
Cette visite de la star franco-italo-tunisienne qui a débarqué hier après-midi à Tunis est un évènement majeur. Claudia Cardinale, actrice vedette du cinéma italien, est arrivée en Tunisie à l’occasion de l’inauguration d’une rue en son nom à La Goulette, sa ville natale.
Claudia Cardinale est arrivée hier en fin de journée à l’aéroport Tunis. Carthage, en compagnie de sa fille Claudia Squitieri en provenance de Paris. L’actrice, habituée aux visites en Tunisie, sera présente pour l’inauguration d’une rue en son nom à la Petite Sicile à La Goulette. Elle résidera en banlieue nord de Tunis du 25 au 30 mai et enchaînera visites et rencontres avec ses proches et autres représentants locaux et partenaires de l’association « Piccola Sicilia », organisatrice de cette initiative. Les autorités tunisiennes et italiennes, citant les représentants des ministres tunisiens, membres de l’association «Piccola Sicilia» et représentants de l’ambassade d’Italie, participeront au déroulement du programme élaboré à l’occasion. Le ministère de la Culture (le Théâtre de l’Opéra de Tunis et la Cinémathèque tunisienne), le ministère du Tourisme et de l’artisanat, l’Institut italien de Tunis, l’agence de communication « Panorama » et l’église Saint-Augustin-et-Saint-Fidèle de la Petite Sicile chaperonneront l’évènement jusqu’au bout.

En plus de la portée symbolique de l’hommage rendu à Claudia Cardinale, l’objectif de cet évènement, tel qu’il est annoncé, est de donner une meilleure visibilité à La Goulette, basée sur un message de tolérance et de coexistence entre les cultures et les religions qui cohabitent depuis longtemps à la Petite Sicile. Valoriser La Goulette, ville ouverte aux communautés et riche de son histoire à l’instar de la sortie de la Madonna de Trapani tous les 15 août, à l’origine « procession catholique», est, avant tout, une fête qui implique toutes les communautés de la localité et qui est encore maintenue de nos jours. La municipalité de la Goulette soutient et encourage encore cette fête annuelle : elle veille au bon déroulement de cette visite aussi. Encourager des personnalités natives de Tunisie à venir enrichir l’économie touristique du pays, notamment en faisant connaître le patrimoine de La Goulette en particulier et de la Tunisie en général.
A cette occasion, le cinéaste italien né en Tunisie Marcello Bivona réalisera, en coopération avec l’association« Piccola Sicilia », un film sur l’évènement et sur la localité de La Goulette. Son dernier film en date Siciliens d’Afrique : Tunisie Terre Promise sera projeté au théâtre de l’Opéra à l’occasion de cette visite. Nous y reviendrons !

La mémoire et le pouvoir de l’image restent au centre d’El Kazma et du K Off, les deux sections consacrées à l’art visuel et aux installations artistiques. De l’inédit artistique à Gabès Cinéma Fen qui oscille entre les arts et le cinéma pour un public gabésien aux aguets.
L’humanité vit à l’ère de l’image : son pouvoir varie. L’image est source de propagande, porteuse de messages, de valeurs, ou outil de manipulation de masse ou individuel. Elle fait et défait un quotidien contemporain universel et se place comme un médium crucial, bien plus que l’écriture ou la vidéo. Une seule image peut bouleverser la donne.
Rabih Mroué, homme de théâtre et acteur libanais, a endossé la casquette de directeur artistique de la section El Kazma dédiée à l’art visuel et à la vidéo dans le cadre de la 4e édition de Gabès Cinéma Fen. L’artiste pluridisciplinaire a occupé la Corniche de Gabès à travers ces containers désormais incontournables, toujours présents lors de la manifestation. Pour la première fois, l’artiste est commissaire d’exposition et met en exergue ce pouvoir de l’image désormais à la portée de toutes et de tous. L’image qui n’est plus qu’aux mains des artistes, réalisateurs et journalistes, mais qui s’est profondément démocratisée.
12 réalisateurs et metteurs en scène du monde ont présenté 14 œuvres réparties sur deux lieux : les containers de la Corniche de Gabès et l’Agora Gabès. Entre les 7 installations vidéo en format-court des containers et les 7 films projetés à l’Agora, Rabih Mroué invite les spectateurs à interroger l’image et à l’inscrire dans notre époque.
D’« Ici et Ailleurs » de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville ou de l’installation « Abstract » (2012), jusqu’au court–métrage expérimental « November » (2004) de Hito Steyrel, en passant par celle de Milica Tomic… autant d’œuvres qui reviennent sur la problématique de l‘image et des guerres dans le monde : celle de la lutte kurde en Turquie, de la révolution palestinienne, de l’Armée rouge, des révolutions arabes, autant de violences qui écrivent l’histoire.
L’image est davantage présente de nos jours à travers la révolution numérique et les réseaux sociaux. A travers 14 œuvres de réalisateurs issus de Palestine, du Liban, de France, de Serbie, d’Égypte, d’Iran, d’Allemagne ou du Bangladesh, le directeur artistique Rabih Mroué pousse à la critique et à autocritiquer son rapport à l’image.

K Off : Place à l’inédit et à la scène montante
L’art vidéo a de plus en plus une place prépondérante sur la scène artistique nouvelle. La nouvelle génération s’y intéresse et Gabès Cinéma Fen l’a saisi en lui consacrant une section baptisée K Off et inaugurée en 2021, en pleine session tenue sous la Covid. En 2022, Kenza Jemmali est la curatrice de la section. Elle succède à Salma Kosentini. Le travail s’effectue sous la houlette de Malek Gnaoui. Six jeunes artistes ont été retenus et ont bâti leurs œuvres sur l’image et son esthétique.
