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«Morbius» de Daniel Espinosa : Un Marvel sanguinaire
REVIEWS & CRITIQUES4 / 12 / 2022

«Morbius» de Daniel Espinosa : Un Marvel sanguinaire

Un Marvel pas comme les autres a pris d’assaut les salles de cinéma tunisiennes lors d’une sortie mondiale qui a eu lieu la veille du Ramadan. « Morbius » de Daniel Espinosa est le premier Marvel consacré à cet anti-héros vampirique interprété par un Jared Leto, plus sanguinaire que jamais.


Distribué par Pathé BC Afrique, le blockbuster compte par les plus attendus de l’année. D’une durée d’1h45 (seulement), il s’agit du premier film consacré à ce super-héros complexe et inclassable : oscillant entre le Bien et le Mal, ne sachant pas où se situer, tiraillé entre son amour pour la vie, la science, le progrès de la médecine ou remédier à sa maladie rare et incurable du sang, le docteur et chercheur « Michael Morbius », de son vrai nom, s’essaie à des expériences dans un laboratoire et… qui s’avéreront désastreuses.


Cet Homme de science va fusionner les gènes d’un ADN humain à du sang de chauve-souris, ce qui le transformera en une créature assoiffée de sang, mi-humaine, mi-bête sanguinaire. Le film est construit essentiellement sur une histoire d’amitié entre deux enfants, tous les deux atteints de cette forme de leucémie rare et élevés par un mentor. Deux enfants livrés à eux-mêmes, inséparables, et qui grandiront ensemble, luttant des années durant contre ce spectre de la mort… Ensemble jusqu’à ce qu’une folie furieuse et un excès de manipulation génétique les séparent.


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« Morbius » est sans doute l’un des anti-héros les plus sombres, les plus féroces, et les plus violents que Marvel et Sony Pictures ont pu concevoir en B.D. On s’attache difficilement à cette créature : on comprend moyennement ses choix de vie, ses réactions, son adaptation difficile aux états d’âme humains et bestiaux. Un héros qui traîne un côté énigmatique, souvent insaisissable. Son parcours reflète surtout son tiraillement entre pulsions inhumaines et sentiments nobles : les émotions d’un amoureux éperdu, d’un ami fidèle qui deviendra ennemi redoutable, d’un médecin dévoué pour ses patients. Matt Smith interprète l’ami/ennemi en question.


Le film rappelle les deux longs-métrages consacrés à « Venom », un autre héros Marvel, sujet à des expériences scientifiques qui tourneront mal : « Morbius » attise les discussions entre les fans de DC Comics, Marvel, Disney et Sony Pictures. Les Crossovers, clins d’œil et autres indices se référant à d’autres super-héros comme Spider-man ou Dr Strange, pullulent, nourrissant ainsi cette immense industrie du cinéma hyperprisée de nos jours. Un cinéma divertissant, attractif, qui nourrit l’imaginaire des enfants, des jeunes, mais également de jeunes adultes depuis déjà des années durant. Le démarrage au Box mondial de « Morbius » a bien eu lieu. L’occasion de fréquenter les salles de cinéma en Tunisie en compagnie de ses enfants, le soir ou pendant une journée ramadanesque.

«Morbius» de Daniel Espinosa : Un Marvel sanguinaire
«Ahmed Berhouma», acteur : «Un jeu sincère est essentiel !»
ENTRETIENS4 / 8 / 2022

«Ahmed Berhouma», acteur : «Un jeu sincère est essentiel !»

Aperçu enfant, dans des courts-métrages de Lotfi Achour et de Moufida Fedhila, élève studieux et passionné du ballon rond, Ahmed Berhouma, 16 ans, voue une passion inégalée pour le théâtre et pour le cinéma. A l’affiche actuellement de « Ghodwa », le premier film réalisé par Dhafer el Abidine, le jeune acteur fait ses preuves dans un rôle tout aussi important que celui du père tourmenté et fragile, incarné aussi par Dhafer. Rencontre avec un jeune talent.


Le grand public vous a connu depuis un mois dans le premier long-métrage « Ghodwa » de Dhafer El Abidine, lui-même acteur. Vous incarnez son fils à l’écran. Vous êtes tous les deux en tête d’affiche et vous formez un tandem solide père / fils, résistant face aux épreuves. Mais qui est Ahmed Berhouma ?


