
L’inauguration de l’exposition attendue sur «Les Beys husseinites» a eu lieu le 12 janvier 2022 au Centre, des arts, de la culture et des lettres à Ksar Saïd. Un événement synonyme de savoir, de découvertes d’objets précieux et de tableaux restaurés. L’occasion aussi de faire la connaissance des hommes politiques qui ont fait l’époque beylicale tunisienne.
Quoi de mieux que de s’offrir une exposition historique afin d’entamer l’année 2022 ? L’événement a attiré l’attention sur les réseaux sociaux. L’époque beylicale attise toujours les passions et éveille une profonde curiosité chez les Tunisiens ou autres. L’exposition «Les Beys husseinites» est annoncée pour le 13 janvier 2022, date qui tombe à pic avec le décret d’un couvre-feu à cause de la hausse des cas covid-19. Plus de peur que de mal : l’événement est maintenu avec respect du protocole sanitaire jusqu’au 31 décembre 2022.
Organisée par le Centre des arts, de la culture et des lettres Ksar Saïd avec le soutien du ministère des Affaires culturelles représentée par la Direction des arts plastiques et en collaboration avec l’Institut national du patrimoine (INP), la Bibliothèque nationale de Tunisie (BNT), le Palais Ennejma Ezzahra et les collections privées de «Tej el MolkKhayachi» et «Sachat Beylicat», l’exposition a été officiellement ouverte au public le 13 janvier. Mme la ministre de la Culture, Hayat Guettat Guermazi, Mr. Moncef Ben Moussa, directeur du centre, Mr. Faouzi Mahfoudh, directeur général de l’Institut national du patrimoine et Mr. Ahmed Chaâbane, directeur général du patrimoine au ministère des Affaires culturelles, ainsi que Mme Wajida Sakkouhi, conservatrice du musée de la Tunisie moderne et commissaire de l’exposition ont inauguré l’événement dans l’après-midi du 12 janvier 2022.
Des toiles rares et entretenues, accompagnées de Cartel d’informations détaillées relatives à cette époque méconnue, des objets de valeur et de collection, des armes dont des pistolets anciens, des archives rares, médailles, pièces, costumes, uniformes font l’exposition des «Beys husseinites», à ne pas confondre avec un précédent événement tout aussi marquant baptisé «L’Eveil d’une Nation», organisé dans le même lieu par la fondation Rambourg en 2017.
Certaines toiles présentées ont été conçues par des artistes issus de cette période clé de l’Histoire tunisienne. L’exposition raconte deux siècles et demi d’un règne beylical riche de ses aléas politiques. L’aspect social, économique et religieux était aussi très présent et soigneusement relaté : il s’étale de 1705 jusqu’à 1957. Des moments clés, tels que la proclamation de la République Tunisienne, ou l’abolition de la monarchie beylicale y sont exposées. Environ 17 tableaux rares de Beys ont été présenté durant cet événement, comme ceux de Hédi Khayachi (1882-1902), Noureddine Khayachi (1907-1987), Mohamed Mtimet (1939-2011). Des héritiers et conservateurs de quelques pièces ont apporté leur soutien à ce projet avec la supervision de l’équipe du Laboratoire de conservation et de restauration des biens culturels.
Trois portraits sont remarquables : le premier est celui du «Bey, chef suprême de l’État, symbolisant la monarchie beylicale», le 2e est celui de Hussein Ben Ali el-Turki, fondateur de la dynastie husseinite (1705-1735/40) et un autre portrait de Mohamed Naceur Pacha Bey (1906-1922). Cette époque de la dynastie husseinite méconnue est à explorer. D’autres expositions autour de cette période historique auront lieu.

Immersif à souhait, le long métrage iranien d’Ahmad Bahrami «The Wasteland» déroute surtout par sa maîtrise exceptionnelle de la caméra et par la construction de son scénario. Un ovni iranien que les cinéphiles espèrent voir prochainement sur grand écran.
En version originale, «Dashte Khamosh» est une expérience cinématographique forte d’un langage éloquent nouveau : il parvient à transmettre d’une manière implicite les états d’âme des personnages, les ressentis divers émanant de leurs errances et de leurs échanges, et d’accorder au spectateur une libre interprétation.