« Résurrection » d’Achraf Bettaieb entraîne le public dans un univers où se mélangent sa passion pour le skate et le cinéma. Mouvements, moments d’une vie autour de ce sport, et techniques pointues pour le filmer jaillissent dans son œuvre. Syrine Eloued creuse dans son rapport à l’image, mais d’un point de vue psychothérapeutique dans son installation « Moon ». Tel un journal audiovisuel intime, elle oscille entre bribes émanant d’une réalité et rêveries. Les fleurs et les émotions sont toujours aussi présentes dans le travail de Souheila Ghorbal. L’installation émane de sa rencontre et ses échanges avec les fleuristes de Tunis. Dans « Winter Bloom », Ghorbal interroge son rapport aux plantes et le partage avec le public. Nada Chamli dans « Heirloom » déconstruit les stéréotypes afin d’entretenir un dialogue autour de l’acceptation et la différence. Dans « Les fragments d’une ville », Emna Fetni offre une déambulation aux festivaliers dans les rues de la Ville de Tunis. Une ville filmée dans tous ses états avec sa cacophonie. Wafa Lazhari nous fait vivre le deuil de sa mère suite à la perte de son époux. La commémoration est au cœur de son travail caractérisé par le virtuel. L’intimiste est au cœur de la section K Off, à découvrir jusqu’à la fin du spectacle dans un immeuble situé en plein Gabès.

Aziz Jebali est Talel dans «Baraa» de Sami Fehri, «Borghol» pour la 2e année consécutive dans «Ken Yamakanech» de Abdelhamid Bouchnak et continue de cartonner dans «Terre 2.0» sur scène. L’artiste revient sur son actualité récente prolifique au cinéma, à la télévision et au théâtre. Rencontre.
Crédit Photos : Beyram ben M'Rad
«Terre 2.0» a été présentée quelques années et a revu le jour dans sa nouvelle formule pendant Ramadan. Quelle est sa genèse ?
C’est un projet qui a été conçu à «El Teatro» dans le cadre d’un mini-festival qui se tenait à l’époque, dédié aux «avant-premières». Environ trois représentations ont été faites, suivies de quelques cycles à une époque où je n’avais pas encore de public, que je ne faisais que du théâtre, sans micro, dans de petites salles… Je m’étais dit qu’il faut la retravailler et la ressortir, juste avant le début de la pandémie qui a évidemment beaucoup retardé le travail. Il s’agit d’une modification de la pièce effectuée parallèlement à mon évolution personnelle en tant qu’artiste. Dans «Terre 2.0», j’ai fini par ajouter de nouveaux personnages, de nouveaux effets, comme les projections, en réécrivant quelques parties, y compris la fin… Le spectacle a, en effet, beaucoup changé depuis sa création jusqu’à maintenant.
Peut-on dire que c’était le moment pour vous de vous lancer dans le «One Man Show» ?
«Terre 2.0» reste un monodrame. J’avais deux choix : opter pour le renouveau total en étant satisfait, ou le présenter à un large public qui ne le connaît pas et d’éviter ainsi de le laisser aux oubliettes. J’ai préféré davantage le développer pour que le public le découvre et éviter de passer à un autre projet. «Terre 2.0» est atemporel, universel qui n’a rien à voir avec l’actualité. Un spectacle que je pourrais faire en plusieurs versions et le présenter partout. Le présenter en supprimant, ou en ajoutant de nouveaux personnages et d’autres axes.

Mais le spectacle reste fondamentalement tunisien…
Il est 100% tunisien en se basant sur la composition des personnages. On y évoque même «une tunisification» en cours. Les personnages sont représentatifs des Tunisiens. J’aimerais créer une parité entre ces mêmes personnages et à travers laquelle des transformations se feront. Mais c’est clair que, pour le moment, tout reste fondamentalement tunisien. Les personnages sont issus de mon enfance, ils sont inspirants. J’ai commencé par deux personnages en plein casting et ils se sont depuis multipliés.
L’affiche du spectacle est très parlante…
Elle a été conçue par Farah Henchir, une amie graphiste qui vit au Portugal. Il s’agit d’une nouvelle affiche et elle est, en effet, parlante. Farah, en se basant sur le synopsis, a fait le nécessaire. J’en suis satisfait.
De la scène à la télé. Cette année, on vous a découvert dans le rôle de Talel avec «Baraa» de Sami Fehri et vous avez rempilé pour la 2e saison de «Ken ya Makanech» de Abdelhamid Bouchnak…
Pour «Baraa», je devais jouer un autre rôle que Talel. Je devais faire Karim, le rôle interprété par Amine Ben Salah. Le premier jour du tournage, on m’a proposé celui de Talel. Je ne tenais pas à ce que les deux tournages se chevauchent. Heureusement que ça n’a pas été le cas, d’autant plus que les deux personnages sont totalement différents. Le rôle de Talel paraît ne pas avoir une marge de jeu importante mais l’interpréter était tout de même difficile : Talel est passif, il exécute, il ne parle pas beaucoup, il ne passe pas à l’action, il n’est pas attachant, il est intrigant, il est présent tout en étant distant… Et il reste quand même expressif physiquement et très présent. Il est antipathique. C’était nouveau pour moi d’incarner un personnage pareil. Entre «Borghol» et Talel, il y a un monde. Je ne suis pas comédien et je ne veux pas qu’on me classe : je suis preneur, je varie les rôles et je me dois d’interpréter tous types de personnages. Ce n’est pas le rôle de Talel qui a fait parler, c’est plus le sujet et je l’avais vu venir d’avance. Les dommages causés par Ouanes sont bien plus voyants. Les réactions du public, pour moi, étaient excellentes. C’est satisfaisant. Et je suis encore plus satisfait du travail collectif élaboré.