J’ai 16 ans, élève dans un lycée, en 2e année, grand passionné de Théâtre depuis tout petit et amoureux du 7e art. A 8 ans, j’ai fait mes premiers pas dans le film court « Père » de Lotfi Achour, ensuite dans « Aya » de Moufida Fedhila, à 10 ans. J’ai entamé une formation en théâtre avec Mme Fatma Felhi à El Teatro, depuis l’âge de 12 ans. La passion a commencé à s’entretenir concrètement depuis. J’ai fait quelques publicités aussi et je suis chanceux d’avoir été retenu pour jouer dans « Ghodwa » avec et aux côtés de Dhafer El Abidine. Les retours sont excellents. Le film passe actuellement un peu partout : Il a été présenté au Cairo International film Festival, au Red Sea, en France, et en Tunisie. Les encouragements me stimulent et me font plaisir ! « Ghodwa » cartonne, mon personnage a plu et c’est l’essentiel.


Comment avez-vous été repéré ?


Le directeur du casting, Houssem Slouli, m’avait connu sur le tournage de « Aya » auparavant et m’a appelé pour le casting de « Ghodwa » sans me dire que le réalisateur était Dhafer El Abidine. Je l’avais découvert sur place pendant le casting. On s’est vu à plusieurs reprises : il y a eu de la concurrence pendant le casting. L’esprit de compétition régnait. Maintenant, ce qui m’importe, c’est d’avoir bien joué le rôle. Le tournage a eu lieu pendant un mois à Lafayette-Tunis, sans compter la période des répétitions. C’est là aussi où j’ai connu ma camarade de classe à l’écran, avec qui j’ai répété et tourné.


Cela vous a-t-il intimidé ou fait peur de jouer aux côtés de Dhafer El Abidine ?


Beaucoup ! Évidemment. Le challenge était énorme, de taille. C’est ma première fois dans un long : tout ce que j’avais fait auparavant, c’était des courts. J’ai su aussi au fur et à mesure que Dhafer allait jouer (rire). L’engagement s’était amplifié.


En quoi votre expérience dans « Ghodwa » était–t-elle différente de ce que vous avez déjà accompli ?


Tout ! Rôle principal, relation père/fils tumultueuse, premier long… Dans ce film, c’est l’enfant qui prend soin de son père. La relation est loin d’être clémente, ou calme : ce sont des hauts et des bas avec des scènes plus intenses que d’autres, et dans lesquelles l’émotionnel primait. Le jeu sincère et juste est essentiel. Ne surtout pas être dans la sophistication. Un savoir qui n’est pas aisé et facile à maîtriser. Pour rappel, le film passe actuellement dans les salles et le public pourra le voir pendant le Ramadan.


Avec les médias et face au public, n’avez-vous pas eu peur, en tant qu’acteur jeune en tête d’affiche, de vous faire éclipser par la présence de Dhafer El Abidine ?


Quand on me retient pour jouer à côté d’une star mondiale comme Dhafer El Abidine, je ne peux pas m’attendre à être beaucoup plus visible que je ne l’ai été depuis la sortie du film : je viens de débuter dans le domaine. On ne me connaît pas assez. L’important, pour moi, était qu’on apprécie mon rôle, mon personnage, mon jeu. Le public a tout juste commencé à me reconnaître. Son accueil était extraordinaire, surtout en Egypte et en Arabie saoudite. En Tunisie, les avis étaient plus critiques et l’accueil était plaisant dans les régions. On m’a beaucoup soutenu pendant le tournage : bien encadré. J’ai été bien chaperonné en particulier par Najla Ben Abdallah que je remercie beaucoup, sans oublier Bahri Rahali, les autres acteurs, ainsi que toute l’équipe.


Pour vous, entre faire du cinéma et du théâtre, y a-t-il une différence ?


Dans le théâtre, on est entièrement face au public. Il y a une maîtrise de soi plus importante à acquérir et il faut être davantage présent. Dans le cinéma, on est vu sur grand écran, après des journées de répétitions, d’essais ratés ou réussis… C’est plus à la portée. Je tiens à remercier Mme Fatma Felhi pour tout ce qu’elle fait pour nous dans ses cours de théâtre. Je ne reste pas fermé à la télévision. C’est même très tentant. J’ai eu une proposition de film en Egypte. Ce domaine est prenant, mais la priorité est aux études.


Quelles sont vos références parmi les acteurs mondiaux et tunisiens ?


Dans le cinéma mondial, Leonardo Dicaprio et Brad Pitt. En Tunisie, c’est Fethi Haddaoui et Kamel Touati.

«Ahmed Berhouma», acteur : «Un jeu sincère est essentiel !»
Exposition «I’m a monster» d’Amir Chelly : Déconstruire le monstrueux
REVIEWS & CRITIQUES3 / 29 / 2022

Exposition «I’m a monster» d’Amir Chelly : Déconstruire le monstrueux

C’était comme si nous nous étions égarés dans un fief de monstres ! Des petites aux grandes bêtes en passant par celles qui s’apprêtent à éclore, toutes entraînent le visiteur à Central Tunis, désormais l’antre d’Amir Chelly jusqu’au 31 mars 2022. A travers son art, le créateur nous fait aimer ses propres « monstres ».