Résumer le film, c’est le réduire : l’histoire est construite autour du personnage de Lotfollah, qui est un superviseur d’usine de briques, servant d’intermédiaire entre les ouvriers et le patron. C’est dans cette usine et ses environs que le public est entraîné et fera la connaissance aussi d’un patron, qui, à un moment précis, annonce à ses ouvriers, composés de plusieurs ethnies, la fermeture de l’usine. Une succession d’événements, narrée presque au ralenti, se déroulera. Et pour Lotfollah, garder Sarvar, la femme qu’il aime, indemne, reste primordial.
En noir et blanc, le réalisateur raconte une fiction dystopique d’un réalisme saisissant, tournée dans des décors bruts. Dans un élan de ralenti, l’étau se resserre autour des travailleurs de l’usine et du personnage Lotfollah. La scène centrale du discours du patron s’adressant à différentes foules est récurrente : une manœuvre qui rappelle l’impact de l’événement sur le devenir du récit. La narration est schématisée jusqu’à impliquer Sarvar, la bien-aimée de Lotfollah. Une répétition qui met en relief un aspect socio-philosophique riche, puisqu’en s’adressant à différentes ethnies, ce patron parle à de nombreuses personnes, évoquant ainsi différentes problématiques liées à la superstition, les croyances, les relations extraconjugales, le racisme, les mœurs… Autant de thématiques sociales évoquées simultanément avec la chute de l’usine, et un patron soucieux omniprésent, essayant de trouver des alternatives à cet échec. Mais le personnage de «Lotfallah» reste tragique par excellence : digne et résistant, il garde le cap en pleine spirale. Un homme caractérisé par son sens de la loyauté et du sérieux à côté de Sarvar, un personnage féminin discret, mais intriguant. Le cinéma de Bahrami est fort d’une esthétique nouvelle sur grand écran qui interpelle. Ce film a été présenté à la Mostra de Venise de 2020 et n’est pas encore sorti dans plusieurs pays. Il a été néanmoins projeté pendant les JCC 2021 à Tunis, en présence de son réalisateur. A l’affiche, les deux acteurs Mahdieh Nassaj et Ali Bagheri.

«Touristes hors-saison » est le 2e film court de Maher Hasnaoui. Découvert pendant les Journées cinématographiques de Carthage 2021, il a marqué par la portée de son propos. Le jeune réalisateur met en lumière la situation précaire des migrants subsahariens en Tunisie, sujet peu traité par les médias tunisiens et dans le cinéma.
Après « Khalaâ », son premier film, Maher Hasnaoui a suivi le parcours de Hervé, personne migrante vivant en Tunisie. Ce dernier cherche à subvenir à ses besoins en décrochant un travail décent mais se retrouve face à des difficultés d’intégration de taille en Tunisie. Illégalité, travail dans le noir, racisme ordinaire, réticence, hésitation, méfiance… Son parcours, filmé sur des mois, a été relaté dans un film de 30 min. « Touristes hors-saison », crie certes la détresse d’Hervé mais reflète surtout l’existence fragilisée de toute cette communauté marginalisée.
Maher Hasnaoui raconte le quotidien houleux d’Hervé, migrant subsaharien, qui cherchait à décrocher un travail 7 ans plus tôt. Le réalisateur travaillait dans un restaurant en 2015, lieu dans lequel il a rencontré Hervé. Les problèmes d’intégration d’Hervé ont aussitôt surgi et ressentis par Hasnaoui. A l’aide d’une caméra, Maher commence à filmer cette détresse d’abord personnelle, puis collective.
Le réalisateur a voué un intérêt spécifique à la situation irrégulière que vivent les migrants. Cette difficulté à trouver un travail, à s’intégrer normalement dans la société tunisienne, à vivre dans la peur des autorités, à esquiver les pénalités, souvent lourdes et cette incapacité à régulariser aisément leur situation alarmante. Dans le cas d’Hervé, son incapacité à pouvoir payer ses dettes accumulées le pousse à rester dans l’irrégularité, de peur de se faire épingler par les autorités et rapatrier dans son pays d’origine, raison pour laquelle il est dans le noir depuis 10 ans.