Selon la note finale de «Baraa», il y a de fortes probabilités qu’une suite puisse avoir lieu l’année prochaine et que le personnage de Talel évolue…
Une suite n’est toujours pas confirmée pour l’instant, mais l’idée que le personnage évolue est présente. On veut bien, pourquoi pas ? Le succès était au rendez-vous. Pareil pour «Ken ya Makanech». Nouveau souffle, nouvelle étape.
En quoi cette saison était-elle différente de la 1ère ?
On a travaillé avec beaucoup plus d’assurance. On était plus relax, moins de stress. L’année dernière, il y a eu beaucoup de pression : on se posait des questions, et on se demandait si on devait aller jusqu’au bout, se lâcher, ce qu’allaient être les retours. On savait où on allait cette année, il y a beaucoup plus de rires, d’humour. L’épisode des pharaons était remarquable. Qu’on puisse transmettre toute cette folie au public est important. Le scénario était plus maîtrisé. Il n’empêche que certains préfèrent la première saison. Vivement la prochaine folie…
Comment décrivez-vous votre rapport au théâtre, au cinéma et à la télévision ?
Ils sont complémentaires, mais le théâtre me nourrit et me permet de me donner davantage dans le cinéma et la télévision. C’est la base. Quand on endosse 8 ou 9 personnages sur scène, ça peut prendre des années. Un temps plus important sur scène est nécessaire pour une meilleure maîtrise. Le théâtre reste le moteur. C’est clair. Se trouver dans du cinéma commercial est bien aussi : travailler tout et rester preneur. Le cinéma du genre ou d’auteur est bien également. Pour la télévision, j’aimerais davantage jouer en dehors de Ramadan. C’est intense de se retrouver dans cette spirale pendant quelque temps et étrange à la fois d’être à l’arrêt jusqu’au prochain Ramadan. Il faut que cela change. Entre les acteurs connus et la nouvelle génération, le niveau était globalement élevé à la télévision.
L’émergence des plateformes de streaming peut-elle changer la donne, selon vous ?
Oui. Si les sponsors suivent l’évolution et commencent à travailler avec ces mêmes plateformes et à produire leurs propres films et séries et à en faire des productions originales. Le travail doit, en effet, se faire à la longue. Le visionnage ne se fait pas gratuitement aussi : on paye pour des plateformes à l’étranger, pourquoi ne le ferons-nous pas en Tunisie? Beaucoup de travail reste à faire.

Parfois, en étant au bon endroit et souvent aux bons moments, des femmes se connectent au théâtre tout en s’attelant à leur travail initial : mettre de l’ordre dans les loges. Dans «Coiffeuse», Marwen Errouine leur rend un hommage chorégraphié.
La scène est la reconstitution d’une loge contenant une « coiffeuse » avec un miroir. En temps normal, dans la vraie vie, une pléiade de comédiens y défile au fil des spectacles : ils se coiffent, se maquillent, enfilent ensuite des vêtements accrochés dans des cintres et se reposent éventuellement sur un canapé : discussions à n’en plus finir, blagues, rires, et sautes d’humeur habitent l’envers des créations théâtrales constamment. Dans « Coiffeuse », le public découvre les coulisses d’un spectacle scénique et dans lequel des préparatifs titanesques se déroulent.
Ce qui est moins visible, pour le public, est que la loge, (dotée d’une « coiffeuse »), est aussi un lieu de vie fréquenté également par des aides-ménagères. En vrai, ces dernières tissent des liens, se familiarisent avec l’endroit, avec l’équipe composée d’artistes, de techniciens, de tout un staff et s’imprègnent par leur travail autour des arts vivants.
Dans « Coiffeuse», trois de ces femmes (interprétées par Malek Zouaidi, Intissar bel Haj Khelifa et Nadia Saiji) débarquent dans une loge désordonnée : avec des vêtements et objets par terre, peu éclairée…pensant y faire leurs tâches respectives, elles commenceront discrètement à s’imprégner par le travail des artistes, leurs accessoires et de leurs espaces de vie, à savoir une scène et ses coulisses. Le spectacle racontera la transition lente mais certaine d’une situation quotidienne asservissante à la scène, lieu d’art et de vies.

« Coiffeuse » d’une cinquantaine de minutes, et dont la dramaturgie est signée Myriam Soufy, est soutenu par une musique de Khalil Soufy : elle est rythmique et fait écho aux mouvements dansants exprimés par ces trois artistes. Un langage difficilement déchiffrable au fur et à mesure mais qui au final, s’ouvre sur un dénouement qui permet au public de faire la connaissance de ces trois vraies aides-ménagères, interrogées sur leur rapport au théâtre au quotidien. Elles travaillent durant des heures dans des salles de spectacles vivants et s’assurent que les équipes s’y sentent bien. Le quotidien de ces femmes se chevauche avec celui des artistes et des artisans du théâtre : elles finissent par voir les spectacles, assistent aux répétitions et aux préparatifs, tissent des liens avec les artistes et finalement, à s’interroger. Peuvent-elles un jour faire du théâtre ? Sont-elles admiratrices de cet art ? Quel impact a le théâtre sur leur quotidien ? Réponses, interrogations et impressions personnelles sont exprimées en guise de clôture mais restent peu perceptibles ou saississable durant tout le spectacle.