Cette déambulation artistique s’est faite au 42, rue Ben-Ghedhahem. Passants et visiteurs sont comme happés à l’intérieur, attirés par le son redondant d’une berceuse. Un son qui accompagne les plus curieux, une fois sur place, tout au long de la visite. « I’m a Monster » (Je suis un monstre) est bel et bien le titre révélateur de l’exposition-monstre d’Amir Chelly, jeune artiste tunisien, inscrit en thèse de doctorat à l’unité de recherche Esthétiques et Pratiques des arts de l’Institut supérieur des beaux-arts de Sousse. Chelly a participé furtivement à une exposition auparavant, bien avant d’arriver à mener à bout « I’m a Monster », sa première exposition officielle, tenue à Tunis.


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Le travail dans sa globalité fusionne « peintures et sculptures », visible sur les murs de l’espace et au sol : une création élaborée dans une esthétique attrayante, riche en couleurs, en formes diverses et qui dessine le milieu où vivent ces monstres en apparence, pour la plupart, « presque » inoffensifs : des bestioles tantôt attachantes, tantôt repoussantes. L’exposition plastique échappe à l’espace – temps, prend place dans notre réalité ordinaire, en lui ajoutant un zeste de fantaisie, de fantastique, le temps d’une découverte. Toutes les formes conçues et exhibées sur place par l’artiste déforment totalement notre imaginaire déjà développé autour de la figure des monstres, d’où cette volonté de la déconstruire. Un imaginaire collectif qui a puisé dans la littérature, la culture sérielle, les films, les dessins animés et qui est désormais enrichi par la touche de Chelly.


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Des physiques hybrides, des yeux globuleux, des corps tantôt humains, tantôt animaliers, des visages déformés, des ailes d’anges ou des oiseaux sur des corps d’enfants, cette monstruosité exprimée titille notre conception classique des monstres et offre une vision inédite, faite de plusieurs disciplines : une technique que l’artiste tient à appliquer. Trêve de frontières entre les disciplines. L’influence mythologico-grecque se fait d’ailleurs sentir dans son expo-monstre que l’artiste voudrait « transgressive », échappant aux normes. Il dissocie l’aspect maléfique souvent attribué à la figure des monstres, ayant une présence « repoussante » et « effrayante », et souligne cette dualité oxymorique qui caractérise son travail truffé de notions contradictoires : le beau et le laid, la tristesse et la joie, la douceur et la crainte, la féérie et la monstruosité, le diabolique et l’angélique, le céleste et le terrestre. Une vision globale qui ne laisse pas le récepteur indifférent. L’exposition monstrueuse d’Amir Chelly se poursuit jusqu’au 31 mars 2022, au 42, rue Ben-Ghedhahem, Central Tunis.




Exposition «I’m a monster» d’Amir Chelly : Déconstruire le monstrueux
« Belfast » de Kenneth Branagh : Histoire d’un déracinement
REVIEWS & CRITIQUES3 / 27 / 2022

« Belfast » de Kenneth Branagh : Histoire d’un déracinement

Le noir et blanc sur grand écran continue de conquérir le box-office. « Belfast » de Kenneth Branagh sort dans toutes les salles du monde : l’accueil commercial et critique est au rendez-vous, puisqu’il rafle, déjà, pas moins de 7 nominations aux Oscars. Le long métrage s’arrête sur une période houleuse du XXe siècle, marquée par des affrontements entre civils à caractère religieux.


« Belfast » raconte la chasse des catholiques, vue à travers les yeux de Buddy, un enfant de 9 ans, qui grandit au sein d’une famille d’ouvriers respectée, au nord de la cité de « Belfast ». Ils résident dans un quartier paisible de cette grande ville ouvrière dans lequel protestants et catholiques y vivaient ensemble en parfaite symbiose, jusqu’au jour où des émeutes violentes éclatent : c’était en plein été 1969. Le déchirement commence alors et pour Buddy et pour ses deux parents, incarnés par Jamie Dornan et Caitriona Balfe, qui font face à une vague de violence sans précédent : leur sécurité devient leur principal souci. Les parents, les grands-parents et les enfants, au sein de cette famille, tiennent toutes et tous par tous les moyens à leur terre, refusant de partir. A travers les yeux de cet enfant cadet, tout un paysage chaotique s’est créé, fait de sectarisme, de séparatisme entre bons et méchants, pieux catho ou protestants, banditisme, délinquance, conflits et frontières entre communautés.


Une guerre civile était définitivement lancée. Le réalisateur du film s’est librement inspiré de son enfance et de son propre vécu pour reconstituer cette époque tragique de l’histoire de l’Irlande du Nord.