Le réalisateur met en relief, dans son film, cette situation sans « victimiser » Hervé. Il tenait à filmer un combat, les aspects et les valeurs de son personnage principal, mais surtout son évolution, et son affranchissement de cette situation alarmante. Le récit singulier, raconté en 30 min, devait davantage raconter l’existence d’une communauté « invisibilisée. ». « Touristes hors-saison » revient d’ailleurs sur une manifestation d’ampleur qui a eu lieu à Tunis le 23 décembre 2018, suite au meurtre de Falikou Coulibaly, président de l‘Association des Ivoiriens en Tunisie. Fait divers mémorable. Le court-métrage a été retenu en compétition officielle lors des JCC 2021.

Le long-métrage norvégien de Joachim Trier a été retenu dans la section « Cinéma du monde » lors des JCC 2021 et a raflé le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de Cannes en 2021. Intimiste, bouleversant et construit, tel un roman, en 12 chapitres, ce film fait le portrait de son personnage principal sur 2h08, divinement incarné par Renate Reinsve, grande découverte.
Ce récit, élaboré autour d’une femme trentenaire, suit les déboires et les doutes de son héroïne et trace les tournants les plus décisifs de sa vie professionnelle, personnelle, voire intime. Julie a 30 ans et n’arrive pas à se fixer dans la vie. Alors qu’elle pense avoir trouvé une certaine stabilité auprès d’Aksel, 45 ans, auteur à succès, elle rencontre le jeune et séduisant Eivind, qui fait basculer sa vie.
Ce film ne manque pas de profondeur, puisqu’il interroge l’existence même d’une femme aux prises avec des difficultés diverses : du désir d’être maman (ou pas), au fait de se conformer aux normes sociales, ou d’abandonner une carrière toute tracée d’emblée. Au fil des chapitres, « Julie » prend des risques, se prend en main, s’abîme et se relève. La jeune femme s’endurcit, apprend, gagne en maturité et évolue. Tout spectateur peut s’identifier à sa jeune existence.
Après « Oslo 31 août », « 3 ans après Thelma », le réalisateur Joachim Trier nous revient avec un nouveau personnage féminin éponyme. Dans un long-métrage, qui s’annonce comme une histoire mélodramatique ordinaire, les événements accouchent finalement d’une œuvre tendre, fourrée de sentiments, qui parvient à émouvoir. La narration du film ne manque pas de lyrisme et de délicatesse en faisant le portrait d’une jeune femme moderne à l’ère #metoo. La musique d’Ola Flottum met aussi en valeur deux portraits masculins, tout aussi attachants.
« Julie » est un film maîtrisé de bout en bout, fort de ses propos, de son écriture et de sa mise en scène. Son actrice principale a pu insuffler diverses émotions : de la peine à la colère, en passant par la résignation et l’insouciance. Des états d’âme qui rendent le film gracieux. Un film, divisé en 12 chapitres inégaux, qui permet de montrer l’actrice à son avantage : tantôt forte, tantôt fragile dans le rôle tourmenté de « Julie ». Renate Reinsve, l’actrice principale, porte, en effet, le film. La sortie de « Julie, en 12 chapitres » a été annoncée pour bientôt dans les salles tunisiennes, mais sans mentionner encore de date précise.

Le long-métrage norvégien de Joachim Trier a été retenu dans la section « Cinéma du monde » lors des JCC 2021 et a raflé le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de Cannes en 2021. Intimiste, bouleversant et construit, tel un roman, en 12 chapitres, ce film fait le portrait de son personnage principal sur 2h08, divinement incarné par Renate Reinsve, grande découverte.
Ce récit, élaboré autour d’une femme trentenaire, suit les déboires et les doutes de son héroïne et trace les tournants les plus décisifs de sa vie professionnelle, personnelle, voire intime. Julie a 30 ans et n’arrive pas à se fixer dans la vie. Alors qu’elle pense avoir trouvé une certaine stabilité auprès d’Aksel, 45 ans, auteur à succès, elle rencontre le jeune et séduisant Eivind, qui fait basculer sa vie.
Ce film ne manque pas de profondeur, puisqu’il interroge l’existence même d’une femme aux prises avec des difficultés diverses : du désir d’être maman (ou pas), au fait de se conformer aux normes sociales, ou d’abandonner une carrière toute tracée d’emblée. Au fil des chapitres, « Julie » prend des risques, se prend en main, s’abîme et se relève. La jeune femme s’endurcit, apprend, gagne en maturité et évolue. Tout spectateur peut s’identifier à sa jeune existence.
