Une manière de filmer d’Aïnouz qui valorise cet accueil, voire cette inclusion au sein de cette famille qu’il ne connaissait pas. Filmer l’intime dans ce film est essentiel, oui mais ça finit par englober lieux, rencontres, cultures, et tout un pays. L’intime bascule vers un collectif tout aussi divers et émouvant. Le pouvoir de l’image est à son apogée dans le dernier film en date de Karim Aïnouz : l’image comme support de souvenirs, d’histoires, de vies.


Ces deux films ont été présentés successivement à la 4e édition de « Gabès Cinéma Fen » et discutés longuement dans le cadre d’un atelier critique animé par Saad Chakali et Alexia Roux, deux critiques et spécialistes du 7e Art.*

« Argu » de Omar Belkacemi et « Le marin des montagnes » de Karim Aïnouz : Deux quêtes libres
Vient de paraître | « La Tunisie, 3.000 ans d’histoire en 120 dates » de Lamia Karray : Un bond dans le temps
REVIEWS & CRITIQUES6 / 1 / 2022

Vient de paraître | « La Tunisie, 3.000 ans d’histoire en 120 dates » de Lamia Karray : Un bond dans le temps

Au fil des 120 dates et événements historiques qui ont fait et défait l’histoire de la Tunisie sur 3.000 ans, Lamia Karray, conférencière et autrice de cet ouvrage utile, actuellement en vente, offre à son lectorat un bond dans le temps.


Voici un ouvrage nécessaire de 170 pages qui se lit d’une seule traite. Des pages ponctuées de dates-clés et d’illustrations enrichissent son contenu et retiennent l’attention du lecteur de bout en bout. Après la parution de « Révolution et après ? » en 2011 et « Un Etat islamique peut-il être démocratique ? » en 2015, Lamia Karray revient sur l’histoire de son pays dans son dernier livre en date, publié à compte d’auteur, avec comme couverture le mythique port punique de Carthage. Une couverture qui en dit long sur les chapitres du livre, tous plus instructifs les uns que les autres.


Méthodique et ludique, ce livre plonge le lecteur dans un savoir riche, d’une manière simplifiée et à la portée, et lui permet de s’acquérir d’outils utiles pour retenir l’essentiel. Toutes les périodes cruciales qui ont secoué la Tunisie sont classées par ordre chronologique en remontant aux origines jusqu’à l’Indépendance. Les encadrés ne manquent pas : ils mettent en valeur les personnages historiques phares, les dates les plus marquantes dans l’histoire du pays et les diverses et nombreuses civilisations et culture qui ont fait « d’Africa » un carrefour civilisationnel unique.


On ne tardera pas à savoir, dès le début du livre, que la Tunisie, sur 3.000 ans, a été préhistorique, berbère, punique, romaine, vandale, byzantine, omayade, abbasside, aghlabide, fatimide, ziride, almohade, hafside, ottomane, beylicale, française et post-indépendante. Il n’y a point d’avenir, sans une valorisation, une sauvegarde la mémoire collective et de l’histoire d’un peuple. Il est actuellement disponible dans les librairies du Grand-Tunis et des grandes villes.

Vient de paraître | « La Tunisie, 3.000 ans d’histoire en 120 dates » de Lamia Karray : Un bond dans le temps
Projet RESMYLE : Le temps est à la concrétisation
REPORTAGES5 / 27 / 2022

Projet RESMYLE : Le temps est à la concrétisation

Le projet Resmyle réunit 9 acteurs méditerranéens de 5 pays (France, Italie, Jordanie, Liban et Tunisie) autour de 3 axes d’intervention : l’éducation à l’environnement, la formation pratique interculturelle de terrain pour les jeunes et, enfin, l’appui à la création d’entreprises par la mise en place d’éco-incubateurs qui soutiendront des projets éco-innovants portés par les jeunes.


A Hammamet, la Conférence des parties du projet Resmyle, intitulée «Repenser l’emploi et l’insertion sociale des jeunes méditerranéens à travers le développement durable», a bien eu lieu. De nombreux participants, entrepreneurs, acteurs de la société civile se sont réunis autour d’une seule thématique majeure.