L’enfant acteur Jude Hill, principal personnage du film, interprète remarquablement bien le rôle de Buddy : sens de la répartie, énergie, humour débordant, légèreté, réflexions d’adultes et sensibilité soulèvent l’histoire et sa trame, face à des parents à la présence physique électrique et au jeu d’acteur sobre et élégant : un duo solidaire pour sauver leur famille et aspirer toujours ensemble à une existence meilleure, dans l’ici ou l’ailleurs. Il est difficile d’évoquer cette guerre civile sans dessiner ce dialogue générationnel entre enfants (Buddy et son frère), leurs parents, et la génération des grands-parents, interprétée par Judi Dench et Ciaran Hinds. Deux personnages âgés à la présence apaisante, touchante et même drôle, mais dont l’existence est peinte volontairement dans le film d’une manière creuse et superficielle.


« Belfast » a le mérite d’être authentique et sincère dans son propos : le réalisateur était soucieux de ne pas peindre autrement l’histoire, mais plutôt de la raconter différemment.


Quelques références à un cinéma d’antan sont glissées, notamment un clin d’œil à l’ancienne version de « Thor » que Branagh finira par réaliser en 2011. L’esthétique du film est incontestablement son point fort : «le noir et blanc» utilisé accentue les sentiments, les ressentis et l’aspect émotionnel chez les personnages n’est pas forcément synonyme de drames ou de malheurs : il met même en exergue les décors, les costumes, la mimique des protagonistes.


Riche aussi d’une mise en scène maîtrisée, « Belfast » rappelle incontestablement d’autres scénarios ayant eu beaucoup de succès ces derniers temps citant « Jojo Rabbit » de Taika Waititi, qui raconte la chute de l’Allemagne nazie à travers les yeux d’un enfant, ou le Mexique de l’enfance d’Alfonso Cueron, reconstitué dans « Roma », également filmé en noir et blanc. Branagh prouve une fois de plus que les Marvel ne sont pas son seul dada. Distribué par Pathé BC Afrique, le film est programmé actuellement dans les salles tunisiennes.

« Belfast » de Kenneth Branagh : Histoire d’un déracinement
«We DOQ»  : Le rendez-vous des courts engagés
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 3 / 22 / 2022

«We DOQ» : Le rendez-vous des courts engagés

Le «We DoQ» a réuni 9 réalisateurs/trices jeunes qui, en un temps record et avec des moyens limités, ont réalisé 9 courts-métrages documentaires de 6 à 15 min projetés le temps d’une avant-première au Cinémad’art. Une cause universelle relie ces 9 réalisations distinguées.


L’initiative a été lancée par «Doc House» et «Mawjoudin We Exist». Une collaboration qui fusionne passion pour le film documentaire et combat pour la cause Queer et pour la défense des droits de la communauté LGBTQI++ en Tunisie, d’où ce jeu des lettres dans l’appellation «We DoQ».


L’idée initiale autour de ce projet était d’aider financièrement des jeunes à créer trois courts-métrages documentaires autour de cette thématique, réalisés à très petit budget et avec les moyens du bord en faisant appel à «Mawjoudin We Exist» qui s’est chargée de prendre contact avec des candidats intéressés et aptes à le faire. «Doc House» s’est chargée de l’accompagnement technique des productions des films. Au fur et à mesure, le nombre des candidatures s’est finalement élargi pour atteindre 9 courts-métrages. Le «We DoQ» donne un espace à ces jeunes réalisateurs/trices qui tiennent à mettre en valeur et à nu cette cause à travers ces essais cinématographiques. Ces productions réalisées serviront aussi d’archivage.


Les films documentaires conçus mettent en lumière l’existence souvent précaire des personnes LGBTQI++ tunisiennes, sur fond de questionnements divers, d’interrogations existentielles, de récits de vie réels et dénoncent les failles juridiques liées à l’article 230, les pratiques policières violentes et autres dérives. Les films éclairent sur des notions liées à l’identité sexuelle et à l’identité du genre. Les organisateurs/trices du «We DoQ» visent à intégrer les films dans des circuits de festivals en Tunisie, mais aussi à l’étranger.


Cette «urgence de créer» fait écho dans ces essais ciné dans le but d’archiver, certes, mais le «We DoQ» répond également à une vision artistique et engagée adoptée par «Mawjoudin We Exist» sur le long terme et qui est de l’ordre de «l’Artivisme».