Après « Oslo 31 août », « 3 ans après Thelma », le réalisateur Joachim Trier nous revient avec un nouveau personnage féminin éponyme. Dans un long-métrage, qui s’annonce comme une histoire mélodramatique ordinaire, les événements accouchent finalement d’une œuvre tendre, fourrée de sentiments, qui parvient à émouvoir. La narration du film ne manque pas de lyrisme et de délicatesse en faisant le portrait d’une jeune femme moderne à l’ère #metoo. La musique d’Ola Flottum met aussi en valeur deux portraits masculins, tout aussi attachants.
« Julie » est un film maîtrisé de bout en bout, fort de ses propos, de son écriture et de sa mise en scène. Son actrice principale a pu insuffler diverses émotions : de la peine à la colère, en passant par la résignation et l’insouciance. Des états d’âme qui rendent le film gracieux. Un film, divisé en 12 chapitres inégaux, qui permet de montrer l’actrice à son avantage : tantôt forte, tantôt fragile dans le rôle tourmenté de « Julie ». Renate Reinsve, l’actrice principale, porte, en effet, le film. La sortie de « Julie, en 12 chapitres » a été annoncée pour bientôt dans les salles tunisiennes, mais sans mentionner encore de date précise.

Telle une spirale de mots/maux, « Je suis Cide » de Tarek Sardi happe le spectateur. Son dernier film en date raconte en un temps court les affres d’une époque et les errances d’un individu, entraîné dans des interrogations et dans une recherche de soi effrénée.
« Je suis Cide » est vu, mais il est surtout écouté. Son point fort reste son texte : un monologue d’une douzaine de minutes qui raconte « Cide », le personnage principal du film interprété par Helmi Dridi. A la fois poético-philosophique, ces mots ne font pas que caresser les oreilles, ils résonnent haut et fort afin d’inciter à une réflexion, ou provoquer un changement. « Je suis Cide » oscille entre images d’animation et prises réelles. Il est hybride, riche d’un répertoire verbal soutenu, et possède une approche philosophique. « Cide », trentenaire, erre dans une grande cité, rongé par un mal-être profond, il s’abîmera au fur et à mesure, à la recherche de soi.
Produit par « 3e Genre Production », « Je suis Cide » est le 2e film de Tarek Sardi. Le premier « A tribord, je vomis » a été réalisé en 2019 et projeté lors de la 2e édition Mawjoudin Queer Film Festival. Le réalisateur manie les images et les univers, mais son dada reste l’écriture : les mots pour raconter les problèmes des minorités, disséquer les tabous, aborder les interdits, crier toutes les injustices confondues et relater les conflits universels autrement.
«Je suis Cide » a été présenté lors de la 32e édition des Journées cinématographiques de Carthage. Il est paru en livre, en version numérique initialement et fait office d’un prequel à un long-métrage. L’équipe du film est constituée de Franco-Tunisiens, citons la productrice Kaouther Hadidi, Fakhreddine Amri, Helmi Dridi, Aymen Mbarek, Adonis Romdhane, Ramis Barka … et Mahmoud Turki à la musique. « Je suis Cide » est attendu dans les salles en Tunisie en 2022.

«Black & White Circus», le dernier spectacle de Nawel Skandrani, fusionne diverses disciplines artistiques sur scène afin d’exprimer les travers d’une époque actuelle vacillante. L’artiste au propos engagé et assumé nous en dit plus sur cette dernière création universelle.
Vous avez titré votre dernier spectacle «Black & White Circus». Un titre qui n’évoque pas forcément la danse. D’où a émergé ce titre ?
Je ne me rappelle pas (rire). L’idée du spectacle a émergé en 2016. Je l’avais pensé comme un solo. Du solo, c’est passé au résultat final. Le solo d’une circassienne noire, initialement interprétée par Malek Zouaidi. Il fallait parler de ce monde que les gens ont envie de voir en noir ou en blanc. La vision d’un monde catégorisé, sectaire, divisé. Du noir et du blanc, on arrive à la couleur introduite dans le spectacle, petit à petit, d’où le titre.
Vous avez opté pour une forme pluridisciplinaire. Est-ce que c’est une manière pour vous d’explorer une nouvelle piste en déclarant l’abolition des frontières dans les arts scéniques ?