L’initiative est cofinancée par le programme «IEV CTF MED» de l’Union européenne et coordonnée par la Coopérative d’activité et d’emploi Petra Patrimonia. Deux journées de débats, d’échanges, d’évaluation et de capitalisation autour d’expériences et d’initiatives concrètes se sont déroulées comme attendu. Ce programme est mené par différents acteurs méditerranéens qui travaillent sur l’insertion sociale et professionnelle des jeunes et du développement durable. Des acteurs qui ont permis au débat d’être mené à terme. Cette manifestation ambitionne de consolider les acquis de deux années d’activités du projet Resmyle, et de contribuer à la pérennisation des dynamiques initiées sur les différents territoires du projet.


La Conférence, organisée par l’Association d’éducation relative à l’environnement de Hammamet (Aere), a réuni plus de 60 participants venus des pays partenaires du projet : France, Italie, Jordanie, Liban et Tunisie. Il s’agit de représentants de ministères et d’administrations publiques, de la société civile, des autorités locales, d’experts, d’entreprises, d’universités, de centres de formation…Tous concernés par les thématiques de l’environnement et du développement durable, de l’emploi et de l’insertion des jeunes.


La situation sociale et professionnelle des jeunes méditerranéens dans l’après-Covid, les enjeux de la mobilisation des jeunes face aux défis environnementaux, les enjeux de la formation, les filières porteuses pour l’emploi des jeunes, les nouveaux métiers de la croissance verte et bleue, l’appui et l’accompagnement des jeunes éco-entrepreneurs…, autant d’axes au centre même de cette conférence.


Lors d’un échange entre participants, Matthew Gary, CDE de Petra Patrimonia, revient sur l’importance de l’insertion de l’éducation relative à l’environnement dans les ouvrages et les programmes scolaires : en Tunisie, selon M.Salem Sahli, fondateur de l’A.E.R.E : «Un programme national d’éducation et de sensibilisation à l’environnement est au point, et il vise à initier à la cause environnementale et à cette thématique de nos jours. Les instituteurs manquent de formation actuellement en Tunisie. Dans le cursus scolaire en Tunisie, cette même thématique doit être inclue dans des matières. La question écologique dans les programmes a été ajoutée d’une manière théorique en Europe. Ici et même ailleurs, davantage de travail doit être fait. Selon ces mêmes organisateurs, à travers ce projet et cette initiative, «on est au cœur du partenariat public / privé car le rôle de la société civile, c’est d’agir et d’opter pour des solutions ponctuelles transformées en solutions durables. Les dispositions prises peuvent devenir des enjeux majeurs». La conférence revient par moments sur «les Soft Skills» qui sont des compétences individuelles intrinsèques aux jeunes d’aujourd’hui pour qu’ils s’insèrent professionnellement et socialement… et tout cela s’acquiert.


Le projet Resmyle réunit 9 acteurs méditerranéens de 5 pays (France, Italie, Jordanie, Liban et Tunisie) autour de 3 axes d’intervention : l’éducation à l’environnement par la formation des animateurs de jeunesse à l’intégration du développement durable dans les programmes d’insertion sociale, la formation pratique interculturelle de terrain pour les jeunes, la réalisation de chantiers-écoles sur le développement durable et l’organisation de missions de mobilités transnationales et enfin l’appui à la création d’entreprises par la mise en place d’éco-incubateurs qui soutiendront des projets éco-innovants portés par les jeunes.


Signalons que dans le cadre de Resmyle, l’Aere de Hammamet a plusieurs réalisations à son actif : la contribution à la création d’une plateforme de ressources en éducation environnementale, une exposition virtuelle «Sauvons la Méditerranée», un outil pédagogique «l’hydroponie pour tous», le financement de deux projets environnementaux portés par des associations locales, un guide des bâtiments patrimoniaux de Hammamet, un circuit de découverte du Centre culturel international de Hammamet, et la mise en œuvre de l’éco-incubateur «Demarri» à Hammamet.