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«Doc House» a été lancé en 2018 : il s’agit d’un collectif de cinéastes, d’universitaires, de modérateurs culturels qui travaillent sur les films documentaires dans leur sens le plus large. L’ONG promeut le réseautage, la distribution et la production des films. Elle offre des formations et soutient les réalisateurs professionnels et semi-professionnels possédant un intérêt avéré pour le genre «documentaire». Les principes de «Doc House» sont l’inclusion, l’égalité, la diversité en encourageant des visions multiples et plurielles liées aux différences ethniques, religieuses, sexuelles». Soumaya Bouallegui, directrice exécutive de «Doc House» cite: «Ce format léger a permis la réalisation de ces productions en un temps très court, en offrant carte blanche aux jeunes réalisateurs/trices. Le résultat final était frais, surprenant et satisfaisant».


Les réalisateurs/trices sont de formation artistique, et traitent dans leurs films de non binarité et de trans-identité, entre autres, thématiques annexes. Les participants/tes évoquent des moments clés et des tournants historiques liés à une lutte ponctuée de récits intimistes et de faits réels. Les films sont «Palimpsestes» de Med Osman Kilani, «Manwella» de Sahar El Euchi, «Love and Violence» d’Amel Guellaty, «Chrysalide» d’Anissa Troudi, «Butterfly, with no doubt» de Nejma Zghidi, «Thik Skin» d’Ines Arsi, «Contraste» de Jasser Bechir Oueslati, «Nidhal» de Bassem Ben Brahim et «Non-Binary» de Firas Ben Ali. Ces films seront retenus pour la 3e édition du «Mawjoudin Queer Films festival», attendue pour juillet 2022 à Tunis, en attendant qu’ils soient diffusés dans d’autres festivals à travers le monde.

«We DOQ» : Le rendez-vous des courts engagés
Guillaume Perret au « Sicca Jazz » : Un hymne sonore à la paix
REVIEWS & CRITIQUES3 / 18 / 2022

Guillaume Perret au « Sicca Jazz » : Un hymne sonore à la paix

Une spirale de sons s’est abattue sur les hauteurs du Kef, en plein mois de mars, à l’occasion du concert attendu de Guillaume Perret, saxophoniste et jazzman français, venu présenter en exclusivité «Simplify», son dernier projet en date.


«J’ai choisi de vous le présenter, en première, public tunisien, en y apportant peut-être quelques changements à l’avenir», déclare l’artiste, enthousiaste face à un public médusé. Sa musique, sur plus d’1h15, électrise à souhait, par son mélange inédit entre jazz, électro, et quelques touches d’heavy métal, et son oriental. Une maîtrise instrumentale précise qui tombe dans l’oreille d’un mélomane.


Perret, accompagné de Tao Ehrlich aux drums, s’empare de la scène du Centre des arts dramatiques et scéniques du Kef, ne communiquant qu’à travers sa musique. Son répertoire, préparé à l’occasion, paraît insaisissable au départ, jusqu’à ce qu’il prenne une dimension singulière et universelle particulière. Une musique festive et gaie qui parvient à conquérir. Trêve de frontières entre genres musicaux présentés sur scène, l’artiste affiche de loin sa caractéristique : De la musique Jazzy électro, génératrice d’émotions diverses.


Ce concert, le deuxième pour Perret, est effectué dans le cadre du « Sicca Jazz». Son genre musical est puisé dans les cultures du monde. L’artiste pioche dans le patrimoine musical de nombreux peuples et contrées et l’insuffle dans ses compositions, comme celles qui font le projet «Simplify». Une musique qui s’adresse aux peuples du monde, hymne sonore à la paix, à la tolérance et pour un monde ouvert. Le projet «Simplify», titré «simple» en anglais, reste ficelé, et musicalement élaboré. Au bout d’1h15 de temps, Perret part sous les applaudissements, et en présence sur scène des artistes Mahdi Nassouli et Karim Ziad. Les deux viennent annoncer leur prochaine soirée, attendue pour le 17 mars 2022 (hier). La ville du Kef continue à vivre au rythme de cet événement musical d’ampleur dans la région, habituellement, maintenu à la Kasbah. La scène libre du festival ne s’est pas tenue dans la journée du 16 mars 2022. D’autres noms viendront enrichir et la petite scène et la scène principale du «Sicca Jazz». La clôture est attendue pour le 20 mars 2022.

Guillaume Perret au « Sicca Jazz » : Un hymne sonore à la paix
Autour de Gisèle Halimi : Traduire contre l’oubli
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 3 / 11 / 2022

Autour de Gisèle Halimi : Traduire contre l’oubli

A l’occasion de la Journée internationale des Femmes, deux des livres phares de Gisèle Halimi, « Avocate Irrespectueuse » (publié chez Plon, 2002) et « Une farouche liberté » coécrit avec Annick Cojean (publié chez Grasset, 2020), ont été traduits pour la première fois en langue arabe.