Ce n’est pas nouveau pour moi. J’ai commencé à travailler sur des formes multidisciplinaires depuis une vingtaine d’années déjà. J’ai toujours aimé mélanger les arts, et ce, de plus en plus dans mes spectacles. Tout cela s’est ressenti et s’est développé au fil du temps et du travail : du mapping, aux visuels, aux vidéos, en passant par le théâtre, le texte. Il y a même eu de la musique live, comme Jawhar Basti dans «Re-existence». Pour revenir à votre propos, je ne sais pas si ça a été décidé de faire «une déclaration» frontalement. Oui, je n’aime pas les frontières, oui, j’ai combattu les chapelles et les frontières de tout ordre : de races, de religions et autres… Je n’ai jamais aussi compris les batailles entre les styles. Emettre autant de limites entre les genres ou les styles relève de l’ignorance, de la peur de l’inconnu. Je suis une conteuse, j’aime raconter des histoires en faisant appel à d’autres formes artistiques. Je viens du ballet classique qui rappelle des histoires.
En parlant de contes et d’histoires, le fil conducteur dans «Black & White Circus», c’est bien «Antar et Abla». Pourquoi cette référence ?
Ce n’est pas un fil conducteur. «Antar & Abla» est un prétexte. Le fil conducteur pour moi, c’est de parler de l’intolérance envers les minorités : ici, j’ai choisi de parler des Noirs et de la communauté LGBTQI++, mais aussi d’évoquer, par extension, les saltimbanques, ou les troubadours que nous sommes, nous les artistes. Des minorités aussi mises de côté. Des communautés d’artistes toujours autant confrontées aux problèmes de la langue, de la race, du genre, de la nationalité, de la religion, de la couleur de la peau… «Antar & Abla» est un prétexte pour pouvoir parler, à travers cette histoire, des problèmes liés aux minorités. Une histoire vieille de 14 siècles et toujours d’actualité. Pour d’autres raisons de nos jours, ces différends persistent pour des raisons ethniques, religieuses, politiques… Le choix du métier d’artiste est encore considéré comme un signe de «tare sociale», encore de nos jours. Et je fais partie de cette minorité d’artistes-danseurs.
Il y a un hommage au cinéma muet également…
Tout à fait. Quand j’ai fait appel à Ghalia La Croix pour faire ce film «de commande», on a évoqué énormément de classiques de cinéma, y compris muet. Ça donne un aspect cocasse avec «Antar & Abla» et, en même temps, tragique. Le spectacle est tragi-comique. On aborde des problèmes de société en suspension, pas réglés, de fond… et si on n’arrive pas à régler le vivre-ensemble, on n’arrivera à rien et on n’avancera pas. C’est donc une occasion de rendre hommage aux grands du cinéma muet.
On ne reste pas indifférents face à autant de disciplines fusionnées : les installations visuelles, les arts du cirque et de la danse, les figures acrobatiques, les effets sonores, la création des masques et des costumes… N’avez-vous pas eu peur de perdre votre propos initial en fusionnant autant de disciplines ?
Peur, non. J’aime les challenges. «Black & White Circus», je ne l’ai pas vécu comme un défi, c’était plutôt une envie. Je ne travaille que quand j’en ai envie. J’y vais à mon rythme sur des périodes espacées. Il a été conçu ainsi au fur à mesure. Les choses se sont mises petit à petit, spontanément. Elles n’étaient pas confuses, elles étaient faites au feeling. La recette d’un spectacle ? Je n’y crois pas beaucoup. Chacun et chacune a sa manière de travailler. Je travaille même sans recette : je peux changer les dosages, les ingrédients, j’ose en n’ayant pas peur de me tromper. Ou sinon, qu’est-ce que c’est ennuyeux ! En tant que créateur, ma vie, c’est de créer tout. Je n’ai pas peur de me perdre. Et actuellement, le spectacle appartient au public. Le public, qui, pour moi, est un concept flou. Je dirais plutôt «rencontrer les nombreux publics». Un public multiple, divers, riche… Si je ne peux pas faire les choses en m’amusant et avec le plaisir, autant ne pas les faire. Même traiter des choses graves, on peut en parler avec de la beauté. On vit dans un monde qui est en train de tourner le dos à la beauté, il ne faut pas l’oublier.