Initialement, l’idée de « Coiffeuse » était de mettre sur scène de vraies aides-ménagères et de les diriger avant de finalement léguer le travail à des interprètes. Une représentation a eu lieu à la Cité de la culture pendant le mois de Ramadan.

12 morceaux distingués font le 5e album d’Alune Wade disponibles en ligne, sur Soundtrack. L’artiste nous fait partager son voyage sonore en Afrique à travers «Sultan». Des sonorités propres à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique du Nord fusionnent et se mélangent à divers instruments.
Les rythmes et les sonorités émergeant de «Sultan» mêlent soufi, chant andalou, afrobeat, Maqams orientaux et jazz. Des itinéraires menés à Dakar, Oran, Tunis, Tambouctou se dessinent musicalement. Des morceaux qui racontent et mêlent le passé et le présent de ces contrées : leurs histoires, et leur actualité brûlante sont chantées. Une mise en valeur de ce patrimoine musical fait inconditionnellement la richesse de cet album. Un album qui n’a rien à envier à un voyage initiatique.
Soutenu par l’Institut Français de Tunisie, ce projet musical a été réalisé en collaboration avec des musiciens, comme Adriano Tenorio DD aux percussions, Cédric Ducheman au piano et claviers, Carlos Sarduy à la trompette, Hugues Mayot au saxophone, Daril Esso à la batterie, etc. d’autres instrumentalistes à la batterie, au guembri, à la flûte, au Oud, rappeurs, chanteurs, batteurs ont participé à cette effusion sonore.
Des noms, comme Paco Sery, Cyril Atef, Lenny White, Josh Dutsh, Ismail Lumanovski, Hein Benmiloud, Mustapha Sahbi, Nasriddine Chebli, Harold Lopez Nussa, Christian Sands, Leo Genovese, Bobby Spark, Daniel Blake, Faris Ishaq font retentir les voix de Nora Mint Seymali, Mounir Troudi, PPS the Writah, Aziz Sahmaoui, Mehdi Nassouli et Djam. Les 12 titres de l’album «Saba’s journey», «Donso», «Sultan», «Nasty sand», «Uthiopic», «Portrait de Maure», «Djolof Blues», «Dalaka», «L’ombre de l’âme», «Lullaby for Sultan», «Célébration» et «Café Oran» chantent des territoires divers et une richesse musicale exceptionnelle.
Alune Wade est bassiste, interprète, producteur, auteur et compositeur sénégalais. 4 albums ont déjà été réalisés «Mbolo» (2006), «Ayo Nene» (2011), «Havana Paris Dakar» réalisé avec le pianiste cubain Harold Lopez-Nussa en 2015 et «African Fast Food» en 2018. «Sultan» a été réalisé en partie à la Villa Salammbô dans le cadre d’une résidence artistique en incluant des musiciens participants tunisiens, Salah Barka pour les costumes et l’artiste photographe Hela Ammar pour les photos. «Sultan» s’inscrit dans la continuité du parcours musical de l’artiste. Alude Wade se produira à l’IFT Tunis et à Sfax en juin.

Un groupe MUN (Model United Nations), formé par des élèves tunisiens de 15 à 18 ans, mène un travail laborieux qui les initie à la diplomatie, aux ficelles liées à la maîtrise des relations internationales et aux pourparlers autour de la paix entre les représentants officiels et les institutions internationales, à commencer par les ambassadeurs en Tunisie.
Un noyau d’élèves actif depuis septembre 2021, appartenant au lycée Louis Pasteur, mobilise de nombreux participants dans le cadre de simulations Model United Nations (MUN). Les élèves, à l’origine de ces mêmes simulations, sont invités à incarner différents types de rôles : à être des représentants de différents pays, de présidents / vice-présidents de commissions, des journalistes, des huissiers en charge de l’organisation, ou représentants d’ONG. Autant de rôles variés qui leur permettent d’enrichir leur savoir et d’interagir davantage comme dans un jeu de rôles. 5 ou 6 simulations ont eu lieu réunissant 80 à 100 personnes et maintenues dans l’enceinte de leur établissement.
En pratique
Afin de mieux entretenir ces simulations, les élèves ont puisé, cette fois-ci, dans l’actualité qui traite du conflit russo-ukrainien : ils ont pris contact avec les deux ambassades ukrainiennes et russes, en Tunisie, et sont parvenus à décrocher deux entretiens avec chacun des deux ambassadeurs. Sept élèves ont pu arranger ces deux rencontres : quatre élèves se sont rendus à l’ambassade d’Ukraine afin de rencontrer Son Excellence M. l’ambassadeur d’Ukraine, Volodymyr Khomanets, et 3 autres se sont entretenus avec Son Excellence M. l’ambassadeur de Russie, Aleksandre Zolotov.
Les deux entretiens ont eu lieu en anglais et se sont davantage centrés sur les questions qui reviennent souvent dans l’opinion publique et dans les médias, y compris celles à caractère historique communes à ces deux nations.
Ces deux entretiens spéciaux étaient ponctués d’arguments et ont mis en valeur la pertinence des interventions de ces élèves, leur maîtrise des sujets évoqués dans leur globalité, les recherches effectuées et leur maîtrise d’au moins 4 langues. En tant qu’interviewers et toujours dans le cadre de cet exercice, ces mêmes élèves tunisiens ont déniché l’information à la source chez les ambassadeurs et tiennent à en faire bon usage dans de prochaines simulations.