Cet évènement littéraire d’envergure a été annoncé lors d’une rencontre-débat organisée à l’Institut français de Tunisie, titrée « Pourquoi traduire Gisèle Halimi en langue arabe ? » : afin de rendre hommage à l’une des avocates militantes les plus engagées de son époque. Feu Gisèle Halimi était à l’avant-garde des combats menés au profit de la Femme, notamment celui pour le droit à l’avortement et de l’entière liberté de disposer de son corps. La militante tunisienne s’est longtemps engagée pour l’abolition de la peine de mort, entre autres causes justes.


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Walid Soliman et Walid Ahmed Ferchichi, les deux traducteurs des deux livres, ont répondu présents lors de cette rencontre, à côté de l’éditeur Habib Zoghbi et de l’avocate et militante pour les droits des libertés individuelles et les droits des femmes Bochra Bel Haj Hmida. Se sont joints à la discussion via internet, Karima Dirèch, historienne franco-algérienne, Samia Maktouf, avocate franco-tunisienne et présidente de l’Association des avocats franco-tunisiens et Wassyla Tamzali, écrivaine et militante féministe algérienne. Ahlem Lamouchi, présidente du bureau de Tunis de la Fédération internationale des femmes africaines a modéré l’échange. Cet évènement a été soutenu dans le cadre du projet «Livres des 2 rives » et concrétisé en partenariat avec « La Maison du livre ».


Ce rendez-vous, hommage à cette icône des combats pour la dignité de l’être humain, souligne l’importance de la traduction dans une société plurilingue, telle que la Tunisie. Il s’agit d’ailleurs d’une parution première des deux traductions en langue arabe. L’engagement de Gisèle Halimi est politique et universel, y compris pour l’égalité femmes / hommes. Cette dernière, sous protectorat, a défendu les causes de son pays, et s’est engagée pour les nations algériennes et tunisiennes.


Habib Zoghbi, en hommage à cette sommité, déclare que ce projet était un « rêve ». Que les livres de Halimi ne soient pas traduits en langue arabe était, selon lui « inacceptable ». Une traduction qui a vu le jour après la disparition de la militante au parcours inégalé. M.Zoghbi lance un appel au ministère de l’Education tunisien : celui de programmer les ouvrages de Halimi dans l’enseignement.


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Samira Maktouf, depuis Paris, s’est exprimée sur cette visionnaire : « Halimi aurait été sur tous les fronts de nos jours, si elle était encore parmi nous. Elle a toujours cru en une Tunisie moderne et en les progrès qu’elle a acquis», rappelant ses combats lors de son intervention. De nombreuses libertés fondamentales défendues par Halimi ont vu le jour une fois pratiquées : elle faisait du terrain et était pédagogue et femme d’action. Etant imprégnée par Halimi, l’Association des avocats franco-tunisiens a créé un prix en hommage à « Gisèle Halimi ».


Bochra Bel Haj Hmida est revenue sur quelques anecdotes qui l’ont liée à Gisèle. « Je l‘ai connue très tôt, enfant même, mais je n’étais pas assez consciente de l’engagement de cette personnalité et à quel point elle allait m’inspirer par la suite. Elle militait farouchement contre la torture et la peine de mort. Je regrette qu’elle n’ait pas exercé en Tunisie ». Ces combats étaient ceux de toutes les générations.


Walid Soliman, traducteur en arabe d’ «Une farouche liberté» regrette que la nouvelle génération ne connaisse pas les combats de Halimi et son parcours inspirant, suivi, pendant des décennies, par des philosophes et écrivains de toutes parts. « Elle a fait gagner aux femmes beaucoup de temps et d’acquis. C’est le livre qui me rend le plus fier de l’avoir traduit. Le jargon que j’avais traduit était spécial et pas facile. Il fallait respecter sa touche, son esprit. Pendant que je traduisais, c’est comme si je l’écoutais ou que je parlais avec elle. J’aurais aimé qu’elle voit ses livres en langue arabe », déclare Soliman.


Walid Ahmed Ferchichi, traducteur d’ « Avocate Irrespectueuse » a déjà traduit Olfa Youssef. « Je rends hommage à la famille Halimi qui fait partie du patrimoine tunisien arabo-juif ». L’homme de lettres enchaîne : « Ce qui m’a fasciné dans le livre, c’est la ténacité de Gisèle à remettre en cause ce noble métier d’avocat et à l’interroger. Dans ce livre, elle fait son « mea-culpa » avec une grandeur d’esprit fascinante. Elle n’a jamais défendu des causes perdues et des perdants. Cette traduction consolide davantage ce travail de mémoire collective ». Issu du Sommet des deux rives, le programme « Livres des deux rives » vise à renforcer le dialogue entre les deux rives de la Méditerranée par des actions de coopération autour du livre, à soutenir les flux de traductions entre le français et l’arabe, et à accompagner le secteur du livre en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Porté par l’Institut français et doté de 80.000 euros, le programme «Livres des deux rives», se poursuit jusqu’en février 2023. Les deux premiers livres traduits de Gisèle Halimi seront bientôt en vente.