Comment percevez-vous l’univers de la danse actuellement en Tunisie ?
Un monde vague, en effet. A Tunis, je suis considérée comme la doyenne. Concernant la situation de la danse, et par rapport à l’évolution qui a eu lieu ces dernières années, il faut que la jeune génération prenne conscience que ça a évolué. Le mot «danse» n’existait pas de mon époque. C’était le néant. Depuis, il y a eu le ballet national, le ballet de l’Opéra de Tunis, l’aide à la création, mais ça reste insuffisant et il reste beaucoup de travail encore à faire. Une chose me préoccupe en revanche : l’inexistence de la formation académique de la danse. C’est problématique. Il n’y a pas d’institutions de danse académique. On a un ballet, mais pas d’école, et c’est préoccupant. Il n’y a pas réellement de danseurs formés d’une manière académique en Tunisie. Des essais, il y en a eu, mais ce n’est pas suffisant. J’ai toujours dit que j’étais danseuse, avant toute chose. C’est le plus important. Il ne faut pas avoir honte de le dire. Je trouve aussi qu’en termes d’imaginaire, il y a eu, pendant très longtemps, un diktat : celui de prendre un seul modèle, une certaine forme de danse contemporaine française des années 80, et qui est devenue une référence esthétique comme si le reste n’avait pas le droit d’exister. Ça a plombé le domaine de la danse, en général. Ça a impacté les générations de danseurs sur le long terme et, par conséquent, il y a une très grande ignorance de l’art de la Danse. D’où l’utilisation de concepts qu’ils ne connaissent pas. Il y a un grand problème d’éducation et de références. Il faut avoir plus de connaissances, et avec Internet, il faut être curieux, s’ouvrir sur tout et se former. La danse est en panne d’imaginaire et de choses nouvelles.
Malgré les acquis et les avancées réalisées ces derniers temps, le flou persiste pourtant concernant le statut de l’artiste…
Je fais partie de la commission consultative sur le statut de l’artiste. Nous avons travaillé pendant un an sur une nouvelle loi. Ça a été difficile de trouver un consensus pour y trouver son compte, et un accord. Le projet de loi est prêt, et ses amendements aussi. L’ancienne loi a été bloquée, du temps de Chiraz Latiri. Le texte est prêt actuellement. On a été entendu. La loi devait passer au vote en juillet 2021, et puis, il n’y a plus eu de Parlement. On a pensé aux indemnités de chômage, de la sécurité… Un travail élaboré a bien été établi. On nous a élus, et non pas nommés pour l’accomplir. On a fait un travail de fond, en attendant d’y revenir quand on aura un Parlement.
Comment Nawel Skandrani se définit-elle de nos jours ?
Comme elle était avant. J’ai toujours gardé cette capacité de rêver et de m’émerveiller, tout en étant en colère et triste de voir les dérives causées par l’Homme. Je n’ai jamais perdu ce côté militant. Je combats avec ce que j’ai : mon art. La danse, comme toute chose dans la vie, c’est beaucoup de travail et il faut travailler.

Crise identitaire, errance 2.0 et relationnel débridé ont fait le vécu court, mais intense d’une jeune adolescente égyptienne. «Souad», le long métrage d’Ayten Amin, par son propos, fait écho aux maux d’une jeunesse égyptienne en mal de vivre.
Le film d’Ayten Amin est sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes en 2020. «Souad» brille par l’universalité de sa thématique, mais reste profondément ancré dans une dure réalité égyptienne. Elle a 19 ans, s’orne de ses plus beaux vêtements et n’a que son reflet dans son smartphone qui compte : «Souad» puise son bonheur dans le nombre des «J’aime» générés sur les réseaux sociaux et nourrit son estime de soi dans du voyeurisme «instagrammé», mais comme toute adolescente, les amours vécues en ligne finissent par être glissantes.
«Souad» habite «Zagazig», petite ville égyptienne, a des copines proches, rencontre des hommes en ligne, et s’adonne éperdument dans une double vie, sous la pression sociale. Jusqu’à ce que l’inattendu arrive et laisse planer une série d’interrogations et de nombreuses suppositions chez ses proches, restés en suspens. Et c’est «Rabeb» la petite sœur de «Souad», qui se lancera dans une quête à la recherche de pistes qui expliqueraient cet égarement suspect.