Aux sources des simulations MUN
Les simulations exercées par ces élèves tunisiens sont plus fréquentes chez les étudiants dans les facultés et moins pratiquées dans les établissements secondaires en Tunisie ou même à l’étranger. Ces jeunes organisateurs ont été initiés au management, à la logistique, à la communication, à la gestion de budget et à de nombreuses compétences édifiantes à travers cet exercice. Le fait de voir le travail de cette jeunesse se concrétiser sur terrain est prometteur et valorise leur engagement.
«Tout bon projet commence à partir d’une idée bien pensée », a déclaré Ayoub Nedhif, élève MUN en secondaire au lycée Louis Pasteur. «Ce qui est passionnant dans ce projet, c’est le manque de théorie ! Le concret, la réalité, être sur terrain, c’est le plus important», poursuit Ayoub Nedhif. Ses camarades du même groupe, Myriam Sallemi et Myriam Kilani, rappellent l’impact positif de cette activité sur leur évolution et leur savoir. Zeineb Abid, une 4e élève participante, est passionnée de littérature russe. Cette culture lui a été d’une grande utilité lors de sa rencontre tenue à l’ambassade russe. Il s’agit aussi pour ce groupe d’un moyen de sortir de ce cadre qu’est le lycée et de prévaloir cette démarche.
Arranger prochainement des rencontres et des entretiens avec d’autres ambassadeurs n’est pas à exclure. Une étape qui s’inscrit dans la continuité du travail déjà entamé. En guise de récompense, un voyage collectif d’élèves à New York et Washington est prévu afin de visiter les sièges des plus grandes institutions, en particulier celle de l’ONU. Il y a différentes organisations à travers le monde qui font des simulations, et l’idéal serait d’envoyer des élèves capables d’intégrer les sphères du pouvoir dans quelques années. D’autres objectifs sont à envisager, idéalement si ces mêmes élèves parviennent à avoir les financements nécessaires afin d’élargir leurs activités.
Pour les étudiants et les jeunes du monde entier, il est utile de rappeler que les simulations des Nations unies ont pour but de former les participants aux négociations internationales. Dans un sens plus large, ces simulations visent à promouvoir les droits humains et les compétences en communication et en relations internationales et à inculquer les fondements de la diplomatie. Dans le cadre des Modélisations des Nations unies, les étudiants participants doivent, entre autres, faire des recherches sur les pays, les débats et les problèmes internationaux pour tenter de trouver des solutions aux problèmes mondiaux.

Une parenthèse musicale nommée « Sinouj » a conquis son public, grâce à sa justesse sonore, sa fusion instrumentale éclectique et une mise en scène visuellement attractive. Benjemy a assuré cette soirée de clôture du festival « Soufiyet », organisée par le Centre des musiques arabes et méditerranéennes (Ennejma Ezzahra) avec une pléiade d’artistes.
En plus de son effusion sonore recherchée, « Sinouj » se caractérise par la richesse de ses artistes-participants et leurs instruments : Houyem Ghattas au violon, les voix de Haythem Hadhiri et Abdesslem Ben Souiden, sans oublier, le duo Montasser Jebali-Elyes qui a ajouté des sonorités rythmiques et traditionnelles retentissantes, en maniant la « darbouka », le « mézwed » et la « zokra ». La lumière, les bougies, les habits, les bijoux (signés Kahena Collection) sont les atouts forts du spectacle. Un moment musical de plus d’1h20 qui se vit. Les invités se sont laissés imprégner par ce moment musical et en partie spirituel.
Initialement, « Sinouj » est un projet solo, mais qui n’a pas tardé à s’agrandir. Il a été conçu dans le cadre du « Sicca Jazz » dans des formats solo et se caractérisait principalement, au départ, par ses sonorités électroniques. L’idée de créer une troupe autour du projet a été concrétisée par la suite : le public a pu voir le résultat sur la scène d’Ennejma Ezzahra. Il s’agissait d’un premier jet, un premier essai en groupe maintenu à l’occasion de la clôture de « Soufiyet » 2022, le festival organisé à l’occasion du mois de ramadan.
Le spectacle oscille entre musique « populaire » et « soufi ». L’électronique habille tout le répertoire du spectacle. Initialement, « Sinouj » est instrumental et est élaboré autour d’une recherche approfondie sur le rythme. Le dosage entre les genres musicaux était juste, autre atout fort du spectacle. « Mon rêve, c’est d’enrichir ‘‘Sinouj’’ de 30 à 40 talents sur scène », confie Benjemy. Le rendre adaptable à des soirées nocturnes et à d’autres lieux fait partie des objectifs de l’artiste.

«Harga 2» s’inscrit en partie dans la continuité de ce qui a été montré l’année dernière, mais cette suite rime surtout avec «changements » et «bouleversements». Dans cet entretien, Lassâad Oueslati met en lumière les dessous de ce deuxième succès consécutif sur le petit écran.
La 2e saison de «Harga» est-elle une continuité ou un changement ?
C’est à 100% un changement. Je pense que c’est un challenge avant tout, celui de faire oublier la 1ère saison et d’entamer de nouvelles histoires, de nouveaux cycles.
«L’autre rive», l’intitulé de cette 2e partie fait donc référence à un changement qui va de pair avec l’émergence de nouveaux axes et le développement d’autres. Pouvez-vous nous les rappeler ?