Autour de Gisèle Halimi : Traduire contre l’oubli
«Moez : Le bout du Tunnel»  : Course-poursuite éparse
REVIEWS & CRITIQUES3 / 2 / 2022

«Moez : Le bout du Tunnel» : Course-poursuite éparse

Le premier long-métrage de Mohamed Ali Nahdi puise dans des évènements majeurs qui ont fait et défait l’actualité houleuse, et souvent violente d’une Tunisie postrévolutionnaire, entachée par des dérives terroristes, depuis le déclenchement de la Révolution de 2011. Nécessaire, certes, mais redondant.


L’histoire peint une Tunisie amochée par une crise politique majeure, celle de 2011 et de sa dite «révolution du Printemps ou du Jasmin». Le scénario resitue son public dans une période de la Tunisie qui paraît lointaine, et rafraîchit la mémoire d’un peuple tunisien, jusqu’à nos jours, meurtri mais résistant, à l’aide d’images d’archives, de reportages médias vrais, tout en relatant l’histoire de Moez. Ce jeune Tunisien est issu d’un milieu défavorisé, dont le rêve est de devenir comédien, et qui voit sa vie prendre un tournant inattendu, un jour, lors d’une interpellation policière. Le destin de Moez se confond avec celui d’un fanatique religieux beur aux desseins dangereux. Commence alors une course-poursuite pour semer les autorités, jusqu’à immersion dans l’endoctrinement religieux et la fabrique du terrorisme, ou comment créer des bombes humaines à retardement.


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Sans beaucoup dévoiler l’intrigue exacte, le film oscille entre scènes d’action, d’affrontements entre forces de l’ordre et courants extrémistes. Moez se retrouve embourbé dans une situation qui le dépasse, aux répercussions conséquentes et sur sa personne, mais aussi sur sa famille et ses proches. Démuni, il se laisse happer dans une succession d’évènements… jusqu’à voir une lueur au bout du tunnel ?


Les échanges des deux protagonistes dévoilent au fur et à mesure un aspect de leurs deux personnalités, deux hommes totalement à l’opposé l’un de l’autre, mais qui finiront par tracer ce bout de chemin périlleux ensemble et malgré eux.


«Moez : Le bout du tunnel» est un essai sur grand écran qui fusionne fiction et aspect documentaire. En alternant récit fictif et véritables extraits de faits réels, comme les attaques terroristes au musée du Bardo, ou des reconstitutions, comme le meurtre de feu Chokri Belaïd, le spectateur se perd dans des scènes saccadées, à la portée initialement nécessaires. Les deux acteurs principaux Saïf Manaï et Akram Mag portent le film tout au long de cette route périlleuse vers la mort. «Moez : le bout du Tunnel» est une histoire fictive virevoltante, vue et revue, traitée différemment dans un nombre incalculable de films étrangers et tunisiens. Un long-métrage qui se distingue, néanmoins, par son aspect documentaire utile, contre l’oubli.


Ce projet devait être une série télévisée avant de se convertir en long-métrage, qui a pris des années à voir le jour. Leïla Chebbi, Slah Msaddak, Lamine Nahdi, et des acteurs, comme Mohamed Ali Midani et Moncef Aguengui sont à l’affiche. Après une série de courts-métrages, Mohamed Ali Nahdi souligne la nécessité de s’arrêter sur cette époque difficile de l’histoire de la Tunisie.

«Moez : Le bout du Tunnel» : Course-poursuite éparse
Rencontre croisée avec Rachid Ouramdane, Hamza Benlabied et Malek Sebai : « L’important, c’est de créer ensemble et de faire réfléchir sur l’humain »
PORTRAITS / PÊLE - MÊLE 2 / 22 / 2022

Rencontre croisée avec Rachid Ouramdane, Hamza Benlabied et Malek Sebai : « L’important, c’est de créer ensemble et de faire réfléchir sur l’humain »

Rachid Ouramdane, artiste chorégraphe français, directeur de la danse au Théâtre de Chaillot depuis avril 2021, a été invité par le ballet de l’Opéra de Tunis, en résidence, dans le cadre d’une session intensive avec les chorégraphes tunisiens du ballet de l’Opéra durant cinq jours. Ce talent a été accompagné par un jeune circassien, Hamza Benlabied.