Ceci en plus de la mobilisation des jeunes et des organismes de jeunesse autour des enjeux de l’environnement et du développement durable.

Projet RESMYLE : Le temps est à la concrétisation
Claudia Cardinale à Tunis : Une étoile à La Goulette
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 5 / 26 / 2022

Claudia Cardinale à Tunis : Une étoile à La Goulette

Cette visite de la star franco-italo-tunisienne qui a débarqué hier après-midi à Tunis est un évènement majeur. Claudia Cardinale, actrice vedette du cinéma italien, est arrivée en Tunisie à l’occasion de l’inauguration d’une rue en son nom à La Goulette, sa ville natale.


Claudia Cardinale est arrivée hier en fin de journée à l’aéroport Tunis. Carthage, en compagnie de sa fille Claudia Squitieri en provenance de Paris. L’actrice, habituée aux visites en Tunisie, sera présente pour l’inauguration d’une rue en son nom à la Petite Sicile à La Goulette. Elle résidera en banlieue nord de Tunis du 25 au 30 mai et enchaînera visites et rencontres avec ses proches et autres représentants locaux et partenaires de l’association « Piccola Sicilia », organisatrice de cette initiative. Les autorités tunisiennes et italiennes, citant les représentants des ministres tunisiens, membres de l’association «Piccola Sicilia» et représentants de l’ambassade d’Italie, participeront au déroulement du programme élaboré à l’occasion. Le ministère de la Culture (le Théâtre de l’Opéra de Tunis et la Cinémathèque tunisienne), le ministère du Tourisme et de l’artisanat, l’Institut italien de Tunis, l’agence de communication « Panorama » et l’église Saint-Augustin-et-Saint-Fidèle de la Petite Sicile chaperonneront l’évènement jusqu’au bout.


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En plus de la portée symbolique de l’hommage rendu à Claudia Cardinale, l’objectif de cet évènement, tel qu’il est annoncé, est de donner une meilleure visibilité à La Goulette, basée sur un message de tolérance et de coexistence entre les cultures et les religions qui cohabitent depuis longtemps à la Petite Sicile. Valoriser La Goulette, ville ouverte aux communautés et riche de son histoire à l’instar de la sortie de la Madonna de Trapani tous les 15 août, à l’origine « procession catholique», est, avant tout, une fête qui implique toutes les communautés de la localité et qui est encore maintenue de nos jours. La municipalité de la Goulette soutient et encourage encore cette fête annuelle : elle veille au bon déroulement de cette visite aussi. Encourager des personnalités natives de Tunisie à venir enrichir l’économie touristique du pays, notamment en faisant connaître le patrimoine de La Goulette en particulier et de la Tunisie en général.


A cette occasion, le cinéaste italien né en Tunisie Marcello Bivona réalisera, en coopération avec l’association« Piccola Sicilia », un film sur l’évènement et sur la localité de La Goulette. Son dernier film en date Siciliens d’Afrique : Tunisie Terre Promise sera projeté au théâtre de l’Opéra à l’occasion de cette visite. Nous y reviendrons !

Claudia Cardinale à Tunis : Une étoile à La Goulette
El Kazma et le K OFF à Gabes Cinéma Fen : Interroger l’image et l’intime
REPORTAGES5 / 13 / 2022

El Kazma et le K OFF à Gabes Cinéma Fen : Interroger l’image et l’intime

La mémoire et le pouvoir de l’image restent au centre d’El Kazma et du K Off, les deux sections consacrées à l’art visuel et aux installations artistiques. De l’inédit artistique à Gabès Cinéma Fen qui oscille entre les arts et le cinéma pour un public gabésien aux aguets.


L’humanité vit à l’ère de l’image : son pouvoir varie. L’image est source de propagande, porteuse de messages, de valeurs, ou outil de manipulation de masse ou individuel. Elle fait et défait un quotidien contemporain universel et se place comme un médium crucial, bien plus que l’écriture ou la vidéo. Une seule image peut bouleverser la donne.