«Harga 2» a été pensé depuis le début ou depuis l’achèvement de la première partie. «L’autre rive» devait être raconté afin de mettre en lumière l’après-«Harga», l’après-traversée de la mer et l’arrivée en Italie. L’avenir des survivants, et des échappés du «Centro». Leur vécu et leur réalité en tant que voyageurs clandestins, et les suites de divers parcours.
Quelles étaient les conditions du tournage ? Y a-t-il eu d’autres challenges et d’autres difficultés à contourner pendant la 2e saison ?
Pendant la 1re saison, il y a eu interruption de tournage à un moment, et sa reprise était bénéfique finalement. On a eu l’autorisation d’entamer le tournage de la 2e saison à 4 mois de Ramadan. La difficulté était donc d’ampleur. Le projet de la 2e partie était beaucoup plus difficile à concrétiser : rien qu’en déplaçant toute une équipe à Palerme, les problèmes de paperasses en particulier avec l’Italie, la logistique qui va avec, la gestion de l’argent, les coûts élevés… D’autant plus que j’ai insisté pour qu’on filme en Italie parce que quelques décors n’allaient pas en Tunisie. Et pour donner de l’impact à la série et de la véracité, il fallait tourner en Italie. L’écriture était autre aussi, totalement différente de la première saison.
Les prisons, le tribunal, la décharge, les rues… Autant de décors qui existent dans les deux rives de la Méditerranée, en Italie et en Tunisie. Comment s’est fait le choix de ces lieux particuliers ?
Les décors dans l’autre rive, en Italie étaient clairs et pensés d’emblée. L’extérieur et les espaces sont étroitement liés aux vécus des personnages. Ceux de la première saison ont eu leurs espaces respectifs. Pareil pour la 2e saison, qui raconte des personnages présents dans des espaces ouverts. En Tunisie, le personnage de «Naama» est central. J’ai été inspiré par le sujet des «Barbécha» et il fallait l’intégrer dans l’histoire en situant «Naama» dans la décharge de «Borj Chekir». L’urgence de raconter la vie dans le «Msabb», cet endroit si particulier, si dur, s’est directement posée. Il fallait également raconter la prison, qui accueillait de nombreux migrants et voyageurs clandestins retenus dans des conditions atroces. Dans quelques fermes en Italie, des horreurs s’y passent. Il fallait aussi reconstituer la vie dans une ferme, lieu où sont détenues de jeunes femmes clandestines et pas que des femmes : des enfants, des jeunes migrants et des gens de tout bord …
Comment s’est passé le tournage dans cette immense décharge, celle de «Borj Chekir» ?
C’est important de remercier le ministère de l’Environnement, qui nous a donné son accord afin d’effectuer le tournage sur place. Un lieu fermé et gardé, y compris par ses «Barbécha», ses employés. Des gens discrets, qui travaillent dans cette décharge, mais qui restent méfiants. L’odeur était asphyxiante à notre arrivée. On aurait pu le reconstituer ailleurs, pour le bien de l’équipe. Tout ce qu’on a pu voir était vrai et je tenais à filmer ces conditions sans artifices. On s’y est adapté pendant presque une semaine malgré les conditions très dures. Des conditions qui ont fini par nous atteindre : on ne pouvait filmer et faire le nécessaire, sans filmer toutes ces personnes, instruites, d’un certain niveau, qui fouillent tout au long de la journée dans ce «Msabb». Des personnes discrètes, souriantes, de bonne humeur souvent, mais pudiques. Elles vivent en collectivité et en symbiose ensemble. C’est un exemple du vivre-ensemble et de solidarité.
Le tournage en Italie a-t-il été à la portée ?
Un tournage préparé d’avance. Avec des repérages déjà faits, et le soutien de Hedi Krysène. Ce que je retiens c’est la solidarité des Italiens et des Tunisiens résidents là-bas et qui connaissaient déjà la série. Je salue aussi la solidarité et le soutien de l’ambassadeur de Tunisie en Italie, Moez Sinaoui. L’obtention du visa était impossible sans le soutien de la télévision tunisienne et l’intervention de l’ambassade et de Faouzi Mrabet. Malek Ben Saâd, le personnage principal des événements écrits à Palerme a eu beaucoup de mal à avoir le visa. S’il ne partait pas, c’était problématique. On a retardé d’une semaine le départ, et au final, il l’a eu à la dernière minute. C’était serré. Pendant le tournage et grâce à l’équipe soudée, on a pu filmer dans des endroits exceptionnels, comme en prison ou dans des lieux en plein air avec le drone. On nous a sous-estimés au départ, et on a dû montrer aux Italiens un sens du professionnalisme exemplaire et un niveau de travail respectable. C’est le plus important.
Il y a une phrase qui a été dite pendant la série « Les Tunisiens ont mauvaise réputation en Italie ». Est-ce que c’est vrai?
Pas que les Tunisiens et pas tout le monde. C’est un regard forcément rabaissant lancé à l’encontre des voyageurs clandestins. Leur nombre a beaucoup augmenté ces dernières années. Leur présence est devenue encombrante pour les autorités italiennes. «Harga» valorise l’image du voyageur tunisien et africain. L’intrigue autour du parcours de «Fares», incarné par Malek Ben Saâd est révélatrice : lui avoir tendu un piège et l’avoir taxé de terroriste est une manière, parmi d’autres, d’enlaidir la situation des migrants. Beaucoup profitent des voyageurs clandestins : ces derniers subissent énormément d’injustices. Les sans-papiers souffrent, encaissent et subissent faute d’alternatives.
Pouvez-vous nous en dire plus sur l’écriture nouvelle qui caractérise cette 2e saison ?