Le film brosse les relations familiales rigides entre jeunes filles et parents, mais situe également les deux sœurs dans une réalité sociale conservatrice. Une manière de plonger le public dans les méandres de ce refuge virtuel que sont les réseaux sociaux et de souligner leur place prépondérante dans l’existence de toute une jeunesse égyptienne (ou autre). Fort de son propos, le film est structuré autrement : il s’ouvre brutalement sur «Souad», personnage, a priori, principal qui cèdera la place à la sœur cadette et à un autre personnage masculin. Le film happe dès les premières scènes, mais finit par s’étirer, doucement jusqu’à sa chute finale douce-amère, voire brouillée, finalement menée par une poignée de jeunes acteurs, à l’interprétation maitrisée. Mais «Souad», le film, peut égarer et laisser perplexe, à cause de sa narration saccadée et ses répliques échangées à l’arraché.
Le film est une co-production tuniso-germano-égyptienne, actuellement à Cinémadart et Amilcar.

Ayant fait les frais d’une pandémie féroce, le dernier long métrage de Wes Anderson a été retardé maintes fois pour sa sortie mondiale attendue. Les JCC l’ont présenté à quelques jours de sa sortie officielle dans le reste du monde et, hier, l’Agora s’est chargé de le programmer en fin de soirée. Probablement sa dernière projection au cinéma. Bel hommage au cinéma noir et blanc et à l’histoire de Paris, racontés autrement.
«The French Dispatch», signé Anderson, a longtemps fait parler avant sa sortie, et pour cause : sa distribution de qualité. Le casting réunit une poignée d’acteurs et actrices à la notoriété importante et venues de tout bord : de Bill Murray à la nouvelle Cécile de France, de Tilda Swinton à Mathieu Amalric, d’Adrien Brody à Léa Seydoux, en passant par Frances McDormand, Owen Wilson, Timothée Chalamet, Benicio del Toro, Guillaume Gallienne ou encore la jeune Algérienne Lyna Khoudri, ainsi que Soirse Ronan et Elizabeth Moss et la liste est encore longue.
Différentes nationalités, différentes têtes d’affiche, toutes ou presque confirmées. Le film sur 2h15 raconte une France autre, riche de son histoire, d’anecdotes, d’art et de littérature. Telle une anthologie, le récit parvient à convaincre.
Le réalisateur américain mais profondément francophile s’est inspiré des publications du journal «The New Yorker» afin de ficeler son scénario. Il s’est profondément imprégné d’un journalisme à l’ancienne afin de reconstruire une France Vintage et qui provoque, de nos jours, nostalgie et attachement à des temps passés. Le film est un spectacle sur grand écran aux tournants inattendus. Les scènes courtes, que certaines grandes stars assurent, parviennent à mettre plein les yeux à un large public. Mais miser sur le divertissement peut cacher des faiblesses dans un scénario qui raconte une France d’antan idéalisée voire longtemps rêvée.
«The French Dispatch» ne peut avoir un seul résumé tant il est composé de récits parallèles : le film met en scène un recueil d’histoires tirées du dernier numéro d’un magazine américain publié dans une ville du XXe siècle et rend hommage au rédacteur en chef et fondateur de ce journal, décédé et interprété par Bill Murray. Les journalistes, travaillant avec lui, sont installés dans la petite ville française fictive d’Ennui-sur-blasé : Ils lui rendent un dernier hommage en rassemblant les articles et sujets qui ont fait les beaux jours du journal.
Les sujets qui ont fait ces diverses rubriques sont racontés à un spectateur qui se retrouve happé par l’histoire d’un reporter en train de raconter l’histoire de sa ville, d’un prisonnier psychopathe, des aléas de jeunes étudiants dans un Paris déchiqueté par l’après-guerre, ou d’un commissaire à la recherche de son fils kidnappé.
A travers ces histoires, le film revisite certains tournants de l’histoire de France comme Mai 68, la cuisine à travers l’histoire, les violences policières qui persistent, ou l’art devenu trop élitiste. Le film, découpé tel un livre littéraire, est un hommage à Jacques Tati. Il est puissant de par ces personnages loufoques, ces décors qui font rêver et sa musique hyper rythmée. L’hommage rendu à un journalisme d’antan reste exceptionnel.