Rabih Mroué, homme de théâtre et acteur libanais, a endossé la casquette de directeur artistique de la section El Kazma dédiée à l’art visuel et à la vidéo dans le cadre de la 4e édition de Gabès Cinéma Fen. L’artiste pluridisciplinaire a occupé la Corniche de Gabès à travers ces containers désormais incontournables, toujours présents lors de la manifestation. Pour la première fois, l’artiste est commissaire d’exposition et met en exergue ce pouvoir de l’image désormais à la portée de toutes et de tous. L’image qui n’est plus qu’aux mains des artistes, réalisateurs et journalistes, mais qui s’est profondément démocratisée.


12 réalisateurs et metteurs en scène du monde ont présenté 14 œuvres réparties sur deux lieux : les containers de la Corniche de Gabès et l’Agora Gabès. Entre les 7 installations vidéo en format-court des containers et les 7 films projetés à l’Agora, Rabih Mroué invite les spectateurs à interroger l’image et à l’inscrire dans notre époque.


D’« Ici et Ailleurs » de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville ou de l’installation « Abstract » (2012), jusqu’au court–métrage expérimental « November » (2004) de Hito Steyrel, en passant par celle de Milica Tomic… autant d’œuvres qui reviennent sur la problématique de l‘image et des guerres dans le monde : celle de la lutte kurde en Turquie, de la révolution palestinienne, de l’Armée rouge, des révolutions arabes, autant de violences qui écrivent l’histoire.


L’image est davantage présente de nos jours à travers la révolution numérique et les réseaux sociaux. A travers 14 œuvres de réalisateurs issus de Palestine, du Liban, de France, de Serbie, d’Égypte, d’Iran, d’Allemagne ou du Bangladesh, le directeur artistique Rabih Mroué pousse à la critique et à autocritiquer son rapport à l’image.


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K Off : Place à l’inédit et à la scène montante


L’art vidéo a de plus en plus une place prépondérante sur la scène artistique nouvelle. La nouvelle génération s’y intéresse et Gabès Cinéma Fen l’a saisi en lui consacrant une section baptisée K Off et inaugurée en 2021, en pleine session tenue sous la Covid. En 2022, Kenza Jemmali est la curatrice de la section. Elle succède à Salma Kosentini. Le travail s’effectue sous la houlette de Malek Gnaoui. Six jeunes artistes ont été retenus et ont bâti leurs œuvres sur l’image et son esthétique.


« Résurrection » d’Achraf Bettaieb entraîne le public dans un univers où se mélangent sa passion pour le skate et le cinéma. Mouvements, moments d’une vie autour de ce sport, et techniques pointues pour le filmer jaillissent dans son œuvre. Syrine Eloued creuse dans son rapport à l’image, mais d’un point de vue psychothérapeutique dans son installation « Moon ». Tel un journal audiovisuel intime, elle oscille entre bribes émanant d’une réalité et rêveries. Les fleurs et les émotions sont toujours aussi présentes dans le travail de Souheila Ghorbal. L’installation émane de sa rencontre et ses échanges avec les fleuristes de Tunis. Dans « Winter Bloom », Ghorbal interroge son rapport aux plantes et le partage avec le public. Nada Chamli dans « Heirloom » déconstruit les stéréotypes afin d’entretenir un dialogue autour de l’acceptation et la différence. Dans « Les fragments d’une ville », Emna Fetni offre une déambulation aux festivaliers dans les rues de la Ville de Tunis. Une ville filmée dans tous ses états avec sa cacophonie. Wafa Lazhari nous fait vivre le deuil de sa mère suite à la perte de son époux. La commémoration est au cœur de son travail caractérisé par le virtuel. L’intimiste est au cœur de la section K Off, à découvrir jusqu’à la fin du spectacle dans un immeuble situé en plein Gabès.

El Kazma et le K OFF à Gabes Cinéma Fen : Interroger l’image et l’intime
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