Il fallait modifier l’écriture dans un élan de changement : avec Imed Eddine Hakim, on inventait des intrigues, qu’on montrait directement au départ, et qu’on racontait après, à l’envers, plus longuement sur de nombreux épisodes. Une manière d’expliquer aux spectateurs comment tel ou tel personnage a pu se retrouver dans une situation délicate et complexe comme celle que vit «Naama» dans l’interrogatoire. Une manière de retenir l’attention du spectateur. Le parallèle caractérise aussi l’écriture de la 2e saison : Il y a le parcours de «Kayla» en Tunisie et celui de «Fares» en Italie. Les deux évoluent en même temps, les deux subissent rejets et difficultés insurmontables dans les deux pays et dans les deux cas, il y a beaucoup de similitudes. On a raconté les parcours de «Lamine» et «Naama», dans les deux rives. Toute la série repose sur des croisements inattendus entre personnages venus de toutes parts, et plus on avance dans le temps plus les croisements se font.

La 2e saison a connu un changement important au niveau des personnages, et elle a connu de nouvelles recrues…
Quand on a ouvert de nouveaux axes, les décors de «Naama», ont par exemple changé et on a fait appel à des personnages nouveaux, comme celui de «Zina», interprété par Mouna Nourredine. «Lamine», pour Ahmed Hafiane, «Chadia» pour Nadia Boussetta, «Saber» pour Hedi Krysène. Sans oublier Fathi Akkari, Oumayma Maherzi, Amina Bdiri… Une pléiade de personnages qui ont été écrits afin d’évoquer de nouvelles problématiques liées à la migration clandestine, comme les travailleurs du sexe, le mariage de la Tunisienne avec un étranger. Il ne faut pas oublier que beaucoup de migrants traversent la mer, galèrent pour gagner leur vie, et ces mêmes migrants font nourrir leurs familles en Tunisie. Ils parviennent à le faire à distance en envoyant de l’argent au bled : ces derniers ne construisent rien pour eux-mêmes et vivent uniquement pour nourrir leurs familles à distance. C’est comme s’ils se sacrifiaient.
Tes personnages sont diversifiés et très inclusifs…
Comme les personnages à déficience mentale, souffrant de bégaiement ou de maladies auto-immunes. Il faut couper avec la 1ère saison et toutes ces vies filmées se croisent dans un seul aspect : celui de la souffrance liée à cette volonté de partir. Tout est subtilement traité dans le but de mettre en lumière ces existences et ces profils et de les voir autrement, avec un regard autre, si on les croise dans la vraie vie. Koussai Allegui, a été repéré par Rahma Jalel, la responsable du casting. Je l’ai apprécié et choisi bien avant de le voir. J’ai cru en lui. Lui et Malek Ben Saâd sont des jeunes très prometteurs, disciplinés, doués. Les avoir dirigés était exceptionnel. Le handicap du bégaiement chez Koussai a été puisé en s’inspirant de son frère dans la vraie vie. Un très bon avenir attend ces jeunes talents. Malek Ben Saâd a des réflexes et un savoir-faire que de grands acteurs n’ont pas. Une carrière florissante à l’étranger l’attend à mes côtés. (rire)
Des comédiens et grands artistes de théâtre, comme Fathi Akkari, Riadh Hamdi, Mhadheb Rmili participent-ils à l’élaboration du scénario ?
Non. La puissance des dialogues, on la doit à Imed Eddine Hakim, le scénariste. Mais avec des noms aussi connus, il y a des discussions, des échanges autour du texte, de certaines techniques. Pour Riadh Hamdi, le travail s’est fait davantage au niveau de l’accent. Je donne une marge à la modification des dialogues à temps et j’évite l’improvisation. Il y a une touche de Mhadheb Remili dans son monologue au tribunal aussi. Akkari a ajouté du sien. Il y a une toute légère intervention de la part des acteurs dans les dialogues, mais qui reste subtile et minime.

Les Arjoun, Nour et Selim tiennent les ficelles de la musique de cette 2e partie. Pourquoi ce choix ?
Selim, je le suivais depuis longtemps. Le changement devait se faire au niveau de la musique aussi. Pour cette 2e saison, j’ai pensé à lui. C’était évident. Quand j’ai écouté son répertoire, il correspondait à la saison. Il est dynamique, très productif. Il avait déjà «Trab», la chanson du générique, sortie bien avant «Harga 2». Sa musique a donné une portée autre à la saison. C’était une découverte. Je suis reconnaissant. Le Soundtrack de «Harga 2» est disponible sur I-Tunes.
Par quoi se caractérise «votre travail en équipe» ?
Notre équipe a entamé un travail sur de bonnes bases en manipulant un «Mood Board», par exemple, qui est un montage de différents éléments graphiques qui compile toutes les sources d’inspiration d’une personne, qui peaufine les idées créatrices et les éclairent : palette de couleurs et inspirations liées aux personnages, aux lieux, aux costumes… tout passe au crible par moi-même, en équipe et dans le détail près. Tout se fait à l’avance. Je salue au passage Rabii Masseoudi, Randa Khedher, Ahmed Ben Kridis, Nahla Smati, etc : nous nous connaissons assez, fort heureusement, pour savoir comment travailler en collectivité et ce que nous voulons transmettre et réaliser. Je suis reconnaissant au producteur Ridha Slama pour son implication, et sans qui, ce tournage n’aurait pu se passer dans de telles conditions.
Avez-vous des anecdotes drôles à nous raconter ?