L’occasion pour le public tunisien, dans un futur proche, de découvrir une création qui verra le jour à Tunis, résultante d’une collaboration et d’un travail communs qui aura lieu sur la durée entre communauté de danseurs, circassiens et chorégraphes des deux rives de la Méditerranée, chaperonnés par Rachid Ouramdane, qui sera dans la transmission d’un savoir-faire, et dans le partage d’expériences. Ce bref, mais intense passage à Tunis, trace les prémices d’une création et d’un enrichissement artistique garanti.


Ce travail artistique est une occasion de voir fusionner de nombreux imaginaires qui existent entre communautés d’artistes venues de toutes parts : Ouramdane est à Tunis et tient à capter l‘actualité, à se familiariser dans l’environnement du travail, et à être observateur.


Il s’est fait accompagner par un jeune acrobate, Hamza Benlabied, porteur et circassien, riche d’un parcours prolifique : il est diplômé de l’Ecole nationale marocaine du cirque Shems’y, de l’école préparatoire de Rosny-sous-Bois, puis du Centre national des arts du cirque à Châlons-en-Champagne. A son actif, la création « Mobius », de la compagnie XY dont il fait partie et qui a été travaillée avec Rachid Ouramdane. Le jeune artiste enchaîne depuis avec la création suivante —toujours avec ce dernier— titrée « Corps extrême ».


Hamza enchaîne en commentant son expérience : « Dans le cadre de cette immersion, le but est de mélanger les mouvements acrobatiques et de danse : j’interviens là où il faut ajouter un peu de ce que je pratique. C’est intéressant de voir jusqu’où les danseurs participants du Ballet de l’Opéra de Tunis sont à l’aise dans des mouvements au sol, étoffant ainsi un savoir inédit et des pratiques nouvelles pour eux ».


L’idée de faire intervenir ces deux artistes a émergé quand la compagnie XY devait se produire sur scène à Tunis en 2021. Créer un spectacle pour le BOT, signé Ouramdane dans le cadre d’un travail élaboré en commun est très important, selon Malek Sebai, directrice artistique du Ballet de l’Opéra de Tunis.


La compagnie XY, dirigée par Rachid Ouramdane, est une référence au niveau national, dans le monde de l’art aérien et dans l’acrobatique. Une compagnie qui, dans son mode de fonctionnement, invite souvent d’autres artistes d’une autre discipline artistique à dialoguer, créer et inventer à partir du langage acrobatique des spectacles, d’où la création du spectacle « Modius ».


« Depuis que j’ai rencontré ce collectif en 2019, je vois bien qu’il y a une façon d’inventer, de chorégraphier, de faire des mouvements de la scène qui restent hybrides, particuliers, et qui font partie des arts des gestes. Tous les mouvements peuvent avoir une sensibilité, exprimer des choses. Des acrobates et circassiens peuvent exprimer des messages, des émotions, en les créant avec des enfants, des migrants, et tous profils confondus. Il faut une grande dextérité et une maîtrise de ce savoir-faire, car fusionner le langage acrobatique et chorégraphique et parvenir à réunir deux mondes artistiques, ou plusieurs disciplines est délicat ».


Rachid Ouramdane précise aussi qu’une immersion se doit de se faire sur place et que le contact entre artistes et membres d’une même équipe est essentiel. « J’ai besoin de rencontrer les personnes avec qui je vais travailler et être sur place. Une semaine, c’est court pour apprendre à se connaître. Ce principe d’immersion, c’est d’arriver avec des choses existantes, de confronter les artistes à des partitions et de mettre les mains sur des aspects déjà très aboutis. Ce n’est pas qu’exploratoire. On va vers des choses écrites avec rigueur, dansées ou interprétées déjà par des virtuoses et des professionnels. »


Un dialogue générationnel entre artistes s’entretient toujours : entre anciens et nouveaux. La génération récente a un parcours plus large : les anciens ont un rapport traditionnel à une discipline. Le croisement des arts reste enrichissant. Au-delà de la discipline et des figures, il y a une communauté au service de l’autre. Ouramdane cite : « Ce qui me plaît quand je travaille sur de grands groupes, c’est cette capacité à créer ensemble et à transmettre au public. Tout travail est engagé et politique. Beaucoup d’enjeux et de messages sont transmis. Mobiliser un public sur une heure de spectacle et arriver à l’interpeler, c’est important. Agir en collectivité, en duo ou en solo n’est pas antinomique. »


« Ce travail n‘est pas juste une commande de spectacle : c’est créer ensemble, faire comprendre quels sont les enjeux de notre métier, faire réfléchir sur l’humain qui importe pour les danseurs du ballet de l’Opéra. », conclut Malek Sebai. Ce travail est soutenu par l’Institut Français de Tunisie.

Rencontre croisée avec Rachid Ouramdane, Hamza Benlabied et Malek Sebai : « L’important, c’est de créer ensemble et de faire réfléchir sur l’humain »
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