On nous a retenus en Italie. On ne pouvait pas rentrer avant les transferts de sommes d’argent. Et on a dû improviser sur des lieux publics pour filmer, toujours à Palerme. On se présentait comme étant des étudiants désireux de réaliser un film de fin d’études et on nous croyait. Dans la décharge, le défi c’était de ne pas filmer les gens qui travaillaient là-bas et qui étaient très nombreux.
«Harga 2» en chiffres ?
140 comédiens, plus de 25 personnages principaux, 78 jours de tournage, 70 lieux : décors et sous-décors. Deux pays. Sans compter le désert, la mer, le Sud, la capitale, les régions côtières. Plus de 80 personnes dans l’équipe technique. On a dû s’adapter à une coupure de tournage liée à une infection à la Covid et à une fatigue extrême.
Vos projets à venir ?
J’entame un tournage conséquent à l’étranger sur une très bonne période. Les années prochaines, je compte travailler davantage sous d’autres cieux. Une occasion de prendre de la distance par rapport à la production ramadanesque de feuilletons en Tunisie.
Que pensez-vous de l’émergence des plateformes de visionnage en ligne ?
A encourager. Evidemment. Le piratage doit être banni. Et on aimerait voir des plateformes qui produisent leurs créations et qui ne fonctionneront pas uniquement comme étant une vitrine ou un support. Les plateformes sont une alternative à un changement dans le paysage audiovisuel et qui doit se faire à la racine.

Ramadan 2022 a rimé avec spoilers bien avant l’heure ! En plus des feuilletons qui font parler avant leur lancement, comme à l’accoutumée, au moins, deux plateformes numériques ont pris d’assaut le web tunisien. Pensées et conçues dans le but de réglementer le paysage audiovisuel tunisien, leur émergence marque la naissance d’un nouveau mode de consommation de productions ramadanesques pour les Tunisiens… malgré les aléas.
Deux plateformes numériques tunisiennes ont été lancées permettant la diffusion en ligne de quatre productions télévisuelles : le controversé «Baraa» de Sami Fehri et «Foundou 2» de Saoussen Jemni, disponibles sur la plateforme payante samifehri.tn. Les 2es saisons de «Ken Ya Makenech» d’Abdelhamid Bouchneq et de «Harga» de Lassâad Oueslati génèrent un nombre de visites considérables gratuitement sur «Watchnow.tv» qui a éclipsé «Artify.tn» Cette plateforme—rappelons-le—a permis, avec succès, la diffusion semi-payante de la première saison de « Harga » en 2021.
Un mode de diffusion nouveau qui a attisé la réaction globalement positive du public. Ce dernier s’est livré à une nouvelle méthode de consommation, en phase avec ce changement numérique et technologique mondial en vigueur dans d’autres pays depuis déjà belle lurette. La Tunisie est parmi les derniers pays à avoir enfin opté pour ce mode de transmission, contournant la diffusion gratuite sur «Youtube». Jusqu’à il y a deux années, presque la totalité de la production audiovisuelle tunisienne se retrouvait gratuitement sur «Youtube.com», générant des clics conséquents sans revenus. L’invention de ces plateformes inédites entre dans une volonté profonde et commune de réguler le paysage.
Sami Fehri a lancé sa plateforme du même nom «Samifehri.tn», qui, à l’heure actuelle, donne accès uniquement à la rediffusion quotidienne de «Foundou 2» de Saoussen Jemni et de «Baraa» de Sami Fehri. L’abonnement est à 8dt le mois. La diffusion est en HD, sans publicités. Les fans de ces productions s’y sont empressés, générant un bug technique, depuis peu réglé. Un bémol causé par une pression due à un nombre accru de visites. Lancée à coups de communication, de publicités et de déclarations pompeuses dans quelques médias, la plateforme restera fonctionnelle après le mois de Ramadan. L’avoir conçue payante n’a pas dissuadé une frange importante du public de s’inscrire, contournant ainsi les diffusions saccadées de publicités à la télévision.
Le service public de la «Watania 1» a opté pour «Watchnow.tv», une plateforme gratuite, totalement accessible sur le web afin de permettre aux deux saisons de «Ken Ya Makenech» de Bouchnak et de «Harga» de Lassâad Oueslati de parvenir au public à coups de clics. Les épisodes deviennent accessibles quotidiennement juste après leur diffusion à la télévision. La plateforme est achalandée de quelques classiques du cinéma tunisien et va être alimentée au fur et à mesure. «El Balas» de Zied Litayem est accessible sur «Youtube» à l’ancienne. La série policière d’Amine Chiboub «13, rue Garibaldi» ne bénéficie pas de rediffusions par choix. Une manière d’inciter le public à répondre présent devant le petit écran chaque soir et de regarder le programme à «l’ancienne».
Challenge fou mais relevé
Ce changement opère à l’heure où la production télévisuelle tunisienne atteint son paroxysme, uniquement pendant le mois saint. Un rythme de diffusion régulier, figé dans le temps, et une production sclérosée par le diktat des annonceurs et de la publicité font main basse sur le petit écran depuis des décennies. Ne voulant pas procéder à un changement permettant le lancement de productions audiovisuelles en dehors du mois saint, l’émergence de ces plateformes de streaming bousculera peut -être tout un système qui ne demande qu’à changer : le public tunisien est féru de productions tout au long de l’année : l’audience sera au rendez-vous. Les plateformes, comme alternative à cette unique production télévisuelle ramadanesque, s’annoncent a priori prometteuses. Reste à garantir sur la durée aux internautes un service performant de « télé en ligne à la demande»…